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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mai 2011
Sa note : 18/20

LINE UP

-Sel Balamir
(chant+guitare)

-Neil Mahony
(basse)

-Charlie Barnes
(piano)

-Matt Brobin
(batterie)

TRACKLIST

Disque 1 :
1) The Runner
2) Minion's Song
3) Interglacial Spell
4) The Wave
5) The Octopus
6) Planet of Insects
7) White Horses at Sea/Utopian Daydream
8) Trading Dark Matter on the Stock Exchange

Disque 2 :
1) The Sick Rose
2) Interstellar
3) The Emperor
4) Golden Ratio
5) Fall of the Empire
6) Bloodtest
7) Oscar Night/Embryo
8) Forever and More

DISCOGRAPHIE


Amplifier - The Octopus
(2011) - rock prog metal - Label : Independent



Amplifier s'était bien amusé sur ses 2 précédents albums. Ils montraient un groupe de rock/post sympathique mais à la courbe de progression limitée. Ça avait pourtant suffit pour obtenir un petit succès. Amplifier fait table rase de ce passé. En jetant tout aux orties, allant jusqu'à même enlever son nom de la pochette, les Anglais se libèrent de toutes les attaches qui les retenaient tant commercialement que, surtout, artistiquement. Bye bye label, bienvenue autoproduction. La démarche est loin d'être une première, et si elle permet de montrer un esprit sans compromis admirable, elle mérite d'être magnifiée par un album à la hauteur des espoirs.

Car en se laissant aller dans un projet aussi ambitieux, nécessitant des ressources financières conséquentes et un temps d'enregistrement aussi long que nécessaire, The Octopus ne se donne aucune chance de faux-pas. Soit l'album tue et marque son époque, soit il est autre chose (qu'importe bon, passable, nul) et il ira s'abîmer dans les méandres de l'oubli. Aborder The Octopus n'est ainsi pas aisé. Déjà parce que Amplifier a mis très haute la barre de l'intégrité et de l'ambition, il faudra donc se montrer à la hauteur en tant que chroniqueur, et aussi de par le concept et la durée du disque. 2 fois plus de 70 minutes de musique. On n'ingurgite pas une telle masse d'informations en dilettante. On reste humble et on s’arnache fermement de méticulosité. Le concept d'abord. Le fameux poulpe. Loin d'être une récupération lamentable de Paul le poulpe (paix à son âme) il s'avère être en fait une représentation de l'omniprésence de l'Univers. Ses tentacules qui touchent tout partout. Une sorte de représentation cosmique divine.
Par pure paresse et aussi parce que bien souvent une appréciation à ce niveau est éminemment subjective, je laisserai l'auditeur se bâtir sa propre idée. Sachez tout de même que les textes ne sont pas bateau et que l'écriture est solide. Ce poulpe qui vole même la vedette au groupe lui-même (Amplifier explique dans ses notes que ce n'est pas Amplifier qui a fait cet album, mais The Octopus en soi) laisse à première écoute relativement coi. On ressent une foultitude d'influences, des ressemblances idoines et un problème évident à analyser tout ce qui vient d'arriver à nos oreilles. On note une voix proche de Steven Wilson et des passages que n'aurait pas renié son propre Porcupine Tree. Mêlé à ceci, on perçoit Talk Talk période Spirit Of Eden pour la simplicité éthérée éparpillée de-ci de-là. On a envie de citer Tool pour les riffs plus musclés, Pink Floyd pour les intro/termèdes et même Oceansize sur les instants post rock. Vaste paysage musical qui indique une profonde richesse. Et assez magiquement, on ne pense pas à de la copie, mais bien à Amplifier.
Le temps semble être notre meilleur allié, et c'est avec curiosité, puis entrain qu'on lance de nouveau la double galette dans notre lecteur. Les détails finissent par s'affiner, apparaître et s'imprimer dans notre cerveau. Les compositions se distinguent et on s'aperçoit que le groupe aime bien monter en puissance pour tout couper sans prévenir par exemple. Les couches multiples s'affirment comme étant légion, bien aidées en leur perception par une production à la hauteur de l'événement. Les guitares sèches délicates, arpèges et douceurs sont restitués avec la précision due. La puissance des riffs metal prend corps également et la batterie est joliment soulignée dans ses multiples variations de tempo et de puissance de frappe. On passe du taper rock au toucher jazz régulièrement sans s'arrêter de tournoyer autour et au-delà de ces 2 standards. Le son de The Octopus donne également toute son importance à la basse dont les lignes sont décisives dans la cohésion de certains titres, et bien souvent porteuses d'originalité tant dans la composition que le son. Le tableau s'éclaircit et il s'annonce magnifique. C'est d'ailleurs le sentiment qui domine maintenant que vous dominerez l'album. 
Il faut s’asseoir et recevoir sa claque, car c'est bien de cela dont il s'agit. The Octopus est un album marquant, d'autant plus qu'il transpire l'honnêteté. Marqué au fer rouge du sceau de la minutie, il apporte constamment la preuve que les moindres détails des chansons ont été pensés, re-pensés et enfin peaufinés. Ce sens du détail permanent est clairement la marque d'un grand album progressif dans le sens premier du terme et loin de la démonstration technique. Bien loin même, car si les couches sont multiples, cachées, si le jeu des divers instruments est aéré, varié et changeant, ce n'est jamais dans une quelconque surenchère, mais bien dans le sens de la musique. N'attendez pas de performance technique extraordinaire en soi, mais des chansons très bien jouées et avant tout parfaitement composées. Bien évidemment, les amateurs d'immédiateté en seront pour leurs frais même si "Golden Ratio" possède un refrain, comme toujours bien emballé dans une progression musicale constante. Il s'agit là de la limite d'un tel album, massif et monstrueux, qui peut faire peur, et terriblement exigeant. Il est facilement compréhensible qu'il puisse paraître boursouflé ou inutilement long.


Ce n'est pas ce que soulignera la conclusion de cette chronique. Bien au contraire, elle est l'occasion de rappeler que des albums de cet trempe n'apparaissent pas tous les jours, et probablement pas tous les ans. Une démonstration incroyable de savoir-faire indépendant, d'inspiration jusqu'au-boutiste absolument réjouissante, voilà ce qu'est The Octopus. Donnez-lui sa chance car il le mérite et le groupe aussi pour sa démarche. Que vous n'aimiez pas, tant pis. Mais je vous garantis que vous avez de bonnes chances de sentir quelque chose d'unique et très fort si vous arrivez à lui donner sa chance jusqu'au bout.



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