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CHRONIQUE PAR ...

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Archaic Prayer
Cette chronique a été mise en ligne le 17 janvier 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Urgarr-oth
(guitare+chant)

-Modii
(basse)

-Lug
(batterie)

TRACKLIST

1) Intro
2) Saltatio Mortis (Morbid Catharsis)
3) Holy Hate
4) Limbos Puerorum
5) Diaboli Cultus
6) Evil Slowly Infects Our Souls
7) Darkest Apocalypse (the End of Humanity)
8) Outro


DISCOGRAPHIE


Supplicium - Magna Atra Missa
(2010) - black metal - Label : Those Opposed Records



Il faut l'avouer, le black français est très bien établi depuis les années 2000. Après la perplexité devant les Légions Noires et la répulsion devant le tristement célèbre "Concilium", grâce à Deathspell Omega, Peste Noire et autres Christicide, la France peut enfin rivaliser avec la Pologne, la Finlande, l'Ukraine et le Canada. D'autant que l'un des derniers groupes en date, celui qui nous intéresse ici, vaut vraiment le coup, et son premier est un des meilleurs albums de cette année dans le genre. Supplicium, groupe de Grenoble, après avoir sorti une démo et un bon EP, voit donc ses efforts concrétisés par un premier album en 2010. Et autant dire qu'ils n'ont pas lésiné sur les moyens en s'offrant les services d'un musicien de sessions (puis un autre en live) pour une superbe édition CD. D'autant que Supplicium sest signé sur l'excellent label Those Opposed Records, responsables entre autres de Sünhopfer et Christicide (réédition du premier album). Bref, informations suffisantes, (gros) paragraphes suivants.

Cet album est juste... monstrueux. Terrifiant et réellement efficace dans la façon de restaurer la noirceur dont Darkthrone, Bathory à ses débuts et Mayhem étaient capables. L'effort est d'autant louable que peu de groupes peuvent se permettre de faire du black sans qu'on soit obligé de devoir retourner vers les groupes cités juste avant. Alors, si la structure de l'album (une intro et une outro) et les morceaux en eux-mêmes sont classiques, leur efficacité est à toute épreuve. Passée l'ouverture sombre, avec ses chants grégoriens ponctués de cris torturés, le premier morceau, "Saltiato Mortis (Morbid Catharsis)" nous balance à la force du poignet 11 minutes d'un black destructeur, très classique mais intègre et explosif. Le grain de guitare est vraiment idéal pour l'ambiance et... Non, en fait, toute la production est tout simplement énorme. La batterie, qui ne laisse pas penser à une boite à rythmes, sait aligner les breaks écrasants, enchaine sans pitié les blasts ravageurs, et rassurez-vous, la basse elle-même est assez audible et semble ramper sournoisement. Tout ce tableau de folie furieuse et de riffs grandioses, comportant des mélodies teintées de ténèbres, est complété par le chant grogné / hurlé de Urgarr, féroce et maladif (sérieusement : la voix se casse, comme s'il ne voulait pas nous lâcher). Typiquement le genre de voix pour qu'un groupe de black sorte des sentiers battus où règnent les blasts sans arrêts, la basse inaudible et les imitations plus ou moins réussies de Nocturno Culto.
En fait, tout l'album ne comporte que des moments de bravoure, même s'il ne faut pas s'attendre à beaucoup d'originalité. Comment ne pas se scarifier, chercher à prendre un glaive pour aller massacrer la première nonne venue (et c'est le cas dans une des outros, si vous faites attention) à l'écoute des trois morceaux suivants, constituant un tiercé gagnant qui vous soumettra et vous entrainera dans un blizzard de souffrance et de plaisir coupable ? "Holy Hate", seule composition de moins de dix minutes, montre un caractère épique inouï, sorte de croisement entre Darkthrone et Bathory, tandis que "Limbus Puerorum" et "Diaboli Cultus" (la plus grandiloquente et la plus sinistre, notamment avec son riff du milieu, criant de simplicité), vous lancent des riffs plus sombres, tristes et puis soudain, vers le milieu... Crash ! Un break, tel une massue sur le crâne, s'abat sur l'auditeur qui se sent alors submergé par un tel travail dans les compositions, ne tombant ni dans le délire expérimental, ni dans le plagiat sans vergogne des légendes de l'Europe du Nord. Et les titres ne confinent surtout pas à l'ennui ou l'hypnose : le groupe laisse jamais l'auditeur s'endormir sur chaque plage de 10 à 12 minutes.
Les deux derniers morceaux viennent confirmer le constat global de cet album : Supplicium, comme il l'a déclaré à plusieurs reprises, refuse de faire soit dans le symphonique, le brutal / bruitiste à la Revenge, ou alors du raw black. Alors que des groupes comme Sünhopfer ont clairement choisi le camp de Peste Noire (un black talentueux et bourré d'ambiances médiévales), ce groupe de Rhône-Alpes fait plutôt penser à Mayhem sur De Mysteriis Dom Sathanas, à Deathspell Omega si on veut penser aux Français, mais aussi et surtout aux Suédois de Watain. Chaque aspect est représenté : brutalité, lyrisme, noirceur, cruauté et folie confinant à l'hystérie (non mais écoutez quand il part dans les cris suraigus). D'ailleurs, cette hystérie est présente sur les riffs de "Diaboli Cultus", et aussi de "Evil Infects Slowly your Soul", qui porte bien son nom avec ses passages en mid-tempo. Cette impression d'avoir affaire à un album froid, glacial, apocalyptique et maitrisé, est palpable et finalement renforcée par "Darkest Apocalypse (the End of Humanity)", véritable tuerie en deux parties (un riff laissant présager le chaos, puis la seconde partie laissant une dernière trace épique) qui, avec "Saltatio Mortiis", encadre ces quatre plages de pures ténèbres, tout en laissant un vent glacial (encore) souffler, sur fond d'un piano sordide, sur l'ensemble d'un disque noir, sombre et si jouissif.


Bref, afin de conclure cette longue chronique (qui de toute façon, se devait de l'être pour un album si long puisqu'il dure plus d'une heure), il faut dire que Supplicium est un de ceux capables de restaurer les ambiances réalisées par les grands noms issus de Norvège, de Suède et de France. Il fallait une étincelle de folie pour que l'album émerge de la masse grouillante de ce qui s'appelle le black metal orthodoxe, et Supplicium réussit à l'avoir. Si vous voulez vous débarrassez de vos préjugés sur un black qui ne sait pas se renouveler, et en attendant qu'un groupe arrive à imposer une nouvelle façon de faire du black metal, jetez vous sur ce disque, car c'est vraiment ce que l'underground a de meilleur à offrir avec des groupes comme Mgla, Blåkulla et même Armaggedon. Aux côtés de ces derniers d'ailleurs, ces deux fêlés de Grenoble semblent constituer la relève pour cette décennie à venir.


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