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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 23 décembre 2013
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Ryan
(guitare+claviers+basse)

-Rich
(batterie) 

TRACKLIST

1) Mountain 
2) Rising from the Abyss
3) Final Years
4) The Mist That Shrouds the Peaks
5) Avaritia 
6) On the Steps of the Temple 

DISCOGRAPHIE


Tempel - On The Steps Of The Temple
(2013) - postcore post rock sludge metal atmosphérique blackisant et doomisant - Label : Prosthetic Records



Et si Mastodon faisait du black metal, ça donnerait quoi ? Voici la question que l'on se pose logiquement à l'issue de ce premier effort de Tempel (auparavant écrit Temple), groupe qui nous vient de Phoenix en Arizona et qui a pour particularité d'être un duo. Album sorti l'an dernier en autoproduction et ayant fait du bruit dans la communauté si hipster du sludge underground, Prosthetic Records a sniffé rapidement le potentiel des deux garçons, permettant une réédition moins confidentielle en cette fin 2013.

Et ce n'est que mérité car malgré l'activité si foisonnante de cette nouvelle scène post-sludge brassant un vaste panel de genres (on pense très fortement à Downfall Of Gaia, ou en restant dans les excellentes sorties hexagonales récentes, à Regarde Les Hommes Tomber ou The Great Old Ones), Tempel est une nouvelle excellente surprise à rajouter à cette liste. Héritière des grands noms que sont Neurosis et Cult Of Luna, n'hésitant pas à lanciner longuement dans des digressions atmosphériques façon Isis (sûrement LE gros point fort du groupe) ou à bucheronner des riffs bétons évoquant le Léviathan du Mastodon (l'opener "Mountain" ou le final explosif "On the Steps of the Temple"), vous pouvez constater qu'on se retrouve vite à faire du « name-dropping » tellement les influences fusent de toute part.
Mais on pourrait aller plus loin car les passages les plus contemplatifs d'obédience post-rock ("Final Years") revoient immédiatement aux œuvres de Neige chez Alcest. Le lien est parfait pour aborder l'aspect black metal qui est cependant très largement en arrière-plan, caché dans des dissonances ou des riffs vilains survenant aussi subitement que des accélérations véloces de double pédale ou l'incrustation de blast-beats ("Avaritia", "On the Steps of the Temple"). Ca en est déconcertant de voir comment le mix avec des passages plus groovy, ou doom, ou aériens se fait très naturellement. On peut rajouter l'utilisation parcimonieuse et très pertinente des claviers venant soutenir magnifiquement le travail mélodique ou encore la présence rarissime de soli mais sublime quand ils sont de la partie (on croirait du Mikael Akerfedt sur "Avaritia" !).
Autre gros point fort du groupe : le son. Si sludge, si gras, si chaotique tout en restant très dynamique, on est baigné par la chaleur ardente des lampes des amplis et par les vibrations des fûts se propageant dans tout notre corps. L'auditeur se retrouve au cœur du son, si bien qu'on croirait voir les cymbales vaciller devant nos yeux. Toute la puissance et l'ampleur de la musique de Tempel est magnifiée par une production qui est de nos jours que trop rarement à la hauteur. Cependant, quelques détails empêchent l'album d'atteindre des sommets. En effet, l'aspect instrumental de l'album le rend assez linéaire au final dans son ensemble même si chaque piste est particulière. C'est d'autant plus frustrant que du chant (même dans une utilisation discrète) aurait apporté beaucoup sans choquer.


Sans parler de longueurs, on a parfois l'impression que le propos traîne avec des morceaux qui n'hésitent pas à dépasser la dizaine de minutes, alors que la présence des mélodies vocales aurait sûrement résolu facilement ce petit soucis en apportant une touche de variation qui manque parfois. Cela n'éclipse toutefois en rien le formidable travail réalisé, bluffant pour un premier album et extrêmement encourageant pour la suite. Un nouvel exemple de cette scène sludge moderne en plein essor et des plus captivantes à l'heure actuelle.


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