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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 06 février 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Steven Wilson
(tout)

+ guests

TRACKLIST

1)CD 1 - Deform to Form a Star

3)1)
Grace for Drowning
2)Sectarian
3)Deform to Form a Star
4)No Part of Me
5)Postcard
6)Raider Prelude
7)Remainder the Black Dog

11)
CD 2 - Like Dust I Have Cleared From My Eye

13)1)
Belle de Jour
2)Index
3)Track One
4)Raider II
5)Like Dust I Have Cleared From My Eye 

DISCOGRAPHIE


Wilson, Steven - Grace For Drawning
(2011) - rock prog jazzy et expérimental - Label : Kscope



Mais où s'arrêtera-t-il ? Steven Wilson, tête pensante de Porcupine Tree, n'a cessé d'enchaîner depuis une dizaine d'années les projets parallèles (Bass Communion, Blackfield, No-Man) et a même initié un projet solo en 2008 avec un album intitulé Insurgentes. Ce stakhanoviste du rock progressif, livrant à tour de bras de nouvelles sorties quand il ne produit pas à la chaîne des albums de ses petits camarades, a toutefois insufflé un bon coup de jeune à ce style quelque peu prisonnier de la décennie 70s.

Pourtant, le bonhomme se plaît à raconter à la sortie de ce Grace For Drowning, second opus en solo, que cela fait une éternité qu'il n'a pas sorti d'album. Le dernier Blackfield étant composé essentiellement par son ami Aviv Geffen, hormis quelques remix 5.1 et productions de nouveauté (dont le dernier Opeth), cela fait deux ans que l'Anglais bûche sur ce projet, soit déjà trop pour cet éternel nostalgique des seventies. Le résultat est de taille, un double album (ou plutôt double vinyle, car de durée deux fois quarante minutes) pour un résultat de loin le plus abouti du sieur Wilson, ce qui n'est pas rien quand on connaît ce qu'il a proposé par le passé. Insurgentes avait déjà entamé la voie d'une musique plus tournée vers l'expérimentation, cela se retrouve ici décuplé et pourtant bien plus cadré et moins déstructuré, l'ensemble formant un tout d'une cohérence rare. Tout s'équilibre, se complète et s'harmonise à merveille.

La variété est pourtant de mise: autour d'un socle rock progressif, on retrouve des sonorités électroniques ("No Part Of Me", "Index") et un fort penchant vers le jazz au travers d'un style très tourné vers l'improvisation. Toutefois, chaque morceau développe une atmosphère qui lui est propre, tantôt sombre et oppressante ("Sectarian", le pavé "Raider II") ou délicate et fragile (l'introductif éponyme, "Deform To Form A Star", "Raider Prelude"), quand ce n'est pas plus gracieuse ("Postcard", "Like Dust I Have Cleared From My Eye"). Tout est ici affaire de contraste et on en vient à la clé de l'album : la production. On connaît le talent de Steven Wilson quand il est question de se retrouver derrière la table de mixage, mais ce ne serait à peine exagérer que d'avouer que le Britannique livre ici son meilleur travail, tant tout sonne si distinctement, nuancé et extrêmement dynamique. Rien que de penser au mixage en 5.1 donne le vertige!

Tout est si parfait qu'il est difficile de trouver les mots pour décrire cette extase sonore. Le choix des instruments est également déterminant : le mellotron est clairement à l'honneur pour le plus grand bonheur de votre serviteur mais le jeu de nappes de claviers et d'orchestrations plus généralement participe pour beaucoup à l'ambiance si particulière de la galette. Le piano est la guitare acoustique sont aussi très présents et des cordes et autres flûtes viennent souvent accompagner l'ensemble. Point de saturation ici, la basse et la batterie sont utilisées avec parcimonie et rendent ainsi leurs quelques interventions d'autant plus percutantes. Le premier disque est très posé et planant, excepté le dernier titre "Remainder The Black Dog", évoquant furieusement King Crimson, à la structure jazzy, contenant son lot de passages barrés et de dissonance.

Cela se retrouve sur le titre fleuve grandiose "Raider II" (23 minutes), contenant son lot de bizarreries. Niveau invités, l'ami Steven ne s'est pas entouré de manchots : Jordan Rudess au piano, Tony Levin à la basse, Theo Travis au saxophone ainsi que le London Session Orchestra ou encore Steve Hackett ! Si les premières écoutes peuvent s'avérer déstabilisantes, on s'approprie l'œuvre à force de persévérance et l'enchaînement magistral des idées s'illumine doucement. Il peut être nécessaire dans un premier temps de se poser au calme et se concentrer sur la musique pour mieux pénétrer dans les méandres de la psychologie wilsonienne et apprécier toutes les subtilités. A la fois irréaliste et organique, ce sont tous les sens qui sont sollicités pour littéralement « vivre » cet album souvent très visuel, où chaque acte évoque un tableau (on notera en particulier le très bel artwork de Lassie Hoile).

Très contemplative et introspective, le seul défaut qu'on pourrait émettre à ce Grace For Drowning est son exigence de concentration et d'élitisme. Cependant, une fois les conditions réunies, impossible de quitter cet univers onirique et envoutant. Mélancolique comme à l'accoutumée, Steven Wilson livre toutefois son œuvre la plus Intime et émotionnelle jamais sortie. En trois mots : ambition, intelligence, maîtrise. Bref, un chef d'œuvre.
 


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