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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 12 janvier 2014
Sa note : 19/20

LINE UP

-Ben Lukas Boysen
(tout)

TRACKLIST

1) Only In The Dark
2) Nocturne 1
3) To The Hills
4) You'll Miss Us One Day
5) Gravity
6) Eos
7) Nocturne 2
8) The Behinian Gospel

J'ai voulu tout mettre en rouge, mais bizarrement l'eau à tout effacé...

DISCOGRAPHIE

Gravity (2013)

Ben Lukas Boysen - Gravity
(2013) - ambient Voyage minimaliste à grands frissons - Label : Ad Noiseam



Gravity. Un titre aux mille et une interprétations et ô combien mystérieux, servit par un certain Ben Lukas Boysen (plus connus sous le nom de Hecq dans la scène electro-complexe) et s’il vous plait, sur un label made in France. Nous voici en présence de ma référence de cette année 2013 (dans le genre bien évidemment, Cult Of Luna et The Ocean remplissent la tâche à merveille). Quelque chose de jamais vu jusqu’à présent apparait chez Les Eternels. La grâce avec un grand point G (vous êtes dans l’obligation de rire)…

Si le nom de Hecq vous est totalement inconnu, à vrai dire c’est parfaitement normal, ce gars s’est forgé une réput’ dans la scène IDM, post-electro et autres bizarreries ce qui n’a, qu’on se le dise, rien à voir avec le monde métallique. Ben Lukas Boysen lui, est un tout autre homme, la face cachée de la planète Neptune, l’envers du monde réel en quelques sortes. Un bref coup d’œil sur la cover de toute beauté vous en dira beaucoup sur le thème et sur l’effet qu’imposera l’album sur votre être : un océan, paisible et lumineux d’un côté, troublé et profondément sombre de l’autre. Un voyage guidé au centre de vos émotions, voilà ce que propose ce Gravity. L’expédition se fait en douceur, des rires nerveux de surprise sous des couvertures de sueurs peuvent survenir, c’est la seule réaction raisonnable que nous pouvons avoir.
Les ingrédients sont pourtant simples, leur acquisition est aisée et à la portée de tous, mais leur maitrise l’est bien moins… Un piano, des nappes de claviers et une batterie sur deux (trois, si on prend en compte les coups de crash sur "Gravity") morceaux, c’est tout. La simplicité n’est-elle pas la mère de la perfection ? Les plats de grand-mères à base de produits régionaux abordables ne sont-ils pas plus délectables que les cochonneries hors de prix des restaurants gastronomiques ? Oui, oui et oui… Ben Lukas Boysen nous en fait la preuve par trois fois et personne (sauf si votre grand-mère bossait dans un restaurant étoilé) ne pourra le nier. Ad Noiseam s’est encore gavé d’un champion, le label français avide de curiosités avant-gardiste a su dénicher LA perle rare (avec Igorrr bien évidemment, dont les chroniques arriveront prochainement).
"Only In The Dark" ouvre l’opus de la plus belle manière qu’il m’ait été donné d’entendre dans ma sinistre vie d’audiophile sombre… Un seul coup de clavier, une nappe sonore aqueuse et mélancolique s’en dégage, la tension sanguine descend à 6/6, votre âme s’évade et part pour le fond des abysses, où elle mourra d’hypothermie… C’est triste, c’est beau, même le plus grand des comiques en perds ces clowneries. Ah tiens une nocturne ! Chopin es-tu là ? Quelques notes aérées et une batterie arrangée aux accents trip-hop/jazz font leur apparition accompagnée de nappes analogues suivies d’un "To The Hills" angoissant à vous couper le souffle et d’une courte pièce de piano simple mais efficace. Comment peut-on faire passer tellement de sensations à travers quelques notes savamment jouées ? Comme toute les bonnes choses, ça restera un mystère…
Le duo "Gravity/Eos" soutient l’esprit de l’album, au même niveau que les précédents titres. "Gravity" est lumineuse, mais cette lumière d’espoir perdue dans cette masse de liquide épais est tout simplement larmoyante alors qu’ "Eos" amplifie l’impression de solitude. Une présence perdue au milieu d’un décor bleu nuit silencieux, voilà ce que nous sommes. L’océan est infini et on ne s’en rend pas vraiment compte, quels ignares sommes-nous ? Une deuxième nocturne nous parvient, deux fois plus longue, plus intense et plus profonde. « On arrive au fond Houston ! Bon dieu, qu’il fait froid, il nous reste du thé chaud ? Aux anémones pour moi, merci ! Incroyable viens voir ça ! Une cité sous l’eau, au fond des abysses, t’y crois toi ? C’est désert par contre, quelle merde on sait pas faire le plein et la radio est morte… Bon ben on reste ici jusqu’à nouvel ordre. Mets "The Behinian Gospel" à fond, ça ira à merveille… »


Quelle histoire ! Dingue hein ? Ce Ben Lukas Boysen est un pur génie et son premier album est une réussite totale, j’en suis à sa 54ième écoute et il me fait toujours autant d’effet… Oublier tout ce que vous savez sur le grand bleu, les documentaires et j’en passe… Là est la seule bande sonore capable de retranscrire avec une précision savoyarde l’immensité de l’eau. Laissez vous border par l’océan, retirez votre bouée et videz vos poumons. Flirter avec le fond n’aura jamais été aussi agréable et enrichissant.


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