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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 08 novembre 2012
Sa note : 13/20

LINE UP

-Dylan Carlson
(guitare+banjo)

-Adrienne Davies
(batterie+percussion+vent)

TRACKLIST

1) Mirage
2) Land of Some Other Order
3) The Dire And Ever Circling Wolves
4) Left In The Desert
5) Lens of Unrectified Night
6) An Inquest Concerning Teeth
7) Raiford (The Felon Wind)

8) The Dry Lake
9) Teethered To The Polestar

DISCOGRAPHIE


Earth - Hex : Or Printing In The Infernal Method
(2005) - ambient (post-)drone, americana... - Label : Southern Lord Records



Née dans la douleur, Hex est une œuvre de rédemption. La rédemption de Dylan Carlson. En 1995, devenu l'un des souverain du minimalisme musical avec un Earth 2 sans compromis, Carlson se prépare à traverser une mauvaise passe. Entre problèmes de drogues et problèmes judiciaires, il est usé, au bout du rouleau, loin du monde des vivants. Mais la musique coule dans les veines de notre homme. Aussi reprend t-il les choses en main au sortir de cette traversée du désert et décide t-il de relancer le projet Earth après un hiatus de neuf longues années. Intègre, Carlson s'exprime sur Hex comme il l'a toujours fait: avec les tripes.

Hex : Or Printing In The Infernal Method pourrait être résumé par son artwork : épuré et ancré dans le folklore américain. Puisant dans l'éternel mouvement drone (comprendre : très lent, vrombissant, imposant), Hex marque toutefois le début d'une nouvelle étape pour l'entité Earth. Là où les œuvres des années 1990 n'étaient que saturations infernales, guitares distordues et absence quasi-totale de rythmes et de mélodies, celles qui suivront ce Hex seront calmes, apaisées (souvent) et lancinantes. Les vibrations sont toujours présentes et constituent le coeur de la musique mais l'homme ayant changé, la musique ne pouvait que suivre la même voie. Sur Hex, la guitare continue de mener le jeu mais n'est plus saturée. Elle est claire et résonne d'échos et de réverbération. Elle est également sèche, métallique. La moindre note résonne dans l'air, encore et encore. Se terminant, le riff -nécessairement d'une lenteur extrême- redémarre inlassablement. La tradition est perpétuée. Les compositions d'Hex ne sont que cela : l'inlassable répétition de thèmes arides et cycliques que l'on imagine tout droit sortis d'un western au teint sépia. Le vieux cowboy fatigué regarde le vent du haut de son perron, les pieds croisés sur une table en bois. Et le temps passe. 
Hex est austère. Ni triste ni joyeux, Hex est contemplatif. C'est une photo en panorama du grand Ouest. S'ouvrant sur un "Mirage" plaçant un décor fait de sable et de vent, l'album ne débute vraiment qu'avec "Land of Some Other Order". Nous voilà projeté en plein Arizona, non loin du Grand Canyon. Toujours, en arrière plan, subsistent ces vibrations monotones et cette batterie, au jeu désespérément lent (une véritable prouesse que de jouer si peu). Tout est lent et uniforme. Car le paysage sonore dépeint par Earth ne change jamais. La guitare et ses notes cristallines et rugueuses tournent au dessus de nos têtes comme autant de vautours autour du voyageur esseulé. Seul "Raiford (The Felon Wind)" viendra troubler ce voyage avec son riff implacable et martial. Cette musique, à mi-chemin entre le western, le post-rock et le drone, est une érosion : imperceptible mais inévitable. Les activités humaines pourraient être comprises dans une seule note. Hex nous dévoile l'espace entre les notes. L'album joue d'ailleurs aussi bien des sons que des silences. "Left In The Desert" ou "The Dry Lake" sont à peine des morceaux. Guitare et batterie se taisent, laissant toute la place à la musique naturelle du monde : clochettes, vents et vibrations résonnent ensemble. Et quand le voyage se termine finalement sur "Teethered To The Polestar", il laisse un goût de nostalgie particulièrement prononcé. Pourtant, tout va bien.


Hex n'est pas un album rationnel. Aussi dois-je vous prévenir que la note lui étant attribuée n'a aucun sens. Tout dépendra de l'auditeur, de l'état d'esprit du moment, des circonstances. Emprunt de la personnalité de son auteur, Hex n'aurait pu être conçu en un autre temps ni par un autre que Carlson. Cet ancien trublion passé maître dans l'art de faire résonner le vide réussit ici non seulement à revenir sur le devant de la scène avec un album minimaliste et unique, mais encore à faire évoluer tout un mouvement musical. Après avoir imposé Earth 2 comme figure tutélaire du drone à guitare, Hex se veut la pierre angulaire du « post-drone ». La suite, toute aussi intéressante, évoluera vers des contrées moins arides, pleines d'abeilles et de démons.


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