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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 29 septembre 2014
Sa note : 12/20

LINE UP

-Mark Tornillo
(chant)

-Wolf Hoffmann
(guitare)

-Herman Frank
(guitare)

-Peter Baltes
(basse)

-Stefan Schwarzmann
(batterie)

TRACKLIST

1) Stampede
2) Dying Breed
3) Dark Side Of My Heart
4) Fall Of The Empire
5) Trail Of Tears
6) Wanna Be Free
7) 200 Years
8) Bloodbath Mastermind
9) From The Ashes We Rise
10) The Curse
11) Final Journey

DISCOGRAPHIE

Accept (1979)
Death Row (1994)
Predator (1996)
Blood Of The Nations (2010)
Stalingrad (2012)
Blind Rage (2014)
The Rise of Chaos (2017)

Accept - Blind Rage
(2014) - heavy metal - Label : Nuclear Blast



« Nous avons des plans à long terme, nous ne voulons pas reprendre pendant un an et disparaître ensuite ». La très intéressante interview du guitariste Wolf Holfmann publiée sur le site des Éternels juste après la sortie de Blood of the Nations était donc prémonitoire : depuis la reformation du groupe en 2010 avec Mark Tornillo derrière le micro, Accept aura publié trois albums - soit le même total que lors des retrouvailles avec Udo Dirkschneider dans les années 90. Pari réussi, le plan de carrière se déroule, cette fois-ci, comme prévu. Messieurs, une question cependant : qu'en est-il de la musique ? Détail, broutille et bagatelle pour vos groupies en majorité masculines, mais qui mérite un minimum d'attention s'agissant de la dernière sortie en date d'une quasi-légende du heavy metal, pas vrai ?

