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CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
Cette chronique a été mise en ligne le 28 avril 2011
Sa note : 15/20

LINE UP

-Harun Demiraslan
(guitare+claviers)

-Aldrick Guadagnino
(guitare)

-Stéphane Dupé
(basse+claviers)

-Florent Marcadet
(batterie+percussions+voix additionnelles)

-Matthieu Metzger
(saxophone)

-DJ Troubl’
(platines)

-Yann Ligner
(voix additionnelles)

TRACKLIST

1)One Step Beyond
2)Vicious Connection
3)Color

4)Dead End
5)Beat Hunter
6)The Bridge
7)Smooth
8)As We Dance

DISCOGRAPHIE


Step In Fluid - One Step Beyond
(2011) - fusion "Mutant jazz-core" - Label : Season Of Mist



Chez les Éternels, on fonctionne par mots clefs. A la découverte des dossiers de presse, si le chef surligne les termes « Groove », « Instrumental » et « Jazz », c’est Bibi qui s’y colle et avec un plaisir non feint. Ah, et c’est de l’instrumental intégral, bon bein, raison de plus alors. Et comme il est indiqué dans le livret même de ce premier album de Step In Fluid, « Mutant jazz-core », il est temps de prendre le taureau par les cornes. Et de faire, comme comme le titre m’y invite, un pas en avant. One - Steeeeep -  Beeeeee-yoooooond !? Vers l'infini et au-delà même!

Autant jouer la carte de l’honnêteté : les univers musicaux de Trepalium et Klone m’échappent tout particulièrement. Mal m’en prenne d’ailleurs, mais autant le préciser de suite aux fans et membres des deux formations suscitées. En effet Step In Fluid marque la collaboration de Florent Marcadet et de Harun Demiraslan, respectivement batteur de Klone et guitariste de Trepalium. Ce dernier, à l’origine de la mise en chantier du groupe, assure en plus la quasi-totalité de l’écriture des huit titres. Ses intentions sont claires, il ne les cache pas : mixer sa passion pour Meshuggah avec, je cite pour les non-anglicistes fainéants, « des éléments de jazz-rock, funk, hip-hop et de musique africaine. » Lourd cahier des charges, ambitieux mais méchamment casse-gueule pour un premier album qui pourrait risquer l’indigestion rapide et sans-retour. Pourrait en résulter une bouillabaisse brassant Meshuggah (donc) rencontrant John Mc Laughlin, Ornette Coleman, Public Enemy, la famille afrobeat Kuti et les cousins de Parliament/Funkadelic. Soit que du beau linge, qui ont certes beaucoup en commun mais ne souhaitent pas toujours être assis à la même table.

Et pour peu que le titre (trompeur ?) One Step Beyond vous remémore quelques soirées arrosées, passées à écouter ad lib et nauseam un best-of de Madness parce que plus un invité n’était à même de changer le CD dans la platine… STOP : on calme le jeu et on s’arrête là de suite. Pour apprécier la crème de la crème et faire fi des références affichées avec la plus grande générosité du monde. One Step Beyond est une excellente surprise, mieux que cela même un disque exquis parce riche, varié mais surtout absolument pas bavard et encore moins prétentieux au sens arrogant et vaniteux. A peine trente minutes pour huit pistes qui s’enchaînent comme si de rien n’était… et surtout comme s’il s’agissait d’une jam entre potes bien rodés côté studio et ne doutant jamais de leur bagage technique certain. Le maître mot de cette demi-heure demeure « groove » que chacun peut apprécier à sa manière (mais si, Chef, Pantera, ça groove. Xerath aussi d’ailleurs). Mais ici le grooooove s’avère un indéniable axiome musical, dès l’initial riff de guitare, et jusqu’à la pléthore de breaks et autres solos de claviers, de gratte (quelle fluidité dans le jeu lead d'ailleurs, à la Scott Henderson) et sax soprano. Voire même de parties de scratch sur “Smooth”, tuerie de l’album sur laquelle je reviendrai.

Mon tout - monstre incandescent fleurant bon la spontanéité à tous les étages - reste pourtant toujours sous contrôle. Le mélange des genres, en full instrumental de surcroît, n’est jamais prétexte à faire étalage de sa technicité et de l’épaisseur de son rack d’effets mais à distiller une ambiance, une tranche de vie musicale de quelques minutes avant qu’une autre atmosphère ne vienne pointer subrepticement son nez. A titre d’illustration, l’enchaînement de “Vicious Connection” et de “Color” est plus que magistral : la lourdeur d’un riff massif et entêtant laisse sa place à une succession de licks jazzy, puis à une talk box rappelant non pas Bon Jovi, ni Peter Frampton ou Aerosmith... mais ces nappes de vocoder très Rap West Coast des années 90.  Et que dire de “Smooth”, piste hip hop qui, de funky, finit par se suicider dans un gros son à faire crever de jalousie ce(ux) qui reste(nt) de Rage Against the Machine. Fort d’une section rythmique parfaitement mise en valeur au mixage (le contraire aurait été scandaleux, messieurs), Step In Fluid s’offre le luxe de pouvoir crier haut et fort sa fierté d’avoir le cul posé entre pas mal de chaises tout en conservant une assise plus que confortable. Tiens, Tom Morello pleurniche au loin.

Le “Fluid", le groupe le possède sans aucun doute. Quant à faire un “Step”, un pas supplémentaire, laissons-leur au moins le temps de mûrir le travail ici exécuté avant de passer au volume 2 de leurs aventures pour ne pas dire expérimentations. Certes Step In Fluid risque de sonner trop rock pour les amateurs de jazz, et trop groove et funky pour les metalheads. Un conseil : ranger les CD n’importe comment dans votre discothèque et mettez celui-là en bonne position pour le sortir régulièrement. À moins que les OVNI n’aient une place particulière dans votre ordre établi.


(NDLA : La base de données Gracenote le répertorie dans la catégorie jazz… Dont acte.)




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