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CHRONIQUE PAR ...

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Alexis KV
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jacek the DoomHammer
(chant+programmation+claviers)

-Grzegorz Haus ov Doom
(chant+programmation+claviers)

TRACKLIST

1)Possessed by Skepticism
2)Nova Akropola (LAIBACH cover)
3)Mark of the Infidel
4)Infliction
5)Planetary Re-Install
6)Znikad Donikad
7)Przeklinaj Smierc
8)Heart.ov.the.goat

DISCOGRAPHIE


Zaraza - No Paradise To Lose
(2003) - doom metal - Label : Total Zero



Après les leçons de russe avec les Raznye Ludi et leur succès assez encourageant, passons à des contrées et à des styles plus proches de nous autres Eternels. Et profitons-en pour faire une petite excursion non seulement culturelle, mais aussi spatio-temporelle. Si vous n'avez aucune notion de polonais et qu'en prime vous n'avez pas eu la curiosité d'aller lire une bio succinte du groupe, vous devez penser que Zaraza est un prénom féminin typique chez les slaves. Vous y êtes presque : en fait, ça veut dire « peste » ou « virus » chez certains de nos nouveaux voisins européens.

Et si pour vous ces mots évoquent surtout la Grande Peste de Londres en 1665 ou les petits programmes vicieux qui arrivent pas dizaines dans le dossier spam de votre boîte aux lettres électronique, alors vous avez encore un petit bout de chemin à parcourir avant de pouvoir vous immerger dans l'univers Zaraza. Par contre, si à entendre ces mots, vous vous projetez, disons, en l'an 2500 et des poussières, et vous vous imaginez clairement que des virus et autres programmes informatiques ont évolué à un niveau de conscience au moins égal à celui des humains, et que, comme les humains, ils n'ont rien trouvé de mieux à faire que de perdre leur temps à composer, jouer et enregistrer de la musique, puis la vendre sur un support CD (ou autre), là, vous chauffez. Même si « chauffer » est un terme qui n'est pas vraiment adapté dans notre cas, parce qu'une vie de virus, c'est pas facile, et comme le suggèrent très finement les pseudonymes et les instruments des musiciens, ils sont non seulement polonais, mais en plus ils font de la musique où dépression et froideur électronique mènent un bal très tragique.

Si les humains ont perdu leur paradis à cause de l'autre zaraza là, Ève, ils gardent au moins un petit espoir de le récupérer un jour. Les virus, eux, n'ont même pas de paradis à perdre. C'est un coup à se planter un tournevis dans les circuits pour en finir le plus vite possible, ou bien à célébrer, par d'oscures références émaillant un album de funeral doom industriel, les pionniers qui ont su comprendre et anticiper la dure destinée des trojans et autres spywares. Le clin d'œil le plus difficilement décelable est contenu dans le titre “Znikad Donikad”, faisant probablement echo au livre éponyme écrit par Wladyslaw J. H. Kunicki-Goldfinger, éminent professeur de microbiologie polonais, également auteur de Zycie bakterii (Vie d'une bactérie). Là, si vous commencez à trouver le concept craignos, attendez un peu d'entendre la musique.

Côté hommages musicaux, au moins, tout a le mérite d'être un peu plus clair. Après les pseudos et le petit coucou à un groupe anglais qu'on ne présente plus contenu dans le titre de l'album, les canadiens — parce que oui, ces mecs sont en fait canadiens, d'origine polonaise — sortent des références bien plus lourdes et pas forcément digestes pour le metalleux moyen. Ainsi, “Possessed by Skepticism” ne se limite pas au titre pour nous évoquer l'un des fleurons du funeral doom finlandais. Les tempos ultra-lents servent de squelette à un enchevètrement d'intruments complètement déshumanisés, si l'on fait exception de la voix déclamatoire qui s'invite par moments entre un growl frigorifique, une boîte à rythmes qui martèle comme le ferait une machine qui se sait damnée, ou des samples minimalistes aux sonorités que d'aucuns jugeront comme étant plutôt old-school.

No Paradise to Lose a la capacité de fasciner parce que pour peu qu'on s'accomode du concept de base, l'œuvre arrive à véhiculer un esprit « metal », tout en gardant assez de distances avec le genre et en proposant un univers assez frais pour que l'imaginaire de l'auditeur puisse s'affranchir sufisamment des clichés de l'imaginaire collectif souvent véhiculés par un style donné. "Nova Akropola", la reprise de Laibach, se fond dans l'atmosphère générale entre théâtralité, atmosphères glauques proches par leur intensité du RIO d'Univers Zero sur Hérésie mêlé au Godflesh des débuts. Donc, pour trouver votre compte chez Zaraza, il vous faudra quand même avoir envie d'accepter les ambiances oppressantes et les albums qui sonnent « différemment ». Des concessions somme toute minimes en échange des frissons que cet opus est susceptible de faire naître.




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