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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 18 avril 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Stuart Braithwaite
(guitare)

-John Cummings
(guitare)

-Dominic Aitchison
(basse)

-Martin Bulloch
(batterie)

-Barry Burns
(claviers)

TRACKLIST

1) Hungry Face
2) Jaguar
3) The Huts
4) Kill Jester
5) This Messiah Needs Watching
6) Whisky Time
7) Special N
8) Relative Hystery

9) Fridge Magic
10) Portugal
11) Eagle Tax
12) Modern
13) What Are They Doing In Heaven Today?
14) Wizard Motor

DISCOGRAPHIE


Mogwai - Les Revenants



Ce n'est pas la première fois que Mogwai s'essaye à l'exercice de la bande-originale. Dans ce genre d'exercice un peu bâtard, on se souvient de Zidane: A 21st Century Portrait, qui originellement composé pour un documentaire avait pourtant fait l'objet d'une sortie à part entière ou de "Music For A Forgotten Future ( The Singing Mountain)", écrit pour accompagner une exposition en Allemagne et finalement dévoilé au grand public en 2011. Voilà, qu'en 2013, c'est au tour de la série française Les Revenants de faire appel aux Ecossais, chargés pour l'occasion de composer une BO éponyme. Le thème de la série est la mort. La musique n'est pas joyeuse. Tout ça semble se tenir. 

Autant le dire d'emblée, les amateurs du Mogwai éruptif, du Mogwai qui fait mijoter sa tambouille sonore jusqu'à ce que débordement s'en suive, du Mogwai qui termine ses efforts dans un fracas de saturations, les amateurs de ce Mogwai là peuvent rentrer chez eux. Le regard las et la patte qui traîne. En effet, Les Revenants n'offre qu'une faible place à la guitare, et une place plus réduite encore à l'excitation des premiers jours. Tout n'est ici que retenue. Les notes d'un piano qui règne en maître ne cessent de se lier en mélodies qui, à leur tour, suggèreront la tension ("Hungry Face", "This Messiah Needs Watching", "Fridge Magic" entre autres), la nostalgie ("Whisky Time") ou un calme d'autant plus précieux qu'il semble précaire (le lumineux "Special N"). Les compositions sont courtes et n'excèdent en général pas les 4 minutes, une nouvelle au grand dam des amateurs du Mogwai d'antan, qui ne reviendront décidément pas sur ces Revenants.
Pourtant, ces courtes pièces n'empêchent pas Mogwai de varier, très subtilement, les plaisirs. Parfois avec l'aide de cordes frottées, parfois en replaçant la six-cordes à sa place habituelle, sur le devant de la scène, parfois en jouant avec la batterie ("Eagle Tax"). Les Revenants est homogène mais fourmille de détails. Toutefois, comble de l'étrange, Mogwai termine le disque par deux compositions qui semblent débouler de nulle part. "What Are They Doing In Heaven Today?", reprise d'un air traditionnel américain, est le seul morceau (pas très bien) chanté (comme souvent chez Mogwai) de l'opus et détonne par sa dominance pop. L'album se clôt enfin sur l'excellent "Wizard Motor" qui, pour le coup est une dérogation stylistique plus heureuse que la piste précédente en étant le seul morceau un tant soit peu saturé de la bande. Sous ses airs de constat post-apocalyptique empreint de tristesse mêlée d'espoir, "Wizard Motor" n'est pourtant pas le morceau le plus vicieux du lot.
Car, malgré le recours à des formats peu propices au style, l'aspect post-rock reste présent en filigrane. En témoignent la tension ascendante de "Portugal", tiraillée entre mélodie des instruments classiques et crissements de vermines « made in Mogwailand », ou encore le synthétique "Modern", qui laisse même dépasser un bout d'oreille industrielle. Malheureusement, la très bonne ambiance instaurée tout au long de l'album souffre également de quelques défauts. Passée l'ouverture sus-citée, la triplette suivante s'avère effectivement un peu légère. Trop simplistes et pas assez développées, ces pistes auraient gagné à être creusées davantages. Et si l'on peut  encore regretter la relative linéarité du tout, on ne pourra nier que sans elle, l'ambiance obtenue par et pour Les Revenants ne serait pas la même. Car finalement, Les Revenants est un clair-obscur, une incertitude, un funambule. D'un instant à l'autre, on sait que le calme apparent des mélodies peut se transformer en cauchemar. 


Les Revenants n'est assurément pas un coup de cœur immédiat. Pas d'opulence ici : les charmes sont délicats et doivent être appréhendés petit-à-petit. Entre l'auditeur et Mogwai, l'effort est réciproque. Finalement, la musique de Mogwai permet de se détacher des images imposées par le petit écran pour mieux permettre à chacun de visualiser son propre film. En cela, le défi est relevé: Les Revenants est une oeuvre autosuffisante qui s'épanouit dans la tête de chacun. 


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