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CHRONIQUE PAR ...

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Wrathchild
Cette chronique a été mise en ligne le 03 septembre 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Mlny Parsonz
(basse+chant)

-Josh Weaver
(guitares)

-Josh Coleman
(guitares)

-Lee Smith
(batterie)

TRACKLIST

1) Parsonz Curse
2) Whispering World
3) Shake And Shift
4) No Good
5) Blue
6) Sleeping Witch
7) South of Somewhere
8) Drown
9) Minus
10) Black Water Vision

DISCOGRAPHIE

CVI (2012)

(2012) - hard rock tendances doom et psychédéliques - Label : Relapse Records



Le Sud des Etats-Unis change. Et c'est une bonne chose. Bien loin des inspirations country et hip-hop qui encombrent le paysage musical de cette région, il semblerait qu'un virage vers un rock plus lourd et métalleux serait amorcé.  Il est inutile de revenir sur le succès de Mastodon. Depuis, nous avons eu Baroness. Maintenaint, sur le même label que ces derniers, et après un EP sorti en 2009, se joint à la fête et à la révolution, Royal Thunder. Les dames sudistes s'y mettent...

Attention talent. Ce groupe, qui fut formé en 2007, fut à ses débuts principalement instrumental. Ce qui explique la complexité et les arrangements des chansons présentes sur ce premier album. Il ne suffit qu'à regarder la longueur des titres pour savoir que ces musiciens savent prendre le temps de peindre des toiles grandioses - seuls trois chansons sur les dix présentes font moins de quatre minutes et deux vont au-delà des neuf. Seules la grandeur et la beauté à couper le souffle n'ont d'intérêt. La minutie et la précision, doublées avec le grandiose, font penser aux tableaux dépictant les paysages sauvages américains d'artistes tels que Frederic Edwin Church ou bien encore Thomas Cole.
Et pour atteindre ce niveau de perfection et de transcendance, il aura fallu une malédiction. Car ce groupe est maudit. Le mauvais sort qui lui fut jeté réside en ce riff sabbathéen qui fut tour à tour avalé, digéré, compris, adapté, régurgité et transcendé. Chaque note est jouée afin d'apporter la touche parfaite aux tableaux présentés le long de cet album. Même si parfois, ces paysages peuvent être quelque peu malsains, glauques ou bien encore déprimants. Mais ils restent toujours hypnotiques et obsédants. Le riff de "Whispering World", ou ce break dans "Parsonz Curse" qui vous entraîne sans son tourbillon. Cette intensité dans "Sleeping Witch" - titre présent sur le EP mais qui se voit ici embelli - qui brise cette magnifique mélancolie accentuée par ce jeu de batterie feutré et ces violons qui pleurent.
Oui, Royal Thunder peut aussi être considéré comme progressif. En alternant divers passages et ambiances variées à l'intérieur d'un même titre, ils invitent l'auditeur au voyage. Les musiciens ont réussi ce pari à exprimer pleinement et parfaitement le lyrisme des paroles. "Blue" commence par un roulement de batterie qui s'accélère pour s'ancrer dans un rythme hypnotique mené par une ligne de basse et bercé par ces notes de guitare aériennes qui rappellent quelque peu The Edge (U2). L'auditeur est absorbé, happé, baladé de droite à gauche. Le groupe prend son temps - il faut attendre 3:30 pour les premières paroles. Une séduction prend forme pour ensuite virer dans le tragique. Le riff à 6:00 est sabbathéen et la peur s'installe, le tempo s'accélère (style Hitchcock) pour enfin s'achever en lourdeur.
Le talent de ce groupe réside également dans la parfaite synchronisation des titres. Il n'y a absolument aucun titre de remplissage sur ce disque. Et ils savent enchaîner titres longs avec titres plus courts ou bien encore ballade acoustique "Minus". "Black Water Vision" s'ouvre avec du tonnerre pour ensuite nous voguer sur une mer clame après la tempête dans un titre qui rappelle fort Led Zep puisant dans un blues intense, le tout associé au puissant Sab. Une note punk au refrain ramène l'auditeur sur la crête de la vague. Mais ils sont également parfaitement capables de vous filer une claque avec ce "No Good" où l'ombre de Led Zep est encore bien présente dans ce titre rock plus enlevé mais qui reste toujours très seventies. Mlny crache son venin « You're no good! » comme si sa vie en dépendait.
Le groupe est très soudé et les musiciens remplis de talent. Mais, dès que le chant est donné à une représentante de la gente féminine, les projecteurs sont sur cette dernière. Il est vrai que ce qui avait failli à m'enthousiasmer chez Christian Mistress est ce qui rend cet album si envoûtant. Le chant de Mlny. Il est incroyable que cette dernière devint chanteuse un peu par le coup du sort, quand son mari - Josh Weaver - lui donna le micro. Quelle inspiration! Elle a une voix qui vous prend au coeur, remplie de détresse dans "Parsonz Curse - titre écrit pour sa mère et qui traite d'une malédiction présente dans sa famille, pleine de hargne dans "Whispering World" où elle met son âme sur la table pour presque la perdre lors de ces cris torturés. Elle sait aussi se faire séductrice ou sirupeuse dans "Sleeping Witch" ou encore ensorceleuse et possédée quand elle chante « somebody's in me » dans "South Of Somewhere". Sa voix se fait aérienne, montant vers les cieux, rencontrant des anges déchus lorsqu'elle s'exprime « Swallow me up, take me up in your light ». Elle reste la malédiction de l'auditeur. Mais celui-ci en sort ravi.


Voilà, le mal est fait. L'auditeur se voit complètement ensorcelé et est sous le charme. Après une première écoute, il se voit dans l'incapacité de se détacher de ce disque. Le voyage musical vaut extrêmement un retour, et un retour, et un retour... Tous les éléments sont là pour faire de cet album intelligent et varié l'une des révélations de l'année! Et ce titre? Il signifie le nombre 106 et qui semble poursuivre le guitariste fondateur - anniversaire d'un ami, 6 janvier ou nombre de beats par minute d'une certaine chanson. A chacun son mauvais sort. Mais si ce groupe ne devient pas gigantesque, c'est qu'il n'y a plus de justice!


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