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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 13 février 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Anne-Lou
(chant+claviers)

-Euryale
(chant+guitare)

-Florestan
(guitare)

-Virgil
(basse)

-Amaël
(batterie)

TRACKLIST

1) Rivières Rouges
2) Eloge de la Chair
3) Exquise Marquise
4) D'Ebène & d'Ivoire
5) Extase
6) Mélancolie Mécanique
7) Embrasement

DISCOGRAPHIE

Dacryma (EP) (2012)

Dacryma - Dacryma (EP)
(2012) - metalcore - Label : Autoproduction



L’évolution ça a du bon. Le mélange perpétuel de genres et de sonorités, n’en déplaise aux tenants de la « pureté » musicale, permet de faire avancer le schmilblick et d'assurer l'évolution permanente de la musique. Exemple : si au début des années 90, quelqu’un avait évoqué la possibilité de mélanger du bon gros metal hurlé avec de la chanson française, il se serait retrouvé cloué à une porte par la communauté métallique telle une vulgaire corneille. Heureusement, les mentalités changent et si tout le monde n’aime pas le mélange salé-sucré, une bande de petits jeunes comme Dacryma, suivant la voie ouverte par des groupes comme ETHS, a osé pondre un premier EP qui a pour but de réconcilier Zazie et Meshuggah, brouillés de longue date.

Et en plus, ils y arrivent ! Leur première œuvre éponyme, classée dans les EP mais qui contient tout de même sept chansons et dure plus de trente-cinq minutes, est typique d’un groupe prometteur : il regorge d’énergie et de bonnes idées qu’il conviendra simplement de structurer un peu mieux par la suite. Si la référence immédiate qui vient à l’esprit de l’auditeur est clairement ETHS, Dacryma n’est pas une pâle copie de leurs concitoyens. Certes, c’est une femme, en l’occurrence la jeune et douée Anne-Lou qui assure la majeure partie des vocaux, épaulée de temps en temps par Euryale, son camarade brailleur et guitariste. Certes, l’objectif avoué du groupe est de combiner la puissance du metal de djeunz (metalcore, djent …) avec la finesse de mélodies tirées tout droit du répertoire de notre si belle variété française. Mais il y a deux différences de taille : l’une est le plus grand dépouillement de Dacryma. Là où ETHS est assez multi-directionnel et introduit beaucoup de sonorités et de variations, Dacryma se concentre sur cette dualité et n’en fait vraiment pas des tonnes quant aux arrangements de l’album : quelques claviers de-ci, de là (l’ouverture Rammsteinienne d’"Exquise Marquise" ou le piano du magnifique début d’"Extase"). Cette  relative pauvreté de sonorités ambient ou exotiques permet au groupe de ne pas noyer le poisson et d’exposer sans fioritures la qualité globale des titres et l’excellente tenue des vocalistes et des musiciens.
L’autre différence avec leurs homologues marseillais est le rôle tenu par Anne-Lou. Tout le monde ne peut pas être Candice et jouer à la fois l’enjôleuse et la guerrière. La chanteuse de Dacryma se cantonne dans le premier rôle, mais son chant est remarquable d’un bout à l’autre de l’album. Sans faiblir à aucun moment, Anne-Lou porte haut les couleurs de la chanson nationale, joue à merveille le rôle de la princesse égarée dans un monde obscur et entre en bonne synergie avec Euryale, pour un résultat parfois excellent : le break d’"Exquise Marquise" est clairement un des moments (très) forts de l’album. Outre cette chanson, on retiendra l’initial et percutant "Rivières Rouges", le titre le plus accessible de l’album et le plus sophistiqué "Extase" où la chanteuse montre également de quoi elle est capable. Comme il s’agit d’une première œuvre, il est normal de trouver des imperfections, mais elles ne sont pas légion. On déplorera surtout quelques maladresses dans les enchaînements, fruits d’un travail de composition pas encore arrivé à maturité, et on recommandera de ne pas trop s’attarder sur "D’Ebène & d’Ivoire" qui malgré un début intéressant rappelant quelque peu Noir Désir se perd un tantinet dans des chorus de guitare melodeath mal intégrés au corps du morceau. Rien de bien dramatique cependant et le metal « précieux » pratiqué par le groupe devrait séduire par son enthousiasme et sa qualité tout metalleux non réfractaire aux mélodies chères à Michel Drucker.


Une première œuvre réussie, pleine de fougue maitrisée et de finesse un tantinet alambiquée. Par son côté sophistiqué, ce metalcore puissant  mais souvent subtil  devrait agacer les partisans de mélodies métalliques plus traditionnelles, et c’est bon signe ! Dacryma semble déborder de l’énergie et de l’enthousiasme propre aux jeunes gens pleins d’idées. Une fois corrigé les quelques imperfections dues à l’inexpérience, nos artistes devraient faire mal et si cette œuvre éponyme a dû être autoproduite, je parierais bien quelques piécettes sur le fait qu’un label pas trop bête arrive à voir le gros potentiel que dégage le groupe. En attendant, vous pouvez toujours écouter l’EP sur Facebook, Spotify et compagnie : autoproduit oui, artisanal non. Dacryma semble voir les choses en grand, tant que la musique est au rendez-vous, on ne le leur reprochera pas


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