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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 24 avril 2013
Sa note : 7/20

LINE UP

-Tom Gefen
(chant)

-Davidavi Dolev
(chant)

-Adva Kramer
(chant)
 
-Grace Hannah Woolf
(chant)

-Yotam Avni
(chant)
 
-Jeff Scott Soto
(chant sur titre 14)

-Dark Serpent
(choeurs sur titre 15)

-Yuval Kramer
(guitare)
 
-Assaf Levy
(guitare sur titres 4 et 9)

-Mike LePond
(basse sur titres 2, 3, 9, 13 et 14)

-Kyle Honea
(basse sur titres 4, 6, 7, 11, 12 et 15)

-Nina Vouraki
(claviers)

-Joost Van Den Broek
(claviers sur titre 7)

-Mauricio Bustamante
(batterie)

TRACKLIST

Act I
1) Set
2) Different Heart
3) Hymn to Loneliness
4) False
5) Such a Celebration
6) Leaking Wounds
7) Distant Similarities
Act II
8) One Single Sour Grape
9)…As the Old Turns to Sorrow
10) I, the Architect
11) Secrets in the Hallway
12) Crown of Shattered Dreams
13) The Green Flame
Act III
14) We Must Retaliate
15) Hopeless War

DISCOGRAPHIE

Rise (2013)




« Top ! Projet musical d'opéra metal à la généalogie contrariée, je suis créé par mon guitariste et unique membre permanent qui compose la majeure partie de mes morceaux. Caractérisé par mes nombreux dialogues chantés, je fédère de nombreux interprètes dont plusieurs vocalistes censés incarner les différents personnages issus de mon « livret ». Truffée de références heroic fantasy un peu cul cul et d'arrangements franchement pompeux, je suis...
_Ayreon !
_Non.
_Ben mince, alors. C'est quoi ?
_Reign of the Architect.
_ROTA ?
_C'est ça.
»


Difficile en effet de ne pas établir de filiation entre Reign of the Architect et le one-man-guests band d'Arjen Lucassen, tant le projet du guitariste Yuval Kramer procède du même schéma mis sur pied par l'habile Néerlandais au milieu des années 90 : un maître de cérémonie qui compose et arrange tout, le « tout » étant un conte rétro-futuriste qui parle d'« amour », de « destruction » et de la « survie après cette lutte de pouvoir ». Les partitions sont généreusement distribuées à une pléthore d'invités, ou plutôt à qui-n'en-veut, vu que Kramer ne partage manifestement pas le même carnet d'adresses que Lucassen. Au lieu de Bruce Dickinson, Devin Townsend ou Anneke Van Giersbergen, ce sont donc majoritairement des musiciens à la réputation confidentielle originaires d'Israël (à l'instar de Kramer) qui officient sur l'album, épaulés sur certains titres par le bassiste de Symphony X Mike LePond dont on se demande un peu ce qu'il fiche ici. Jeff Scott Soto (Malmsteen, Talisman) vient faire une courte pige ainsi que Joost Van Den Broek, un des claviéristes ayant enregistré pour... Ayreon. Si l'on ajoute l'étrange gestation du dossier débutée en 2008 (!) avec un batteur mexicain et un chanteur à l'origine du concept qui ne jouent pas en live (comme la plupart des musiciens ayant officié sur l'enregistrement) ainsi que sa commercialisation par Pitch Black dont le catalogue ne recèle pas que des chefs d’œuvre, la méfiance s'installe. Et compte tenu de ce qui attend l'auditeur, la méfiance ne va pas se gêner pour plonger sa paluche dans le paquet de chips et se resservir en gnôle.
Au cas où le nom grandiloquent du groupe, l'intitulé bateau de l'album (« Rise », franchement...) et la pochette pas trop moche mais connotée à mort n'auraient pas été assez explicites, l'introduction vaguement médiévale avec cuivres, bois, vocalises féminines et fausses harpes achève de poser le contexte : une grande saga où s'exacerberont les passions humaines va nous être narrée. Musique de blockbuster ouatée, agréable surprise : on ne chercherait donc pas à nous assourdir avec les hennissements tragiques de destriers éventrés ? Fausse piste. Comme sur le premier album des compatriotes d'Orphaned Land, c'est principalement le manque de moyens qui est responsable de ce son un peu cheap. Mais pas que. Car l'omniprésent Kramer s'étant chargé lui-même de la production, il a agi comme c'était prévisible : ma gratte d'abord, les voix derrière et le reste on s'en fout. La guitare en question grésille dans un médium désagréable au service de riffs mous, bends laids et cocottes plus typées metal prog' nineties tu peux pas. Les motifs au piano semblent recyclés d'une compil' de R'n'B et la section rythmique déroule le même plan pendant tout l'album, ce qui n'est guère étonnant puisque tous les titres se ressemblent. La faute à un manque pathétique d'originalité et même parfois de cohérence dans la composition qui donne une impression crispante de copié-collé. À chaque morceau on guette l'accélération qui sauve, mais non : mise à part un timide emballement sur la dernière piste, un mid tempo tenace veille à ce qu'aucun enthousiasme n'éclose.
Et les voix ? Ah oui, tiens, c'est bien la peine de convier une demi-douzaine de chanteurs de tout sexe et de tous âges pour n'entendre au final qu'un falsetto à la limite de la fausseté qui gâche le peu de bonnes idées par sa geignarde outrance. Tirant la bourre à ce très mauvais imitateur de Matt Barlow (ex-Iced Earth), son compère d'outre-tombe évite rarement le ridicule à vouloir absolument se caler dans un registre baryton qu'il maîtrise de façon très lacunaire - zéro velouté, tout en vibrato. Quant à ses tentatives de growls... Soyons indulgents :on l'a peut-être forcé. Les filles sauvent un peu l'affaire - heavenly voices tout ce qu'il y a de plus classique mais au moins, ça repose. Dommage que leurs interventions soient beaucoup plus parcimonieuses que celles de leurs collègues mâles et que l'une d'entre elles n'ait pu s'empêcher de lancer un clichesque « néveurennéveureuhgaine » qui fait un peu l'effet d'un pet pendant l'étreinte (sur "Secrets in the Hallway"). Il faudrait aussi parler de cette cloche énervantissime qui résonne sur chaque morceau et ces choeurs façon « Eho ! Eho ! On rentre du boulot » que n'ose même plus Blind Guardian - mais stop, on n'en peut plus, là. D'autant que malgré tous ces défauts rédhibitoires, Rise suscite l'indulgence : premier essai à l'accouchement difficile, il témoigne paradoxalement de la sincérité évidente de son géniteur qui s'est engagé sur une voie ardue semée d'embûches qui l'auront toutes fait trébucher. Mais au moins ne peut-on pas lui reprocher de vouloir se faire des roustons en platine en balançant une bouse de dance avariée qu'il aura bâclée en deux heures sur un logiciel de musique en ligne.


Sans grands interprètes ni bonnes chansons ni même une production clinquante pour faire illusion, Rise apparaît dans sa triste nudité : un album creux qui révèle de façon cruelle à quel point son principal instigateur est dépourvu des moyens nécessaires à son ambition. Porteur d'un concept désuet rappelant les aspects les moins glorieux du sympho-prog' des années 90, cet enregistrement ne risque pas de hisser les Israéliens de Reign of The Architect à des cimes de notoriété équivalente à celle de Mike Brant. À moins que la deuxième partie – si elle est confirmée – ne vienne spectaculairement redresser la barre d'une galère que la bonne volonté indéniable de son malheureux capitaine pourrait – faisons un rêve - transformer en élégante caravelle. C'est tout ce qu'on (lui) souhaite.


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