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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 18 janvier 2013
Sa note : 9/20

LINE UP

-Frank Kühnlein
(chant+guitare)

-Mischa Matveev
(guitare)

-Matze Hottinger
(basse)

-Fabi Angermüller
(batterie)

TRACKLIST

1) Tyrannei
2) Endzeit
3) Roter Regen
4) Kinder des Zorns
5) Kaltes Herz
6) Versuch es Doch
7) Leben
8) Taub Blind Stumm
9) Freiheit
10) Die Jagd Beginnt

DISCOGRAPHIE

Endzeit (2012)

nullDB - Endzeit
(2012) - néo metal - Label : AFM Records



J’aurais dû me méfier. Ce grand sourire, ces tapes dans le dos… c’était louche. « Ah, Winter, justement je te cherchais ! J’ai un truc pour toi, c’est du gros métal, un truc à la Rammstein, c’est fait pour toi, non ? » Et moi comme un con, je réponds « Oh que oui, xxxx (nom censuré mais il se reconnaîtra…), file-moi ce joli promo ! » Et voilà comment se retrouver avec de la musique d’ado… D’ado, quoi ! Je vais avoir quarante piges cette année, ce sont plutôt les problèmes de prostate qui me guettent que celui des points noirs et des débuts patauds avec la gent féminine. Et là, on me file un truc qui fleure bon l’eau de toilette bon marché étalée sur un torse encore glabre par un jeune gars persuadé qu’écouter Endzeit, ça fera dans lui un dur, un tatoué.

D’accord, la comparaison avec Rammstein est tentante. On trouve sur l’album tous les ingrédients utilisés par la bande popularisée par David Lynch : chant en allemand, guitares incisives, mélodies accessibles, quelques sons synthétiques de-ci de là, "Roter Regen" contient même une voix de fillette toute semblable à celle que l’on peut écouter sur "Engel". Mais dès la première écoute, on se rend compte qu’il existe deux différences importantes entre nullDB et leurs célèbres compatriotes, tout au moins sur leurs premiers albums : d’une part, ce sont les tripes, la sauvagerie, l’envie de se jeter à fond dans la bataille en criant « Pas de quartier ! ». Rammstein atomisait des diplodocus avec l’index sur des titres comme "Weisses Fleisch" ou "Du hast", alors qu’on a l’impression que nullDB officie dans un registre propret, gentillet presque. Les guitares envoient, mais pas trop quand même, le chant est un peu méchant, mais bon, pas la peine d’effrayer les enfants.
La seconde différence est encore plus cruelle : il s’agit de la qualité des compositions. Apparemment, et conformément à leur origine germanique, nos artistes du jour se sont concentrés sur la préparation de refrains accrocheurs et facilement mémorisables. Du coup, à quelques exceptions près, ils semblent avoir négligé le corps de la chanson, la transition entre refrain et refrain. La plupart des riffs sont par conséquent très stéréotypés et feraient passer les compos d’In Flames période récente pour du metal avant-gardiste, c’est tout dire… Sans sombrer dans le ridicule, l’œuvre proposée est donc dans l’ensemble bien fade et ne s’apparente pas plus à un naufrage grâce aux fameux refrains efficaces évoqués plus haut (bon sang ne saurait mentir) et à deux titres plus complets et couillus, à savoir le fougueux "Versuch es doch" et l’intéressante clôture "Die Jagd beginnt" dont le corps n’est pas un simple remplissage. Par bonté d’âme, on taira la ballade centrale de l’album, passage obligé de toute production marketing, dont la qualité frise ici le zéro absolu.


Tu as quatorze ans et ton corps change ? Ces émissions blanchâtres nouvellement venues t’émoustillent et tu te sens l’âme d’un guerrier ? Tu aimerais épater ta camarade de classe qui n’a d’yeux que pour les gars qui ont des bagnoles ? Endzeit est fait pour toi. Avec Endzeit dans ton lecteur MP3 (j’ai failli dire baladeur, quel vieux schnoque…), tu pourras fièrement arborer une crinière et un t-shirt de gars qui ne rigole pas, sans avoir de cauchemars la nuit ni devoir de nouveau sucer ton pouce. En plus, si ça se trouve, tu pourras même faire écouter ça à la nana de tes rêves sans qu’elle te sorte le fameux « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? ». Simplement, n’oublie pas que d’ici un ou deux ans, il faudra que tu commences à écouter des oeuvres qui tachent plus, de la musique qui fait mal. Mais bon, chaque chose en son temps.


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