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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 02 novembre 2012
Sa note : 12/20

LINE UP

-Dave Gryder
(claviers)

-Henry Vasquez
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-John O' Daniel
(chant)

-Robert Scott "Wino" Weinrich
(chant+guitare sur "Good and Evil")

-James Russell "Rusty" Burns
(guitare)

-Tony Dallas Reed
(guitare)

-Roger Yma
(basse)

TRACKLIST

1) Let It Roll 
2) Burning on the Wings of Desire
3) Can't Stop My Heart
4) Brings Me Down 
5) Rock Your Station 
6) Good Feeling 
7) The Snitch
8) Good and Evil

DISCOGRAPHIE


Blood of the Sun - Burning in the Wings of Desire
(2012) - hard rock psyché hard boogie - Label : Listenable Records



Il y a des pochettes qui font peur. Même en soutenant à 100% la réinsertion des handicapés en milieu professionnel, on peut estimer que confier le visuel d'un album à une personne souffrant de daltonisme est rarement la bonne décision à prendre. Celle qui orne la nouvelle livraison de Blood of the Sun a beau nous présenter une jeune fille en pleine séance de Kâmasûtra avec l'homme invisible, l'explosion de couleurs arrache-rétine et la maquette approximative suscitent davantage la crainte de perdre cinq dixièmes à chaque œil que du désir envers l'effeuilleuse sus-évoquée. Ce qui ne constitue pas un signal encourageant à écouter la musique de ceux qui ont supposément validé ce truc repoussant. Et comme les illustrations des trois disques précédents étaient du même acabit, on se dit que rien n'a dû changer chez ce collectif typé hard rock 70's. Une fois de plus.

Blood of the Sun est en effet un cas assez fascinant. Voilà désormais quatre lp que ses membres fondateurs, le claviériste Dave Gryder (Storm At Sunrise) et le batteur Henry Vasquez (Saint Vitus), changent de musiciens à chaque enregistrement et pourtant la recette proposée est invariable : un mélange de psychédélisme, de rock sudiste et de hard boogie type Cactus ou Mountain (dont un titre a inspiré le nom du groupe). D'aucuns diront stoner, pour aller plus vite. On s'éloigne sensiblement des univers – respectivement heavy prog' et doom - dans lesquels évoluent les deux compères avec leur formation régulière. Ce side-project a d'ailleurs accueilli rien moins que Derek St. Holmes - l'historique chanteur de Ted Nugent - sur Death Ride (2008), le prédécesseur de ce Burning in the Wings of Desire qui bénéficie quant à lui de l'arrivée simultanée de John O'Daniel au chant et de Rusty Burns à la guitare, soient les tauliers du respecté gang texan Point Blank. Les amateurs de doom metal devraient être également intéressés puisque l'une de leurs idoles - le survivant Scott "Wino" Weinrich (The Obsessed, Saint Vitus etc, etc, etc) - fait une pige remarquée sur le final (voix + guitare). Cette joyeuse bande, épaulée à la production et à la guitare par Tony Reed (Mos Generator, autre section bloquée dans les années 70) s'en donne à cœur joie dans cette nouvelle ode au bon-vieux-hard-rock-de-dans-le-temps.
Si l'homogénéité de la discographie de Blood of the Sun mériterait de devenir aussi proverbiale que celle d'AC/DC, c'est qu'elle contamine quasiment toutes les pistes de chaque recueil. Celui-ci ne fait pas exception et on y (re)trouve ces tempos rapides qui répondent à un cahier des charges très strict : brève ouverture à la batterie, exposition à la guitare et/ou aux claviers, harangue braillée sur cavalcade rythmique, solis alternés guitare/orgue, un dernier refrain et basta. Le tout en 4'30 chrono. Seuls titres à – légèrement - échapper à ce schéma : le (un peu) plus calme "Brings Me Down" où un piano fait son apparition et le final "Good and Evil" sur lequel Scott Weinrich, véritable Lemmy underground, apporte sa touche vénéneuse et lourde à ce morceau anormalement long qui s'achève sur un solo de gratte qu'aucun clavier n'interrompra. S'il y a d'ailleurs une condition indispensable afin de prendre plaisir à écouter ces énergiques quadras-quinquas, c'est d'entretenir un goût immodéré pour l'orgue Hammond dont son titulaire farcit toutes les compositions de solis à forte consanguinité (en même temps il aurait tort de se gêner, c'est lui qui a monté le groupe): Jon Lord doit être ravi là où il est, son disciple le plus zélé tourne à plein régime. Parfois ça fonctionne - "Let it Roll" qui fait songer dans sa partie centrale au "Slave to Freedom" des Tygers of Pan Tang (!) ou encore "Rock your Station" et son ultime solo décoiffant. D'autres un peu moins, comme le balourd "Good Feeling" et le rasoir "The Snitch".


Rien de nouveau au pays du soleil sanglant, la recette du plat national – aussi roborative soit-elle – n'a pas bougé d'un ingrédient. Si la joie de se défouler sur une musique dont les codes sont vieux de quarante ans fait plaisir à entendre de la part de vieux briscards du circuit, elle fleure bon également une nostalgie qui bride toute évolution et toute tentative de varier les plaisirs, ce qui est dommage - dans ce domaine comme dans d'autres. Bien interprétés, bien produits et plutôt véloces, ces morceaux – ni meilleurs ni pires que les efforts précédents - sont avant tout à recommander auprès des amateurs de revival hard psyché et des fans acharnés du groupe. Il est très vraisemblable qu'il s'agisse exactement des mêmes personnes.


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