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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 22 février 2014
Sa note : 17/20

LINE UP

-Paul Masvidal
(chant+guitare+claviers)

-Sean Malone
(basse+stick) 

-Sean Reinert
(batterie)
 

TRACKLIST

1) True Hallucination Speak 
2) The Lion’s Roar 
3) Kindly Bent to Free Us 
4) Infinite Shapes 
5) Moon Heart Sun Head 
6) Gitanjali 
7) Holy Fallout 
8) Endlessly Bountiful 

DISCOGRAPHIE


Cynic - Kindly Bent to Free Us
(2014) - rock prog inclassable technique et mélodique - Label : Season Of Mist



Diantre que cet album était attendu… Et au final pas tant que ça. 6 ans pour accoucher de ce nouvel album, c'est long, trop long pour maintenir l'excitation au fil des ans. Alors certes, on a eu à manger entre temps. Tout d'abord, ce magnifique EP qu'est Carbon-Based Anatomy et qui a posteriori se révèle indispensable pour faire le lien entre Traced In Air et ce nouveau Kindly Bent To Free Us (remarquez que les titres d'albums se complexifient au fil du temps, on part quand même d'un premier album s'appelant Focus !). Et puis… Mais attendez, je vous vois vous impatienter. Comment ? S'il est bien ce nouveau Cynic ou pas ? Et bien…

Avez-vous déjà été déçu par un album de Cynic ? Plusieurs solutions : vous avez décroché à un moment donné, après Focus et le hiatus de 15 ans (vous êtes dans ce cas sans doute un vieux deatheux barbu et ronchon), ou bien après Traced In Air et son come-back, certes heureux, mais où la suite d'EPs tous plus expérimentaux (Re-Traced et Carbon-Based Anatomy, voire la réédition de The Portal Tapes) vous ont laissé de marbre, ou alors vous avez toujours suivi avec passion les choix stylistiques du groupe et vous êtes ce qu'on peut appeler sans trop exagérer un fan inconditionnel. Si comme votre serviteur, vous faites (encore) partis de ces derniers, sachez que tout n'est pas gagné pour vous. Cynic n'a cessé d'évoluer et ne cessera de continuer : Kindly Bent To Free Us ne déroge pas à la règle et exige un profond investissement de l'auditeur. Les premières écoutes ne sont vraiment pas simples, et les suivantes non plus…
Quelques mois avant sa sortie, le groupe diffuse "The Lion's Roar". Énorme déception, un riff d'ouverture très rock et énergique évoquant The Smashing Pumpkins, une structure couplet/refrain très facile avec là encore des influences pop/rock dans la légèreté du propos (qui a dit putassier ?), et Masdival qui fait son crooner sur la fin, sur fond de chœurs. Beaucoup connaissent le side-project Aeon Spoke, sur lequel Masdival et Reinert évacuent leurs mauvaises pulsions popisantes. Mais mince, pas Cynic quoi, il ne faut pas déconner ! Pas 6 ans d'attente pour ÇA ! Je veux bien que le groupe ne fasse plus de metal, mais pas que ça ne devienne de la vilaine soupe pop aussi complexico-expérimentale puisse-t-elle être ! C'est après ce premier à priori négatif et plusieurs mois d'abstinence vis-à-vis de toutes les nouvelles fuites, qu'arrive enfin le promo. Les écoutes sont sympathiques, rassurantes par moment, mais pas transcendantes comme Traced In Air l'était.
Et puis, il y a eu le retournement de situation. Complet, improbable, inattendu, celui auquel on n'a pas envie de croire, enfermé dans sa déception. Celui où on ne sait plus ni pourquoi ni comment il est arrivé. Celui où on a honte de ce qu'on a pu dire, écrire ou penser. Celui qui nous a appris plus jeune que non, la musique est avant tout géniale car elle est tout sauf simple. Le déclencheur : le titre éponyme et ce refrain divin qui ouvre la chanson, avant d'être repris ad lib à la fin. Quand ce bijou vous hante pendant une journée entière alors que l'album ne vous a pas convaincu, vous vous interrogez… Et après déchiffrage, on comprend que ce morceau ne pouvait être qu'ultime car il vient piocher exactement dans le meilleur de la discographie du groupe : ce timbre de Masdival éthéré comme on l'aime, le départ batterie/guitare qui évoque tout droit "The Space For This" dans la structure, ce solo à mi-course tout en reverb avec ZE basse fretless, avant de finir en crescendo en faisant tourner le riff ad lib : oui, tout comme "How Could I?"!
La suspicion puis la confirmation en prolongeant avec "Infinite Shapes", exactement à mi-chemin entre Carbon-Based Anatomy sur les couplets et Traced In Air sur les refrains. Et enfin l'extase avec "Moon Heart Sun Head" où la partie rythmique dirige entièrement le morceau et la guitare n'intervient que pour des soli de toute beauté. A noter un passage cinématographique à la Hypno5e (oui, je vais sûrement trop loin là…) et le retour des chœurs incantatoires tribalo-shamanique (les néologismes sont de sortie !). On passe rapidement sur "Gitanjali" car copie-carbone (haha ! pardon…) de "Carbon-Based Anatomy" soit géniale, mais peu marquante, pour attaquer le dernier gros morceau : "Holy Fallout". Et il faut vraiment être mort de l'intérieur pour ne pas jouir sur le départ riffesque retardé en plusieurs étapes successives pour faire durer le plaisir. Un des meilleurs morceaux de l'album et des moins évidents à saisir.
Alors pourquoi diable ne pas avoir accroché plus tôt ? Simplement car le morceau d'ouverture "True Hallucination Speak" est de loin le plus difficile d'accès malgré les breaks chant+chœurs éthérés sur fond d'arpèges en reverb (Masdival, on te reconnaît coquin!). En effet, la rythmique n'est vraiment pas évidente à suivre au démarrage et le morceau semble décousu en plus d'un final vraiment chiant pour le coup. Suivi de "The Lion's Roar" et le titre éponyme, il y a un gros problème de tracklist qui casse complètement la progression logique de l'album : c'est clairement le point noir de l'album. L'autre gros point de blocage est la production boursoufflée mais dynamique, mettant les instruments dans une configuration inhabituelle : la basse est au premier plan, soutenue par la batterie et le chant derrière alors que la guitare (élément central du groupe à l'origine) est reléguée à l'arrière plan avec les touches de clavier. La perte de repères est évidente, la basse de Sean Malone, plus groovy et virevoltante que jamais est proprement imbuvable dans un premier temps, voire même agace…


Cynic signe avec Kindly Bent To Free Us un nouveau chef-d'œuvre qui ne se révèlera qu'au fil des écoutes et qui exige une forte implication de l'auditeur : de la patience et de la persévérance. Un album qui se mérite, comme si l'attente de 6 ans n'avait pas suffit. Un album une nouvelle fois court, si bien qu'il aurait été plus surprenant qu'il ne le soit pas. Plus de 20 ans après Focus, les choses ont beaucoup changé, les cheveux se sont raccourcis, les ambiances sont désormais plus importantes, la saturation a disparue à jamais des voix et est quasiment absente pour les guitares. Mais heureusement certaines choses ne changent pas : le niveau technique est intact, l'inspiration est toujours au sommet et la classe, indémodable.


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