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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 09 mai 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Brent Vanneste
(chant+guitare+clavier)

-Louis Provost
(guitare)

-Jesse Surmont
(basse)

-Joris Casier
(batterie)


TRACKLIST

1) Cryogenius
2) Black Eyed
3) Photonic
4) Push / Pull
5) Pilgrimage of a Blackheart
6) Exile of our Marrow
7) The Shrine
8) Slumber
9) Ashore
10) Rust
11) Tearwalker

DISCOGRAPHIE

The Hutch (2013)

Steak Number Eight - The Hutch
(2013) - postcore mélodique - Label : Indie Recordings



Que faisiez-vous à 15 ans ? Le lycée était enfin là et avec lui votre némésis en devenir : le bac. Y'a pas photo, fallait bosser avant tout et avec un peu de chance, décrocher la mention pour faire plaisir à papamaman, une entité de plus en plus pesante. Malgré tout, vous estimez avoir passé de belles années au lycée... mais ça c'était avant. Avant de savoir que de nos jours, à 15 ans, les jeunes sortent leur premier EP. Que peu après suit un premier album, qui ouvre les portes de scènes en compagnie de Textures ou Deftones (excusez du peu). Avant de découvrir qu'avec à peine 18 printemps au compteur, aujourd'hui, on balance au monde un second album en forme de baffe post-sludge atmosphérique. 

Inutile de tergiverser 105 ans: The Hutch est une tuerie bienvenue dans un genre où l'exercice est pourtant franchement casse gueule. Les « post-choses » (rock, sludge, metal...) ont d'une manière générale ceci de particulier que la moindre faute provoque l'ennui. Etre lent n'est pas tout : il faut savoir créer l'« Ambiance ». Le point de convergence des événements qui plongera l'auditeur dans un état quasi-second entre lourdeur et flottement. Steak Number Eight (un patronyme autant repoussant que l'artwork du disque en question...) s'en tire pourtant avec un naturel déconcertant. Reprenant la recette fondamentale de ses grands frères (d'après le combo lui même : Isis, Deftones, Tool, Neurosis, Mastodon, Cult of Luna ou Neurosis - on a vu pire, punaise !), ce dangereux mélange de pesanteur écrasante et d'envol aérien, entre riffs pesants et trame de fond délicate, SN8 cultive les contrastes.
Les éléments classiques du genre sont digérés par le groupe avec une science qui mériterait bien un Nobel. La première piste est significative : un riff lourd s’abat sur nous, grave et imposant. C'est déjà harassé par la force du truc qu'on aperçoit, au loin, le sauvetage de notre âme malmenée : un refrain nous prend la main, porté par la voix claire (et mature !) du jeune chanteur. Sur-mélodiques, mélancoliques a en mourir, les refrain du disques en font une grande partie du charme. Pour le coup, la comparaison avec Deftones n'est pas volée. Si le chant n'est pas similaire à celui de Chino Moreno, il reste d'excellente qualité (en étant notamment « granuleux ») et vecteur de réelles émotions : nostalgie, mélancolie, joie, tristesse... Il est remarquable d'être aussi puissant pour un si jeune combo. Là aussi, le mélange des plumes et du plomb fait des merveilles et à l'issue de The Hutch, on se dit que la suite sera grandiose.
L'ensemble des morceaux suit ce simple schéma : riffing costaud d'un coté et envolées touchantes de l'autre, notamment via les refrains ou de bonnes idées habilement distillées (piano, nappes synthétiques...). Le tout étant servi sur fond de paroles bien torturées pour de si jeunes êtres (ce « I try to find / what is wrong / in my head » sur "Black Eyed" donne le ton général). Seul défaut au sein de cette formule magique : « l'effet monolithe ». Car force est d'admettre que l'heure que dure le disque n'est pas toujours parfaitement digeste.. L'attention retombe un peu sur "Push / Pull" ou sur les pistes finales "Rust" et "Tearwalker" qui traînent un peu la patte. Mais rassurons nous : ces baisses de régimes sont des points de détail face aux nombreux moments forts du disque. Disque qui parvient à atteindre son objectif : être lourd tout en restant easy listening, être lourd tout en étant d'abord beau


Steak Number Eight est impressionnant. La maîtrise des éléments du genre est parfaite et The Hutch oscille sans aucun mal entre lourdeur sludge et envolées mélodiques, toutes portées par un chant certes monotone mais franchement organique, humain et sensible. Vous portez le deuil d'Isis ? The Ocean est trop progressif pour vous ? Le chant de Chino Moreno vous touche ? Alors The Hutch est fait pour vous. Personnellement, je n'en décolle plus. 


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