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CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
Cette chronique a été mise en ligne le 01 avril 2012
Sa note : 16/20

LINE UP

-Flo
(chant+guitare)

-Jack
(basse)

-ALX
(guitare)

-Lois
(batterie)

TRACKLIST

1) Miles from home
2) Lived
3) Phone game
4) Circle
5) My own TV
6) Flash forward
7) Antigravity
8) As we are
9) Rescue me
10) Once upon a time
11) Breathe

DISCOGRAPHIE

Child In A Box (2010)
Gravity (2011)

Flown - Gravity
(2011) - rock post-grunge - Label : Autoproduction



Flown n’a pas chômé. Depuis l’inaugural et roboratif Child In A Box, deux ans à peine se sont écoulés. Deux ans, au cours desquels une variable a légèrement changé : Alter Bridge, naguère abonné aux bacs « Imports » et à la condescendance des métalleux pur-porc, a connu plusieurs succès surprises en Europe, redonnant à la cause post-grunge un sursaut de visibilité. Et de légitimité. De post-grunge, et de bien d’autres choses, il était question sur le premier effort de Flown. Alors ? Deux ans plus tard, à l’heure de sortir « l’album de la maturité », que faut-il attendre de nos métalleux français ?

Les premières impressions planteront rapidement le décor : Flown a raccourci et recentré le propos. Gravity compte 48 minutes, contre 72 pour le mastodonte précédent. La pochette, la durée, l’idée même de concept, laissaient croire que Child In A Box pouvait être affilié à une mouvance prog, ou lointainement Toolienne – chose que la fin de l’album laissait d’ailleurs transparaître. Plus rien de tout cela avec Gravity, dont le visuel sobre et magnifique semble bien plus en adéquation avec la musique. La musique, donc, parlons-en. On maintiendra l’étiquette « post-grunge », parce que certains riffs musclés viennent plus qu’à leur tour montrer les crocs ; mais on eût probablement, il y a quelques années, classé cet album sous l’appellation « stadium rock » ou « mainstream rock » - rock à fort potentiel commercial, en français. Ce qui (j’en vois déjà faire la grimace) n’est pas contradictoire avec l’idée de plaisir, ou même de qualité. Au bout de quelques écoutes, une chose est sûre : avec son alternance de ballades et de brûlots burnés, Gravity n’écorchera les oreilles de personne – ce n’est pas un défaut – et gagnera relativement vite son brevet de chantonnabilité, voire de fredonnabilité.

En un mot, Flown est plus calibré. Les incursions fusionnesques ou les échappées épiques du premier album ont été ébarbées, non sans élégance ; plus que jamais, Flown tend à l’efficacité. Niveau rock, il reste imparable, comme le prouvent assez vite les trois rafales d’entrée. Riffs énormes, ampleur du groove, sens mélodique au cordeau : voilà une belle démonstration d’écriture et d’exécution, dont le refrain de "Lived", inoubliable, constitue le point culminant. Arrivé à la quatrième piste,  on serre un peu les fesses : les ballades n’avaient pas été le point fort du groupe sur l’album précédent, et les premiers arpèges de gratte sèche font immédiatement craindre le pire. Cette fois, cependant, Flown s’en tire avec les honneurs et, même s’ils ne sont jamais meilleurs que dans la force électrique (ou les accalmies spectrales à la "As We Are"), rien de honteux n’est à déplorer dans la veine consensuelle, sentimentale et ô combien casse-gueule de la ballade. On peut même parler de vraie réussite, voire de single potentiel, pour l'entêtante et excellente "Flash Forward". A noter que l’album est construit en une sorte de yin-yang, avec un orage ponctué d’une accalmie en première partie, puis une seconde moitié beaucoup plus apaisée, secouée d’un unique spasme de violence ("Rescue Me", d’ailleurs moins inspirée que le reste.)

On ne s’élève peut-être pas aussi haut que sur Child In Box, car la montée finale de "Breathe" est sans commune mesure avec le diptyque ultime, et incomparable, du premier album. L’écoute de Gravity se fait toutefois beaucoup plus facilement, beaucoup plus « lisiblement », elle est bien moins éprouvante que les montagnes russes du CD précédent (plus long, et probablement plus versatile). Flown a changé, à commencer par son line-up. De duo, il s’est épanoui en un quatuor conventionnel, probablement pour mieux en découdre avec la scène. Épaulé d’un nouveau guitariste, on voit donc l’apparition de courts solos, efficaces et à leur place – ainsi qu’une présence manifeste, même sur les titres rock, de la guitare acoustique. La production reste un modèle du genre, encore plus massive qu’auparavant. Foutredieu : lorsque les hostilités démarrent, on a réellement l’impression que les guitares sont branchées sur le cul d’un réacteur ! Mention spéciale au jeu du bassiste, tout en discrétion, mais dont une écoute attentive révèlera la finesse, et les véritables « morceaux dans le morceau » qu’il interprète en contrepoint. Seul petit bémol : le chant de Flo, bon 99% du temps, semble perdre en aisance par endroits. Comme si parfois, certains refrains ou certaines modulations réclamaient une tessiture légèrement différente de la sienne. Soucis léger, d’ailleurs vite gommé par l’impeccable prestation qu’il livre tout au long du CD. Et même, faut-il le dire ? ces défauts se muent tout doucement en qualités, et ses quelques fragilités (presque indécelables) finissent par avoir leur charme, donnant un surcroît de personnalité à une musique autrement propre et balisée.


Ce n’est donc pas une révolution : c’est un changement dans la continuité, comme la maturation d’un bon vin. Moins d’audace, plus d’assurance, Flown vient de sortir le type même du « deuxième album réussi », du « Cd qu’on donne pour faire découvrir le groupe ». Que nous réservera-t-il à l’avenir ? S’enfermera-t-il dans ce style afin d’affiner sa formule ? Prendra-t-il des risques, rebondira-t-il vers des horizons moins défrichés ? En attendant de le découvrir, faites tourner la bonne nouvelle : le rock-metal populaire et de qualité existe en France… même s’il faut encore, pour le dénicher, délaisser les bacs et parcourir le Web.


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