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CHRONIQUE PAR ...

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Ptilouis
Cette chronique a été mise en ligne le 21 avril 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

-Mathieu Madani
(chant+guitares+clavier)

-Christophe Blanc-Tailleur
(basse)

-Jean Rosset
(batterie)

+guest

TRACKLIST

1) morning overture 
2) drop dead silence 
3) ordinary man 
4) under
5) one more time 
6) legacy of fools 
7) water's edge 
8) 1000 yard stare
9) then
10) underneath the dirt 
11) the river 
12)
runaway 
13) mother

DISCOGRAPHIE


anasazi - 1000 yard stare



Mine de rien, la sortie de 1000 yard stare, dernier album d'anasazi, sonne comme une petite révolution dans sa conception : mise en place d'une campagne de crowdfunding pour financer l'album, changement de personne pour s'occuper du mastering, plus grande présence des guests et disponibilité de l'album sur bandcamp et non plus gratuitement sur leur site. Bref, les gars d'anasazi deviennent des grands, faisant enfin des concerts, mais la musique, elle, a-t-elle changée ? L'album est-il dans la droite lignée de playing ordinary people ou emprunte-t-il les voies plus pop et expérimentales des deux E.P précédents ? Eh bien, chers lecteurs, un peu des deux.

Car aux premières écoutes il est impossible de se tromper. Nous nous trouvons bien devant un disque d'anasazi avec la voix si caractéristique de Mathieu Madani (oscillant entre le chant et le chuchotement selon les moments) et la basse toujours discrète mais efficace de Christophe Blanc-Tailleur. Les compositions mêlent habilement des passages énervés ("drop dead silence") avec des instants plus calmes ("under" en est un parfait exemple avec son break acoustique au milieu de rythmiques saccadées) tout en offrant toujours cet aspect lancinant et mélancolique propre au groupe ("runaway"). Bref, tout amateur des grenoblois retrouvera ses marques et pourra même déceler des ambiances plus anciennes sur les morceaux heavy de la première partie de l'album, à l'image du très joli "ordinary man" accompagné d'un magnifique solo  de Seb Garsia (qui se veut d'ailleurs très présent sur l'album, offrant des interventions sur plus du tiers des morceaux). Pour le reste, il est impossible de ne pas penser à playing ordinary people tellement ce disque s'en rapproche sur de nombreux aspects : sa générosité (13 morceaux), ses morceaux mêlant tristesse et mélancolie et ses influences bien digérées qui passent de Porcupine Tree à Anathema tout en prenant quelques éléments techniques de Dream Theater (bien heureusement pas trop mis en avant) et les atmosphères d'un Pain of Salvation. Et si les mêmes ambiances sont développées sur cet album, certains indices laissent découvrir des morceaux plus pop, ainsi qu'un groupe libéré de certaines contraintes à l'image de l'excellente "1000 yard stare" mêlant sons tribaux et montée progressive irrésistible au clavier.
Car 1000 yard stare est un album qui assume bien plus ses choix que playing ordinary people, tentant certaines velléités qui étaient à peine effleurées sur le disque précédent. En effet, anasazi n'hésite pas à mêler les titres très metal du début à une suite beaucoup plus pop (les excellentes "the river" ou "mother" en duo avec la jolie voix de Delphine Polet, ou l'entêtante "then" et son final clavier-guitare génial), voir à des morceaux qui pourraient être de véritables singles accrocheurs à l'image de "legacy of fools", "ordinary man" ou "underneath the dirt" et leurs refrains imparables. La guitare acoustique s'avère aussi plus présente et les mélodies plus subtiles, ce qui fait que 1000 yard stare n'est pas un disque très facile d'accès et révèle de plus en plus sa valeur aux fils des écoutes. Mais cette variété et cette générosité a aussi un prix à payer. Tout d'abord l'album s'avère trop long avec ses près de 75 minutes de musique ce qui fait qu'il sera difficile à appréhender du premier coup. Et cette longueur pose un autre problème avec des morceaux qui se révèlent assez anecdotiques par rapport à d'autres comme "one more time" qui malgré son solo de basse très sympa, se révèle trop mou pour véritablement nous accrocher. C'est aussi dans une moindre mesure le cas de "runaway", morceau entêtant et assez long pour développer une ambiance convaincante, mais qui n'apporte pas forcément grand chose à la discographie des grenoblois. Dommage, mais cela n'empêche pas anasazi de livrer un disque généreux, solide, aux ambiances léchées jusque dans l'artwork de la pochette, une nouvelle fois très réussi.

Avec ce dernier album anasazi nous livre, comme à son habitude, un disque sincère, pleins de belles mélodies mélancoliques, tout en y ajoutant certaines douceurs pop et certains morceaux plus rentre-dedans. 1000 yard stare est un bel album qui prouve que les grenoblois maîtrisent leur metal progressif très personnel et savent varier les plaisirs quitte à faire un album un peu trop long. Amateurs de metal progressif où la technique laisse place à l'émotion, allez écouter ces grenoblois, ils en valent la peine et font partie des groupes de progressif injustement méconnus. Espérons qu'avec ce dernier album les choses changent.


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