C'est qu'au moment d'affronter la bête l'inquiétude plane, rapport à un Stalingrad (2012) qui, malgré quelques bons moments, témoignait d'une indéniable baisse de forme des quinquagénaires en cuir. Certes, les performances live rassuraient sur la capacité du gang teuton à mettre un public à genoux, mais Accept étant essentiellement un groupe de « hits » - un peu comme The Police ou Depeche Mode – cela ne saurait constituer une garantie suffisante sur la qualité du prochain enregistrement, dont la pochette écarlate et taurine, publicité à peine déguisé pour une fameuse boisson énergétique d'origine autrichienne, est censée exprimer la « rage aveugle » qui guiderait le monde, avec tous ces conflits qui passent à la télé, l'Ukraine, la Syrie, tout ça. Vraiment les gars, ce constat ne vous avait jamais effleurés avant, même quand l'Allemagne coupée en deux vivait sous la menace permanente d'une tornade nucléaire ? Soyons sérieux. Ce prétexte bateau pour justifier un énième visuel agressif (et disgracieux) n'incite guère à l'optimisme sur ce qu'il est supposé illustrer. L'affaire débute par "Stampede", le single sorti en guise d'amuse-gueule, dont les premières mesures rappellent vaguement les prémices fameuses de "Metal Heart" (1985) avant que ne débarque un riff heavy à souhait. Des chœurs dignes de l'Armée Rouge sur le refrain, un Mark Tornillo qui assure au chant et un solo typique en deux parties démarré pied au plancher avant de se faire plus mélodique : c'est mal parti pour un Predator II tant les fondamentaux sont scrupuleusement respectés, mais le morceau est assez enlevé. En revanche, une durée plus courte que les cinq minutes de rigueur lui aurait sans doute fait gagner en efficacité, d'autant qu'il demeure très, très classique dans la forme.
Car chez Hoffmann & Baltes, hors périodes déviantes (et encore !), on sait d'avance qu'une fois posés couplet, pré-refrain et refrain, la chanson ne bougera plus d'un poil. Si l'inspiration est au rendez-vous, et ce fut souvent le cas avec les Germains, il n'y a plus qu'à savourer. Mais lorsque celle-ci donne des signes de faiblesse, cela devient plus embarrassant. En effet, l'opener susmentionné ne se hisse pas tout-à-fait au niveau de "Beat the Bastards" et "Hung, Drawn And Quartered", les titres d'ouverture des deux productions précédentes. Or, il s'agit probablement du meilleur titre de Blind Rage. La suite ? Pareil. Dix fois. Bien sûr, quelques subtilités permettent de distinguer les pistes les unes des autres - quand Tornillo chante en voix claire, c'est lent, quand il grogne à la façon d'Udo, c'est plus rapide, notamment sur ces « up-mid tempo » que l'on pourrait qualifier d'acceptiens tant ils sont caractéristiques de la formation rhénane. D'une structure en tout point égale à ses deux prédécesseurs, l'album au Buffle Rouge ne soutient pourtant que rarement la comparaison : avec ses arpèges ultra convenus, "Wanna Be Free" n'est qu'un ersatz du dantesque "The Abyss" figurant sur Blood of the Nations, tandis que "The Curse" à l'ambiance hard fm fait pâle figure en comparaison du saisissant "Kill the Pain" (sur Blood..., encore). On ne peut toutefois reprocher aux membres du groupe d'avoir une fois de plus misé sur l'étendue du registre de Mark Tornillo, l'ex-TT Quick confirmant sa capacité à poser sa voix de façon convaincante sur les passages les plus mélodiques.
Autre point positif : les solos décochés par Hoffmann, qui confèrent un semblant d'âme à des chansons globalement peu bouleversantes. Le contraste se révèle d'ailleurs assez net entre les interventions foisonnantes du guitariste en mode récitatif et sa retenue sur les autres séquences. Quant à la section rythmique, elle se montre aussi pro et discrète que celle d'AC/DC : le bassiste Peter Baltes semble rentrer dans le rang et ça, en revanche, ce n'est guère conforme à l'ADN acceptien... Contrairement aux chœurs « virils » sur les refrains - LE gimmick du groupe. Lorsqu'ils donnent envie de chanter à gorge déployé tel Tonton Bernard sur les tubes de Patrick Sébastien après une partie de boule de fort bien arrosée, ils sont symptomatiques d'une composition réussie. Lourds, gras et dupliqués, ils ne font que souligner une écriture en berne. Option deux validée sur Blind Rage, malheureusement. Difficile en effet de tomber en transe à l'écoute de ces riffs sans surprise et ces enchaînements sans rupture. Et la traditionnelle reprise d'un thème classique, en l'occurrence "Au Matin" extrait du Peer Gynt de Grieg ? Au bout du périple, sur le bien nommé "Final Journey " qui ne casse pas des briques, mais dont la vélocité est une bénédiction dans cette ambiance plutôt molle. Il convient tout de même de mentionner la production irréprochable bien que dénuée de toute prise de risque d'Andy Sneap qui applique consciencieusement sa recette, celle qui a fait ses preuves sur les deux efforts antérieurs. Le changement ? Quel changement ?


« Nous avons déjà de nouvelles chansons en plan et il y aura un autre album après celui-ci. » Cette phrase de Hoffmann, elle aussi extraite de l'entrevue citée plus haut, n'était donc pas si anodine qu'elle en avait l'air à l'époque : des compositions, Accept en détenait de fait pour un album et demi, pas plus. Les craintes nées de l'épilogue moyen de Stalingrad trouvent donc une confirmation peu enthousiasmante sur la quatorzième livraison des vétérans d'Outre-Rhin, qui sauvent la baraque grâce à leur savoir-faire et la Hoffmann touch. Celle-ci ne parvient cependant pas à estomper l'impression tenace d'avoir affaire à l'un de ces disques-alibis qui permettent aux veilles gloires du rock de justifier la mise sur pied d'une nouvelle tournée lucrative. Si l'audience est au rendez-vous, après tout pourquoi se démener afin de maintenir le niveau en studio ? Gaffe quand même, les mecs : malgré l'indulgence que méritent vos quarante ans de bons et loyaux services, la lassitude guette.


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