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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 28 juillet 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Blake Judd
(chant + guitare)

-Aamonael
(guitare)

-Sanford Parker
(claviers)

-Will Lindsay
(basse)

-Charlie Fell
(batterie)

TRACKLIST

1) Dawn Over the Ruin of Jerusalem
2) Silencing Machine
3) And I Control You
4) The Lepers of Destitution
5) Borrowed Hope and Broken Dreams
6) I Wait in Hell
7) Decimation, Annihilation
8) Reduced to Ashes
9) Give Me the Grave
10) These Rooms in Which We Weep

DISCOGRAPHIE


Nachtmystium - Silencing Machine
(2012) - black metal cold-wave prog - Label : Century Media



En termes d’inspiration et de sonorités, on pourrait séparer le black metal en deux : d’un côté le « black metal des champs », épique et souvent médieval, tendance la plus répandue. De l’autre, on trouve le « black metal des villes », pratiqué par des groupes comme Aborym ou Satyricon, à partir de Volcano. Silencing Machine, la nouvelle œuvre des Américains de Nachtmystium est à ranger définitivement dans la seconde catégorie, le metal noir urbain, et on pourra également affirmer que la musique de Satyr seconde période est une de leur principale influence. Ce sont bien les seules certitudes qu’offre cette œuvre difficile à classer tant la musique proposée varie d’une chanson à l’autre. Ah si, une autre certitude : l’album est excellent.

Si l’on peut reprocher quelque chose à ce groupe originaire de l’Illinois, ce n’est certainement pas d’être monolithique. Un peu comme un menu dégustation, Silencing Machine permet de se rendre compte de l’ampleur de la créativité de Nachtmystium. Même si la succession de styles dans l’album ne correspond pas à un schéma très clair, on pourra quand même dire que les premiers morceaux officient dans un registre qu’on connait déjà : les deux premiers titres "Dawn Over the Ruin of Jerusalem" ou le très bon "Silencing Machine" au refrain entêtant, font dans le black puissant et rapide. Avec "And I Control You", on enchaîne avec beaucoup de bonheur sur une musique plus lente et industrielle, diablement puissante et oppressante, digne des meilleurs moments de Volcano. "The Lepers of Destitution" et surtout l’envoûtant "Decimation, Annihilation" ont également une couleur similaire. Sur ce dernier titre, le rythme syncopé se marie prodigieusement bien avec les effets « cyber », il en résulte une sensation de diablerie robotique assez électrisante.
Le reste des chansons de l’album peut encore se subdiviser entre morceaux rendus un tantinet prog' par l’usage fait des claviers « vrombissants » ("Reduced to Ashes" et l’OVNI "I Wait in Hell") et titres à la claire influence gothique, et surtout indie, ce qui est moins fréquent. Dans ce registre, la palme doit être décernée à "Borrowed Hope and Broken Dreams", mélange exquis de guitares inspirées des Sisters of Mercy et de voix et claviers infernaux, et à  "Give Me the Grave" avec son refrain imparable. Ce dernier morceau nous permet d’ailleurs d’avoir une idée de ce qui se passerait si Interpol décidait de passer du côté obscur de la force. Il apparaît clairement que Silencing Machine est un maelström d’idées, parfaitement mises en places et pour la plupart remarquables. On ne pourra s’empêcher, et c’est bien là le seul défaut de l’album, de ressentir un peu de tournis devant tous ces changements de registre musical : cette mosaïque cache peut-être une ligne directrice, mais elle est difficile à trouver. Mais chaque écoute permet d’appréhender un nouveau détail de l’œuvre et peut-être qu’a force de repasser Silencing Machine, la trame secrète de l’album sera découverte…


Sans être avant-garde ou post-quelque chose, l'opus ressemble à un diamant sombre dont la couleur change selon l’angle sous lequel il est regardé. Nachtmystium fait dans le metal obscur et éclectique, puissant mais très accessible, si accessible qu'on pourrait même fredonner un bon nombre de refrains sous la douche… Entre gris foncé et noir de jais, les musiciens intègrent avec bonheur un nombre important d’atmosphères différentes, l’un des essais les plus réussis étant le mélange entre black metal et mélodies indé. Là où Agalloch introduit avec brio le néo-folk de Sol Invictus ou Death In June, Nachtmysitum réussit à greffer à ses agressions sonores une bonne dose de sonorités proches des vénérables Sisters ou Joy Division. Du grand œuvre, sans aucun doute.


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