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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 12 décembre 2012
Sa note : 15/20

LINE UP

-George Kosmas
(chant+guitare)

-Shaun Sykes
(guitare)

-Steve Merry
(claviers)

-John Richardson
(basse)

-Jimmy Vanden Broek
(batterie)

A participé à l'album :

-Megan Sykes
(flûte sur "To Stir the Sea")

TRACKLIST

1) Abeyance
2) Remnants
3) Fraught
4) Absit Omen
5) To Stir the Sea
6) In Parting
7) The Dream and Waking
8) By Moon and Star

DISCOGRAPHIE

Of Breath and Bone (2012)
Vessels (2016)

Be'lakor - Of Breath and Bone
(2012) - melodeath avec du prog dedans - Label : Kolony Records



Ils sont (encore) jeunes, beaux et Australiens, ils jouent très bien du melodeath et tout le monde les adore, même ceux qui n'apprécient pas leur style. Voilà, tout est dit, au revoir messieurs-dames. Mais non, restez, si c'est bon c'est que ça vaut le coup d'en dire deux mots, pas vrai ? Formé en 2004, Be'lakor a sorti The Frail Tide en 2007 puis Stone's Reach en 2009, deux lp sur lesquels les Kangourous ont bluffé tout le monde par leur maîtrise de tous les codes melodeath et une maturité déjà bien avancée. L'écueil du toujours-difficile-deuxième-album ayant été évité, celui du troisième qui-n'apporte-rien-de-plus-à-leur-discographie leur tendait ses doigts crochus. Nos héros sortiront-ils vainqueurs des terribles épreuves qui les attendent ?

Premier danger : la pochette moisie. Certes, la progression fulgurante de l'écoute dématérialisée élimine souvent le problème (« Une pochette ? Pourquoi faire ? ») mais une illustration paresseusement photoshopée en trois clics (Megadeth) ou réalisée par une gamine de 10 ans (le dernier M) n'augure généralement rien de bon quant au contenu. Ici, l'étrange sourire décoché par le Petit Chaperon Rouge envers le Grand Méchant Loup prêt à le becqueter tout cru est suffisamment intrigant pour donner envie d'en savoir plus. Deuxième péril : la production cacochyme qui ruine les efforts de musiciens pourtant prêts à se péter les phalanges pour sonner le plus fort possible. Là encore, pas d'inquiétude : le son à la fois puissant, clair et équilibré rend justice à tous les instrumentistes en leur offrant un mur du son inattaquable. Troisième chausse-trappe : une interprétation médiocre qui tire les chansons vers le bas. Rien à craindre de ce côté-là non plus, tant les membres du collectif affichent un niveau technique particulièrement élevé sans jamais verser dans la démonstration. George Kosmas ne possède sans doute pas une signature vocale inimitable mais ses interventions sobres et déterminées sont loin de ternir les fresques sonores qu'il sculpte avec ses camarades. Ce qui nous amène au plus important : la qualité des morceaux. Ceux-ci obéissent à un schéma chaque fois renouvelé – et cohérent - selon lequel le thème de départ très énergique fait l'objet de modulations reliées entre elles par des passages plus calmes. L'agressivité n'est jamais gratuite et les claviers plutôt sobres interviennent à bon escient.
En officiant dans un death metal aux forts relents progressifs, les Aussies ne se facilitent cependant pas la tâche : comment bâtir de vraies compositions sans verser dans la juxtaposition de plans plus ou moins ingénieux ? En mettant le paquet sur les mélodies tout en soignant les enchaînements. Contrat rempli à 110 % serait-on tenté de dire, car la fluidité des titres est telle qu'elle leur confère un air de ressemblance renforcé par une inspiration qui tend à puiser dans le même creuset. D'où une légère lassitude à la toute fin du recueil – on aurait souhaité une prise de risque un peu plus importante pour rompre le canevas. Mais que celui-ci est brillamment élaboré ! Soumis à des tempos élevés bien que sujets à variations au gré des breaks qui en font tout le sel, les pistes d'Of Breath and Bone font l'effet d'infatigables chevauchées fantastiques qui ne baissent jamais d'intensité. Les guitares véloces voire nerveuses font, évidemment, songer à Dark Tranquillity ou Arch Enemy mais aussi au Supuration de The Cube dont on retrouve les riffs très hâchés sur "Fraught" ou encore "In Parting". Du haut de ses 9 mn 22, ce dernier évoque également un Mike Oldfield période Hergest Ridge gavé aux anabolisants ainsi que les débuts de Theatre of Tragedy dans l'échange guitare-voix-claviers. Si on ajoute l'empreinte discrète du Septic Flesh époque Esoptron / Ophidian Wheel (sur "Absit Omen" par exemple) ou celle plus évidente de Godgory ("Remnants"), le moins que l'on puisse dire est que le quintet de Melbourne sait choisir ses influences. Qu'il a, pour notre plus grand bonheur, remarquablement assimilées.


Si les membres de Be'lakor n'ont opéré aucun changement majeur dans leur death metal épique et harmonieux, ils ont encore relevé le niveau d'exigence d'un cran supplémentaire - celui qui peut leur permettre de séduire un public a priori réfractaire au melodeath. Certes, tous les pièges n'ont pas été évités, à l'image d'une certaine uniformité assez caractéristique du genre. Mais les Australiens font preuve d'un sens mélodique tellement aiguisé et d'une habileté à ce point redoutable dans l'utilisation du break et de l'accélération qu'on ne peut qu'adhérer à cet impressionnant Of Breath and Bone. Si dans un futur proche le groupe parvient à introduire davantage de variété dans ses compositions tout en évitant de verser dans le tabassage aveugle ou la mièvrerie pseudo-lyrique, il pourrait très bientôt s'inviter dans le club des leaders du metal extrême. On ne lui souhaite rien d'autre.


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