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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 15 mars 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Ville Sorvali
(chant+basse)

-Henri Sorvali
(chœurs+guitare+claviers)

-Mitja Harvilati
(chœurs+guitare)

-Marko Tarvonen
(chœurs+batterie)

-Markus Eurén
(claviers)



TRACKLIST

1) Jäästä Syntynyt / Varjojen Virta
2) Tuleen Ajettu Maa

DISCOGRAPHIE


Moonsorrow - V: Hävitetty
(2007) - black metal metal prog Folk Metal, Viking Metal - Label : Spikefarm



Nous sommes en 2007 et les Finlandais de Moonsorrow ont passé leur dix ans de carrière et atteint un statut de reconnaissance indiscutable, forts de leurs deux derniers ouvrages Kivenkantaja de 2003 et surtout Verisäkeet de 2005. Pionnier d'une frange de metal qualifiée de « viking » ou encore « pagan », le quintet est pourtant à des années lumières de tout le purin folko-tsoin-tsoin invitant au lever de coude, s'engageant plus volontiers dans une démarche intègre et avant tout musicale et émotionnelle, où la communion avec la nature passe avant tout.

Brouillard et craquements de feu. Chœurs païens au loin d'une forêt. Un premier arpège se fait entendre, rapidement rejoint par une basse toute ronde qui fait son apparition. Lentement, paisiblement, tels des pas timides mais curieux au beau milieu de ce paysage crépusculaire. Une mélodie s'engage, reprise sur un crescendo jusqu'aux sons des cloches. Et puis le cri. Un premier annonciateur, rapidement rejoint par un second plus rageur. Le riff est lancé, les orchestrations également. Vient alors ce chant scandé tout du long de l'album avec un grain si caractéristique qu'on le dirait possédé par les éléments, dans un hurlement aussi onirique que guerrier. Couplet, riff, nouveau riff, pont, pseudo-refrain, nouveau couplet... En à peine dix minutes, Moonsorrow a déjà brouillé tous les codes traditionnels. La structure est chaotique au possible, mais l'ensemble est d'une fluidité quasi jamais inégalée tant dans le metal épique, que dans le black metal ou plus largement dans le metal tout court. "Jäästä Syntynyt / Varjojen Virta", première des deux pistes de la galette et affichant pas moins de trente minutes au compteur, est ainsi construite de couches et de surcouches toutes aussi cohérentes que complémentaires. Un parfait exemple de bloc massif à tiroirs dont devraient s'inspirer bon nombre de groupes pseudo-progressifs récents. Hävitetty pourrait en cela être décrit comme un long monologue dramatique avec ses figures de styles, ses emphases et ses pauses, ses digressions et surtout ses envolées épiques.
Car plus que jamais Moonsorrow se veut cinématographique et visuel avec des ambiances omniprésentes mettant le son au service de l'image et de l'imaginaire. Plus que jamais, vous aurez envie de lever les mains au ciel et de saisir les éléments vous entourant, à la quête d'esprits à matérialiser. Les riffs tantôt hypnotiques, tantôt mélodiques, alternent à merveille et sans aucun temps mort, tandis que les accalmies acoustiques et atmosphériques sont très bien senties, jouant d'un équilibre parfait entre ambiance et puissance. "Tuleen ajettu maa" commence plus directement, malgré une introduction de plusieurs minutes assez comparable au titre précédent. Un poil plus linéaire sur sa partie centrale avec un tempo constant et une surcouche sonore un peu épuisante, ce second titre est qualitativement un iota en deçà de l'opener. Car en termes de production, Moonsorrow reste fidèle à ses standards avec un son très compact, créant un effet « mur du son » chargé en claviers remplissant le fond sonore, une basse bien mise en valeur et une épaisse façade uniforme de guitares. Il faut attendre le début de la 13ème minute pour voir débouler de nulle part un riff de folie à tout berzingue, tout en tremolo-picking et soutenu par un martèlement de fûts des Enfers. C'est grand...


Épique, voilà bien le mot qui pourrait résumer à lui seul tout Hävitetty. La musique a de tout temps été une invitation au voyage, Moonsorrow va au delà de tout sur cet album développant une musique immensément introspective, personnelle et surtout gorgée d'émotions. L'album n'est peut-être pas la bonne porte d'entrée pour le néophyte mais pour le fan endurci, il restera l’œuvre du groupe de loin la plus marquante après de nombreuses écoutes. Exigent de par son format atypique et peu compréhensible de par sa structure tout sauf conventionnelle, le quintet finlandais livre pourtant l'un des meilleurs albums de la catégorie, un album inoubliable pour quiconque sait s'immerger dedans et surtout un album indémodable dont on reparlera encore à coup sûr dans plusieurs décennies.


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