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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 24 mai 2011
Sa note : 18/20

LINE UP

-Fabio Lione
(chant) 
 
-Luca Turilli
(guitare)

-Tom Hess
(guitare)

-Alex Staropoli
(claviers)
 
-Patrice Guers
(basse)

-Alex Holzwarth
(batterie)

TRACKLIST

1)Ad Infinitum
2)From Chaos to Eternity
3)Tempesta di Fuoco
4)Ghosts of Forgotten Worlds
5)Anima Perduta
6)Aeons of Raging Darkness
7)I Belong to the Stars
8)Tornado
9)Heroes of the Waterfalls' Kingdom

DISCOGRAPHIE


Rhapsody Of Fire - From Chaos To Eternity



Ben dites donc. 2010 aura vu Rhapsody of Fire récompensé d’un Coup de cœur chez nous avec le très bon The Frozen Tears Of Angels, puis les Italiens avaient écopé d’un Coup de Gueule avec le très médiocre EP The Cold Embrace Of Fear la même année, et les revoilà sous les feux des projecteurs, quelques mois plus tard, avec From Chaos To Eternity ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que – inspiré ou pas – le collectif Rhapsody Of Fire a une patate d’enfer (of hell). Et si l’enchainement presque hystérique de leur production laissait planer un légitime doute au moment d’appuyer sur « play », celui-ci va être bien vite balayé.
 
Car From Chaos To Eternity est un excellent album. Dans la veine d’un Symphony Of Enchanted Lands, et je pèse soigneusement mes mots. Certes, il ne le détrônera pas dans le cœur des nostalgiques qui comme votre serviteur le regardent maintenant avec le prisme déformant du temps en ayant tendance à le sublimer, mais si l’on redescend sur terre deux minutes, on se rend vite compte que From Chaos To Eternity est d’une trempe redoutable. Certes, Rhapsody reste Rhapsody, et même si les orchestrations sont ici un poil moins présentes que sur les opus passés, elles restent typiquement Hollywood-métal, comme aiment à dire les spécialistes. Les guitares, elles, sont poussées en avant, et Turilli a le bon goût de ne pas hésiter à en rajouter partout : les plans s’enchainent, se déchainent ("Tempesta di Fuoco", "Ghosts of Forgotten Worlds", "Tornado") et oscillent entre solos débridés, plans néoclassiques comme au bon vieux temps et autres virtuosités à base d’arpèges et autres sweep : Lucas Turilli est véritablement of Fire.
 
Mais le tout n’est pas confiné dans une optique démonstrative et vaine : l’écriture est fine, ciselée, puissante, et l’album ne connait quasiment aucun temps mort. Passée la petite introduction contée par l’indéboulonnable Christopher Lee parvenant toujours à donner une légitimité à l’exercice délicat de la narration, c’est la vigoureuse "From Chaos to Eternity" qui ouvre le bal, mettant directement les choses au point avec ce pattern néo-classique si cher à Turilli. Le premier couplet surprend : avec sa basse ronronnant et le ton maniéré de Lione, on pourrait presque se croire en présence de Muse, mais l’illusion ne dure pas et Rhapsody reprend ses droits avec un refrain classique, à base de chœurs et de cuivres : Rhapsody distille toujours, 14 ans après son premier album, de l’épique 100% pur jus. Dans ce titre, on constatera que le blast, s’il n’est nullement envahissant, constitue dorénavant une option d’écriture que le groupe utilise sans honte, durcissant l’aspect métal de leur musique. Et ça marche plutôt bien. Mais pas question que Rhapsody devienne un groupe de power-métal comme les autres pour autant, son identité ne passe pas par là.
 
"Tempesta di Fuoco" faisait craindre, de par l’usage de la langue Italienne, une molle ballade acoustique, mais non : c’est un autre brûlot bourré de chœurs, de puissance, de sweep et d’épique. Nous laisserons ce rôle ingrat à "Anima Perduta", que le groupe qualifie de mini-opéra. Sans surprise, le tempo est drastiquement abaissé, on ressort quelques instruments plus classiques (et pour une fois, pas de guitares mais un clavecin, rappelant là encore les premiers albums du groupe) pour un titre qui finalement ne s’en sort pas trop mal. Heureusement, il reste du lourd : "Aeons of Raging Darkness" et son Fabio Lione très en colère (comme le blast, le hurlement passe dans le répertoire d’écriture de Rhapsody), "I Belong to the Stars" et ses mélodies vocales très efficaces posées sur un mid-tempo très bien mené, ou encore le très acéré "Tornado", classique mais redoutablement efficace, et portant superbement bien son nom, grâce aux parties de guitare de Turilli que l’on imagine inspiré par Vivaldi, en ce sens que Lucas essaie d’évoquer la tornade en faisant tournoyer ses arpèges… bref, jusque-là, c’est un quasi sans faute, que va venir confirmer l’imposante pièce finale de presque 20 minutes : "Heroes of the Waterfalls' Kingdom".
 
Et c’est ce bon vieux Christopher qui ouvre le bal, avec quelques mots. Rhapsody nous avait épargné sa ballade gnan-gnan a base de guitare acoustique ambiance « troubadours autour d’un feu de bois », et bien voilà : ça sera l’introduction de ce titre. Tant pis, nous subirons ces trois courtes minutes en courbant les épaules, car la suite le vaut bien : "Heroes of the Waterfalls' Kingdom", c’est ce qu’aurait du être The Cold Embrace Of Fear l’année dernière. Grandiose, ambitieux, bourré de chœurs et de parties épiques, il laisse le champ libre à Fabio Lione qui nous offre là encore une prestation de toute beauté. Le titre est dense, complexe, puissant et compact, mais pas indigeste. C’est bien là le talent des Italiens : nous en mettre plein la tronche sans provoquer de nausée. Le break central permet à Turilli de poser d’élégantes envolées de guitares, toutes en grâce et en délicatesse, leur côté tragique renforcé par la narration de Lee qui refait une apparition. S’achevant sur une scénette théâtrale à grands renforts de cuivres, ce titre est réussi de bout en bout, rendant même l’introduction acoustique cohérente dans la construction du titre.

 
Il n’y a pas à tortiller, cela faisait longtemps que l’on attendait un album de Rhapsody de cette trempe. Alors que celui-ci soit celui qui voit se clôturer leur monumentale saga entamée en 1997, ça n’est que du bonheur. Si l’on oublie le dispensable The Cold Embrace Of Fear, 2010 et 2011 auront été deux grandes années pour Rhapsody Of Fire avec leurs deux meilleurs albums coup sur coup depuis presque dix ans.



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