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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 05 juin 2012
Sa note : 15/20

LINE UP

-Dan Briggs
(basse)

-Walter Francourt
(saxophone+flûte)

-Matt Lynch
(batterie)

TRACKLIST

1) Blast Off
2) Separate Realities
3) Curse of the Ninth
4) Wazzlejazzlebof
5) Celestial Terrestrial Commuters
6) Gemini's Descent

DISCOGRAPHIE


Trioscapes - Separate Realities



« Heavy metal »… Sur la fiche présentant Separate Realities, premier opus du projet Trioscapes, c’est dans cette catégorie que le label classe le groupe, et franchement, cela dénote un énorme sens de l’humour… J’aimerais beaucoup voir la tête du fan de base de Manowar lors de sa première écoute de cet album, aussi proche du heavy que Bob Marley l’est du funeral doom. Certes le batteur a une frappe lourde, certes la basse est bien mise en avant, mais aucun doute n’est possible, Trioscapes, trio comprenant entre autres Dan Briggs, le bassiste de Between The Buried And Me, donne dans le jazz-fusion à tendance prog, et Separate Realities convient mieux aux fans de Zappa que d’Accept. Les musiciens donnent l’impression d’avoir pris du plaisir à enregistrer l’album et ce plaisir, ils savent le transmettre.

Attention, « pas metal » ne signifie pas pour autant « mou du genou ». Avant l’enregistrement de l’album, les trois larrons ont dû prendre quelques substances dopantes tant l’ensemble de l’œuvre dégage une impression d’énergie jamais démentie. Totalement instrumentales, les compositions ont comme « voix » un saxo endiablé (relayé par une flûte sur le dernier morceau "Gemini’s Descent") dont la verve ne faiblit guère. Le batteur et le bassiste ne sont pas en reste et le dialogue entre les instruments, toujours un peu difficile à suivre pour les personnes peu habituées au phrasé jazz, est vif et tient l’auditeur en haleine, d’autant plus que chaque morceau a sa petite particularité. Le second titre par exemple, "Separate Realities", est plus sombre que la moyenne de l’opus, plus rapide aussi, et rappelle par moments les cuivres grondant de Alamaailman Vasarat. La seconde partie de "Wazzlejazzlebof" offre un dialogue sympathique entre jazz plus classique et sonorités modernes.
Quant à la reprise de "Celestial Terrestrial Commuters" de Mahvishnu Orchestra, sa deuxième moitié explosive permet d’admirer la force de frappe de Dan, extrêmement inspiré pour le coup. Mais le moment le plus fort de l’album, et le plus accessible aussi, est peut-être à chercher du côté de "Curse of the Ninth". L’espace d’un morceau, le trio rend sa musique plus facile à assimiler et y ajoute une dose d’émotion. Le résultat est un titre délicat, dont la seconde partie est véritablement émouvante. Peut-on faire des reproches à l’album ? Celui de justement ne faire que très peu de concessions au grand public et d’officier dans un genre un peu hermétique ? Non, c’est bien cette approche assez « pure » qui donne de l’intérêt à l’œuvre, quitte à déplaire au plus grand nombre. La durée assez réduite de l’album qui n’excède guère la demi-heure ? Pas plus, car ce genre de jazz sessions à la limite de l’impro a tendance à ennuyer si elle se prolonge trop. Separate Realities est une escapade jazz-fusion, fraîche et percutante, et doit être prise comme telle.

Si certains side projects relèvent du délire ou de l’opération commerciale, il semble que Dan Briggs ait ici eut véritablement envie de donner libre cours à des inclinations peu compatibles avec son principal projet musical. Il a su s’entourer d’un batteur et d’un saxophoniste aussi enthousiastes et virtuoses que lui, et le résultat est un album qu’on imaginerait volontiers enregistré dans des conditions live, avec des musicos prenant leur pied. Separate Realities laissera néanmoins de marbre les métalleux peu sensibles aux charmes du jazz fusion, mais ceux qui ne sont pas repoussés par ce genre de sonorités devraient apprécier ce cocktail vitaminé et très bien exécuté. Apparemment, le trio a réalisé deux concerts en mai pour la promo de l’album. Si Trioscapes rend aussi bien sur scène qu’en studio (et c’est probable…), les petits veinards qui ont assisté aux shows ont dû passer un bon moment !



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