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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 19 juillet 2012
Sa note : 13/20

LINE UP

-Xav
(chant+basse)

-Jessy
(guitare)

-Max
(guitare)

-Niko
(batterie)

-Lyynk
(claviers)

TRACKLIST

1) The Flood
2) Burning Pride
3) Chains of Labor
4) RIFD
5) Nibiru
6) Enuma Elish
7) The Loss
8) Blood Obsession
9) The Ordeal
10) Sycamore pt. I
11) Sycamore pt. II


DISCOGRAPHIE

Enuma Elish (2012)
Drift (2014)

Jenx - Enuma Elish



« Enuma Elish » désigne le récit de la création du monde selon la mythologie babylonienne. Il évoque des divinités comme Marduk et Rotting Christ y a consacré une (magnifique) chanson. Du coup, avec de tels antécédents, si un groupe de metal intitule un album de la sorte, on aura tendance à imaginer des musiciens peinturlurés pratiquant du black metal pur et dur, pourquoi pas originaires du bassin méditerranéen. Comme quoi, il ne faut pas toujours généraliser : Jenx a beau avoir appelé son dernier album ainsi, le groupe vient de l’Aquitaine et le style proposé, quoiqu’assez sombre, n’a pas grand-chose à voir avec Emperor et compagnie. Le groupe joue du métal industriel, bien lourd avec des vrais morceaux d’électro dedans, et Enuma Elish a peu de senteurs méditerranéennes, l’inspiration étant plutôt à chercher, vu le genre pratiqué, de l’autre côté de l’Atlantique.

La base de la musique de Jenx est un metal pesant joué sur un tempo assez tranquille (sauf de rares exceptions comme "The Ordeal"). Des titres comme "The Flood" ou "Enuma Elish" font globalement penser aux titres mid-tempo concoctés par Fear Factory, tandis que "Burning Pride" possède de forts accents Marilyn Mansonien époque Mechanical Animals. Pour alléger la lourdeur de l’ensemble, le groupe ne rechigne pas sur l’utilisation d’éléments électro : percussions et « bruitages » indus ou encore claviers aux sonorités un brin inquiétantes (rappelant assez fortement, l'espace de "The Loss", les regrettés Placebo Effect). De l’album, on retiendra surtout le très percutant "Chains Of Labor" à la rythmique justement très darkwave / électro, que l’on aurait bien imaginé comme « hit » des boîtes de nuit gothico-alternatives des années 90, et également l’incantatoire "Nibiru", avec son chant commençant de manière plaintive (à la Trent Reznor) et virant au growl death-metal par la suite, et ses riffs de trois tonnes chacun. Ce dernier titre, très intéressant, semble vraiment se situer aux confluents du gros metal abrasif et de l’électro-indus.
Le reste des morceaux est un ton en-dessous des deux titres cités : les chansons n’ont absolument rien de catastrophique et ce cocktail de metal et de musique synthétique est plutôt accrocheur, mais la musique n’est ni très originale, ni très percutante et le rythme assez lent de l’ensemble, s’il permet de créer une atmosphère plutôt étouffante, ne permet pas d'emballer la machine. Mais heureusement pour Jenx, il y a Xav et sa voix magique. Déroutant aux premières écoutes, l’organe vocal du bassiste a l’âpreté et la dureté d’un Burton C. Bell, mais Xav sait lui conférer des modulations et une profondeur assez surprenantes, ou tout au moins peu fréquentes, un peu comme si une créature maléfique se mettait à chanter de l’opéra, et y parvenait... Si la polyvalence de la voix de Xav permet de parfaire une chanson comme "Nibiru" déjà très bonne par ailleurs, elle devient le principal atout d’un certain nombre de chansons de l’album, qui, sans elle, seraient certes convenables, mais un peu fades tout de même, comme "Blood Obsession", "The Ordeal" ou "Sycamore pt. I"). On notera également que la seconde partie de "Sycamore" est une fin d’album bien faite, le piano y étant utilisé de manière joliment nostalgique.


Pour résumer, Enuma Elish est un album mélangeant de manière satisfaisante du metalcore bien couillu avec les sonorités électro-indus typiques du début des 90s, popularisées par NIN, The Young Gods et compagnie. Si Jenx ne révolutionne pas le monde de la musique, ce petit mélange pourra séduire les nostalgiques des années phares de Reznor et Jourgensen à la recherche de sonorités plus résolument heavy et un (peu plus) modernes. De plus, on pourrait faire comme le Guide Vert et donner une étoile à la voix de Xav qui « vaut le détour », selon l’expression consacrée. Beaucoup plus malléable et juste que celle de la plupart des grogneurs actuels, elle permet à elle seule de sauver certains titres d’une certaine monotonie. Bref, le Enuma Elish de Jenx ne conte pas l’épopée d’un nouveau genre musical, mais permet de passer un bon moment, c’est déjà cela de pris.


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