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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 17 février 2015
Sa note : 14/20

LINE UP

-Gonzalo Roland
(chant)

-Guido Guzman
(guitare)

-Luciano Guzman
(basse)

-Charly Sanchez
(batterie)

TRACKLIST

1) Las Puertas Al Abismo
2) Cosecha De Sangre
3) En Orbitas De Fuego
4) Nox Aeterna
5) Augurio
6) A Través De Los Ojos De Shodan
7) Escoria
8) Perpetuo Sacrificio
9) Solsticio De Las Almas

DISCOGRAPHIE

Abismos (2013)

Dead Warrior - Abismos
(2013) - melodeath Deathcore - Label : Auto-production



Quatre chabones dont deux hermanos (les frères Luciano et Guido Guzman) : c’est ce dont est composé le groupe Dead Warrior. Originaire de Buenos Aires, le quatuor porteño (gentilé des habitants de Buenos Aires) nous gratifie de la sortie de son premier album, le premier jour de l’an 2013, sous le nom obscur de Abismos. A l’heure des bonnes résolutions, pourquoi ne pas prendre la décision de voyager un peu ? Chose promise, chose due, allons faire un petit trek d’un peu plus d’une demi-heure en Amérique Latine, plus précisément dans le pays du Tango (oui bah, c’est court mais c’est pas le Guide du Routard ici).

Imaginez-vous donc seul, sac de randonnée sur les épaules, chaussures de marche enfilées et carte topographique à la main. Vous voici en plein cœur de la Pampa, face aux steppes argentines, incarnée ici par cet Abismos. Après quelques secondes seulement, vous vous dites que vous allez vivre un véritable calvaire. Mais ce n’est qu’illusion et vous allez vite vous adapter à cette hostilité environnante. Vous l’apprécierez même de plus en plus au fur et à mesure que vous vous y enfoncerez. Votre esprit d’aventurier aura beau se tenir prêt, il ne s’attendra sûrement pas à ce qu’il va découvrir durant ce voyage. Car, à l’image de son pays natal – aussi bien au niveau ethnique que géologique – cet album est un vrai melting-pot des genres et des styles. Vos pas fouleront comme terreau récurrent et omniprésent, du death mélodique, que l’on peut rapprocher par moment de celui de Gothenburg (du nom de la ville où ce style est apparu) de par sa sonorité quelque peu grasse. Cette terre aride et sèche vous rebutera sûrement le temps des deux premières chansons que sont "Cosecha De Sangre" et "En Orbitas De Fuego", avec leur déluge de blast presque incessant qui vous transperce les oreilles. Mais c’est bien normal, car c’est le temps de l’adaptation, et ce sont les moins intéressantes du voyage. Après une bonne nuit passée en compagnie de "Nox Aeterna" et ses relents black metal flagrants (rien d’étonnant vu le titre), vous serez en forme pour repartir de plus belle et continuer à écumer les méandres du pays d’argent. Et bien vous en prendra puisque vous vous retrouvez en face de "Augurio". A l’instar des chutes d’Iguazu, ses riffs metalcore aux influences djent et ses breaks vont littéralement vous briser la nuque si vous vous laissez prendre par son courant ! A votre grande surprise, vous allez être éblouis par la (bio)diversité des styles présents et se mélangeant autour de vous. Vous apercevrez pêle-mêle des riffs à la Amon Amarth, mélangés à du black metal et du metalcore à la Through The Eyes Of The Dead dans "Nox Aeterna", du death mélodique façon At The Gates sur "En Orbitas de Fuego", ou même des breaks typés beatdown hardcore durant la traversée de "Escoria". Et, petite folie dont nous gratifie Dead Warrior, vous pourrez même entendre un soupçon de math metal à la Dillinger Escape Plan sur "Escoria" et son riff totalement barré à partir de 2’51. Si vous poussez votre voyage jusqu’au bout et la dernière chanson "Solsticio de las Almas", vous profiterez du seul solo de l’album qui surgira, tel un glacier à l’horizon dans la ville d’Ushuaïa, capitale de la Tierra del Fuego. A la fin de celle-ci, le rythme se fera beaucoup plus lent, contrastant en tout point avec le reste de Abismos, telle une suspension dans le temps.
 
Alors évidemment, niveau production, à la manière d’un globe-trotter, on ne s’attend pas à du grand luxe, aussi bien côté nourriture que côté logement. Eh bah oui, ça reste une auto-production. Mais la qualité est plus que convenable pour profiter du périple à sa juste valeur. De plus, on ne peut pas en vouloir à Dead Warrior, si l’on n’omet pas que c’est le premier album du groupe. Enfin, en vérité, ils avaient sorti un EP de six titres trois ans plus tôt, du nom de The Progress Of Disaster, d’une qualité vraiment moindre, surtout côté production. C’est donc un progrès ici, comme si on passait d’une tente Go Sport à une tente Quechua. On se sent plus à l’aise et rassuré. Les paroles des chansons, quant à elles, traitent de la mythologie à la fois grecque et latine, dans un vocabulaire que Virgile, Ovide ou Eschyle n’auraient pas renié. En outre, on peut grandement apprécier le fait que les titres et les lyrics soient rédigés dans la langue natale des musiciens qui n’ont pas travesti leur origine pour la langue internationale et par défaut qu’est l’anglais. Cela colle beaucoup mieux à l’ambiance et surtout au contexte. Pour ce qui est de la pochette, elle peut paraître assez ésotérique, mais retranscrit bien les thèmes abordés par l’album. L’occultisme est présent en masse. On y contemple deux femmes dénudées aux yeux bandés, de part et d’autres d’une personne portant une tête de bélier. Tout cela en étant encadrés par deux représentations de la mort. Bref, rien de bien gai, vous l’aurez constaté. Petit coup de gueule pour finir, une fois n’est pas coutume. Il faudra vraiment qu’on m’explique à quoi servent ces chansons instrumentales d’introduction. A la limite ici, pour "Las Puertas Al Abismo" (d’une durée de 1’20), on peut y trouver un semblant d’intérêt à vingt secondes de la fin, après que le synthé ait tenté d’imiter des violons parfaitement inutiles. Mais franchement, on se passerait bien de ce préambule. Et ce n’est pas fini ! Car, non content de nous faire le coup dans l’avant-propos, ils vont remettre le couvert à la fin de l’album, avec la chanson "Solsticio De Las Almas" qui est censé durer officiellement 6'49, mais qui s’arrête en réalité à 3’18 avant de nous faire une fin d’album en miroir et nous sortir … du piano cette fois-ci. Le ressenti n’en demeure pas plus efficace : du superflu total à jeter aux oubliettes. Fin du coup de gueule.

Voilà, votre excursion musicale touche à sa fin. Après avoir tout débroussaillé avec une machette, on y voit un peu plus clair dans cet Abismos on ne peut plus inhospitalier, à première vue du moins. En effet, les blast-beat vous auront été servis autant de fois que le maté par les Argentins. Déjà qu’à la base cela a un goût assez amer, à la fin il y a des chances pour que cela vous écœure littéralement et que cela vous donne de sacrés maux de ventre pendant la découverte des alentours. Mais vous passerez au-dessus de cet état sauvage et vous l’apprivoiserez finalement assez rapidement, surtout si vous avez déjà du vécu dans ce milieu. Voilà, morale de l’histoire : ne vous fiez pas aux apparences ! J’espère vous avoir donné envie de voyager et découvrir les terres sauvages d’Amérique du Sud !


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