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CHRONIQUE PAR ...

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Moumou le hibou
Cette chronique a été mise en ligne le 25 janvier 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Jim Lowder
(chant+guitare)

-Dustin Rieseberg
(guitare)

-Aaron Rieseberg
(basse)

-Jason Oswald
(batterie)

TRACKLIST

1) Amnesia
2) Nobody One Knows
3) They Mostly Come at Night
4) Cholera
5) Two Coins for the Ferryman

DISCOGRAPHIE

Norska (2012)

Norska - Norska
(2012) - postcore doom sludge - Label : Brutal Panda Records



Terrifiant !!!! Et pourtant j'en ai écouté des horreurs.... mais là, rarement un album ne m'aura autant malmené ! Pour commencer il y a cette pochette dérangeante, ensuite cette voix désespérée, ce son poisseux, ces rythmes totalement imprévisibles... Tout y est pour vous faire passer un sale moment. Voilà un groupe qui fait honneur à la part sombre du metal, qui mieux que cette musique peut exprimer la haine, la tristesse, la folie ? Chronique d'un monument d'insalubrité.

Depuis Neurosis, aucun groupe n'avait réussi à me mettre aussi mal à l'aise. Une expérience qui vous laisse une trace indélébile. Une exquise torture où règne la poésie du sale. Le premier titre, "Amnesia", nous fait doucement entrer dans l'univers du groupe sur des notes dissonantes d'une extrême lenteur proches du drone d'un Sun O))). La solitude, la névrose, la maladie, voilà les thèmes explorés par cet album. Les rythmes varient très souvent, ils semblent instables, deviennent insaisissables. L'ensemble est d'une lourdeur abyssale. La batterie semble cogner de façon aléatoire, ce qui rend l'écoute extrêmement difficile, la basse suinte la crasse et la guitare distille le malaise. Mais au milieu de toute cette noirceur surnagent des moments divins où perce la lumière comme sur les trois premières minutes de "They Mostly Come at Night" (avec de superbes leads) ou encore l'introduction de "Two Coins for the Ferryman" accompagnée de quelques notes de piano. Ils sont rares mais inoubliables. Le vocaliste est phénoménal avec sa voix hardcore déchirante qui peut descendre très bas comme s'envoler dans des sphères plus élevées quand le besoin s'en fait sentir (notamment sur les parties mélancoliques). Chaque membre livre une grande prestation.
On l'aura compris, ce n'est pas un album pour les jeunes qui recherchent avant tout de la violence pour stimuler leur surplus d'hormones (pour cela il ya Slipknot et Trivium). On est en face d'une œuvre adulte, d'une richesse incroyable, ce qui est très rare pour un premier "full-length".  Comment la classifier ? Pour schématiser, on peut parler du croisement du post hardcore de Neurosis avec le sludge de Rwake et le funeral doom d'Esoteric (imaginer un peu la lourdeur et la puissance émotionnelle de la chose). Les titres oscillent entre cinq minutes et demi pour le plus court et treize minutes pour le plus long (le magistral et meilleur titre de l'album "They Mostly Come at Night"). Même sur les compositions les plus longues, l'ennui n'a pas sa place et ceci est certainement dû à la grande variété de riffs présents dans chacune d'elles. Les structures sont particulièrement alambiquées et c'est là une des forces du groupe qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. Un grand nombre d'écoutes seront nécessaires afin de tirer le meilleur de chaque piste. On a donc à faire à une œuvre aussi exigeante que captivante qui risque d'en perdre plus d'un en chemin.


Pas une seule blague de mauvais goût dans une chronique de Moumou ? On croit rêver ! C'est dire si cet album est plombant. L'écoute est réservée aux amateurs de sensations fortes, à ceux qui aime souffrir. Ici c'est l'antithèse du beau, l'art de la dissonance... quelque chose d'affreusement bon. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenu.


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