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CHRONIQUE PAR ...

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Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 02 juillet 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-La Sale Famine De Valfunde
(chant+guitare+basse)

-Sainte Audrey-Yolande De La Molteverge
(chant)

-Ardraos
(batterie+accordéon)

TRACKLIST

1) Le Retour De La Peste
2) Démonarque
3) La Bêche Et L'Epée - Contre L'usurier
4) Niquez Vos Villes
5) Le Clebs Noir De Pontgibaud
6) Ode
7) La Blonde
8) Moins Trente Degrés Celsius

DISCOGRAPHIE


Peste Noire - Peste Noire
(2013) - black metal punk rance de France - Label : La Mesnie Herlequin



Oyez oyez marauds ! Peste Noire, de retour de croisades franciques revient céans avec une nouvelle offrande, nouveau chapitre de la Franciade Faminesque. Le bonhomme ayant déménagé en Auvergne, représente, en dégainant une nouvelle fois son arbalète pour nous dégommer les esgourdes.

Annoncé comme la synthèse de la carrière de « Péhenne », Peste Noire ne manque pas son objectif : de continuelles références sont faites aux albums passés. La production, d’abord, revient à ce qui avait été fait pour Ballade, délaissant le côté urbain de l’Ordure et sa basse chaude et omniprésente. La musique est bien plus basée sur les textes, ici mis en riffs avec plus ou moins de réussite selon le morceau. Ces même textes sont à la croisée de Ballade et de l’Ordure, avec un nationalisme déconneur comme on peut en trouver sur "Niquez Vos Villes", amenant même les désormais Auvergnats à consacrer avec "La Blonde" une chanson entière à la bière. L’aspect médiéval de la Sanie est également de retour, notamment dans le commencement du "Clebs Noir De Pontgibaud" qui renvoie au dépouillement de l’époque. L’instrumentation patrimoniale usitée, allant de la trompette à l’épinette des Vosges, renforce encore cet aspect médiéval, alors que l’accordéon renvoie une fois de plus aux incartades ordurières.
Cependant, ce disque est bien plus black metal dans son ensemble que les deux derniers efforts studio de la formation. "La Blonde" seule renvoie au punk, brisant brièvement une presque routine inhérente au disque. Il y aura bien aussi l’intro typée Western (si si, c’est vrai) pleine de samples, qui renvoient à Ballade avec les extraits de discours pro-français, et "Cochons, Carottes, Et Les Sœurs Crottes" pour ce bruit de fouet suivi d’un cri féminin. L’intro du "Clebs Noir" reprend également celle du premier morceau de l’Ordure, sans le discours en occitan et le featuring de Godefroy de Montmirail cependant. Le meneur émaille donc son petit dernier de nombreuses auto-citations et autres clins d’œil. Des passages acoustiques rappelant les premières tentatives de sonner moyenâgeux, aux quelques riffs explosifs, trouvables sur Folkfuck Folie, les références sont évidentes. Cependant, du fait de ce magnifique gangbang entre tous les disques de PN, on retrouve également quelques défauts.
Les lignes de chant d’abord. Bien que la tête pensante n’ait jamais été un Pavarotti, sa voix devient par moment insupportable, lors des passages parlés notamment, pour lesquels "Sale Famine Von Valfoutre" nous avait régalé d’un presque-môme criard. "La Blonde", malgré son côté humoristique, a également le gros défaut d’exposer un chœur assez hideux, qui passe difficilement. Même si la goule rachitique de De Mysteriis Dom Sathanas n’est pas retrouvée, la voix tire en général cet album vers le bas, en étant plus proche du rendu de Folkfuck Folie. L’apparition de quelques guests permet de rehausser un peu ceci, toutefois. Les duos avec Audrey et les invités sont d’ailleurs, comme par hasard, parmi les moments de bravoure du skeud. Le disque suit également les gimmicks du groupe, avec un titre mélancolique en fin de parcours, un interlude posé là où ça les arrange, l’inutile "Ode",  et la fin de titre à base de samples sur "La Bêche Et L’Epée – Contre L’usurier", avec le discours du Service d'Ordre Légionnaire (S.O.L.) de Joseph Darnand. Du point de vue des paroles cependant, Famine prend une direction différente.
Il injecte ici le nouveau dans l’ancien, en plaçant un nombre pléthorique de références historiques dans des textes évoquant la France actuelle, sa dégénérescence, sa populace… En résulte une vue plus mélancolique que martiale, malgré les exercices d’armée, et les harangues militaires qui jonchent le tout. Le côté grand-guignol transparaît plus rarement : parfois sur un chant dédicacé à un liquide houblonné dont il se sert pour faire tenir sa teu-kré et, de temps à autres, sur un unique vers dilué dans la neurasthénie élitiste ambiante. Ainsi que nous le fait bien comprendre le dénouement de "La Bêche Et L’Epée", Peste Noire œuvre pour le redressement français. S’armant des ustensiles de ses opposants, il les fracasse en un rap corrosif sur "Niquez Vos Villes", reprenant leurs pires dérives « littéraires », il s’en sert comme d’un outil satirique pour mettre en exergue le problème qu’ils représentent : celui de la lente pourriture d’une langue durement acquise. Cependant, un certain éloignement du satanisme bien revendiqué dans les débuts de la formation par son leader rend un peu moins sulfureux son travail.


Album solide débutant par quatre très bons titres, Peste Noire est un peu tiré vers le bas par "La Blonde", d’une utilité douteuse. Cependant, la synthèse promise fut accomplie ici avec succès, et les différentes facettes par lesquelles est passé la formation se trouvent bien retranscrites, permettant à l’auditeur novice de tout de suite prendre conscience de ce qu’est la patte KPN. En espérant être agréablement surpris avec le prochain disque…



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