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CHRONIQUE PAR ...

103
Amdor
Cette chronique a été mise en ligne le 24 mars 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-Sacha Dunable
(chant+guitare)

-Dave Timnick
(guitare)

-Joe Lester
(basse)

-Danny Walker
(batterie)

TRACKLIST

1) Killing Birds with Stones
2) The Welding
3) Steps
4) Sore Sight for Eyes
5) Milk Leg
6) Harmonomicon
7) Eventual
8) Blood from a Stone
9) The Way Down

DISCOGRAPHIE


Intronaut - Habitual Levitations (Instilling Words with Tones)
(2013) - metal prog sludge - Label : Century Media



S’ils ne sont plus des inconnus depuis quelques années déjà, les mecs d’Intronaut se font discrets et ont tendance à rester dans l’ombre de leur grand frère spirituel, Mastodon. Et pourtant, Dieu sait qu’ils pourraient aisément revendiquer la place de leader dans leur genre grâce à la succession de très bons albums dont ils ont été auteurs depuis 2006. Loué pour le talent intrinsèque individuel de chacun de ses membres mais aussi et surtout pour la superbe alchimie qu’ils forment une fois réunis, le groupe nous revient, fort du succès de Valley of Smoke, pour un quatrième full-length sur lequel sont fondés beaucoup d’espoirs.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la formation, cerner le genre pratiqué est un premier exercice pas aussi évident qu’il n'y paraît. A vrai dire, le premier titre, "Killing Birds With Stones", est un bon résumé de l’ensemble des facettes d’Intronaut sur ce Habitual Levitations. Un groove un peu pataud, des riffs lents et massifs – du sludge dans la plus pure veine américaine en somme – auxquels ont ajoutera des influences plus orientées vers le post-core et ses atmosphères spatiales. Ce titre sera aussi l’occasion de se familiariser avec la formidable complémentarité des membres dont les jeux s’entremêlent sans cesse pour former des harmonies parfois surprenantes mais qui fonctionnent redoutablement bien. Pendant une heure, l’album tente de dérouter, de perdre l’auditeur qui ne sait plus où porter son attention : chacun des instrumentistes joue sa partie, presque indépendamment des autres, apportant tous leur lot de mélodies, de rythmiques et surtout de feeling qui se marient parfaitement sans qu’on sache exactement pourquoi ou comment. Difficile en effet de dire qui est le moteur sur cet album tant les quatre comparses ont tous leur mot à dire. Serait-ce Danny Walker et son groove polyrythmique ? Joe Lester et sa basse fretless qui nous balance tout son feeling jazzy ? Ou plutôt le duo de guitaristes qui brillent par leurs riffs pachydermiques comme par leurs plages aériennes ? L’auditeur est laissé pour seul juge pour peu qu’il perce les différents niveaux d’écoute des morceaux.
Tandis que le titre d’ouverture lorgnait plus vers des paysages de rock progressif aux relents atmosphériques, Intronaut nous offre aussi des titres plus directs comme le morceau suivant, "The Welding" faisant la part belle aux gros riffs stoner Mastodonesque (ou Mastodoniens c’est vous qui voyez), tout comme "Milk Leg" ou encore le très bon "Eventual". A l’inverse, un "Harmonomicon", dont la fin est portée par une superbe ligne de basse, s’apprivoisera peut-être un peu moins facilement mais devient au bout de quelques écoutes un des grands moments de l’album. Ajoutons encore au rang des satisfactions "The Way Down", nouvelle leçon magistrale de groove, et son final bruitiste surprenant. On trouvera objectivement bien peu de choses à redire au combo sur cet essai d’une qualité assez homogène dans l’ensemble (si on excepte un "Blood From Stone" plutôt dispensable), même si les fans des précédents albums pourraient regretter la disparition d’une bonne partie de la violence présente notamment sur Prehistoricisms. Car en effet, si le propos n’a pas fondamentalement changé en lui-même, c’en est fini du growl qui laisse place au chant clair auquel ne se substitue que rarement un chant plus rocailleux, choix qui n’est peut-être pas si anodin que cela car il pourrait amorcer une certaine évolution du groupe. De leur côté, les personnes qui viendraient à découvrir Intronaut avec cet opus pourraient plutôt être rebutées par l’homogénéité de l’ambiance générale. Dur, dur de contenter tout le monde…


Tous devraient néanmoins s’entendre sur la qualité indéniable de cet album pas toujours évident à cerner. A défaut d’être tout à fait original, Intronaut joue des coudes dans cette scène intégralement américaine et il serait bien dommage qu’ils n’acquièrent pas le succès qu’ils méritent avec ce nouvel album d’une grande qualité. A tous les amateurs du genre, fans de Mastodon, de Neurosis, de Baroness voire de Isis, donnez à Intronaut toute l’attention qui leur est due si ce n’est déjà fait. A tous les autres, cet album et, à plus forte raison, ce groupe pourraient bien vous réconcilier avec le sludge. Et c’est en connaissance de cause que je vous le dis...


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