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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Trevor Horn
(chant)

-Steve Howe
(guitare)

-Chris Squire
(basse)

-Alan White
(batterie)

-Geoff Downes
(claviers)

TRACKLIST

1)Machine Messiah
2)White Car
3)Does it Really Happen?
4)Into the Lens
5)Run Through the Light
6)Tempus Fugit

DISCOGRAPHIE


Yes - Drama
(1980) - rock prog - Label : Atlantic Records



La bête noire dans la discographie de Yes, Drama est le seul album sans Jon Anderson. Le refus de ce dernier à interpréter des titres de cette époque l'ont vite conduit aux oubliettes. L'absence de Jon Anderson et Rick Wakeman avaient de quoi dérouter, et pourtant Drama se présente comme un véritable album de Yes. Le groupe semble avoir tout fait pour rassurer les fans : retour de Roger Dean pour la pochette, il n'en avait plus dessiné depuis Relayer (exception faite de la compil Yesterdays de 1975), retour d'Eddie Offord à la production, lui aussi absent depuis Relayer. Yes commençait sérieusement à mal vieillir avec Tormato, un album d'un autre âge, la faute à Rick Wakeman et ses sons vieillots. L'arrivée de Trevor Horn et Geoff "Mr Asia" Downes, tous deux issus des Buggles, va considérablement moderniser le son de Yes. Il en avait bien besoin.

Les claviers de Geoff Downes permettent d'alléger le style de Yes, avec des interventions simples, pertinentes et plus techniques quand il faut. Rick Wakeman a contribué aux grands classiques de Yes, sur Fragile et Close To The Edge. Mais la grandiloquence des claviers sur ces deux albums les rendait un peu lourds à digérer. Et, comme par hasard, les albums sans Rick, que ce soit The Yes Album ou Relayer, n'ont pas cet aspect pompeux. Donc pour Drama, même topo, c'est du Yes avec O% de matières grasses, à consommer sans modération. L'absence de Jon Anderson passe relativement inaperçue car son remplaçant, Trevor Horn, est quasiment son clone ! La ressemblance est frappante ! Et les choeurs, régulièrement assurés par Chris Squire et Steve Howe, ne font que renforcer cette impression d'être en terrain connu. Trevor Horn chante avec le même timbre, ce qui ne pose pas de problème sur Drama, écrit et conçu pour lui, mais pour ce qui est de chanter avec justesse les classiques de Yes en live, c'est une autre histoire...

Démarrer avec "Machine Messiah", dix minutes au compteur, est peut-être un autre moyen pour eux de rappeler qu'ils font toujours du progressif. L'intro, pesante et plus heavy que d'habitude pour Yes, est suivie de choeurs fabuleux : pas de doute, c'est un des plus grands morceaux de Yes, faisant oublier à lui seul la triste période Tormato. Et même si les rebondissements ne manquent pas sur "Machine Messiah", la simplicité des arrangements est étonnante ! La suite de l'album le confirme, le mélange pop et prog est optimal, la synthèse parfaite entre les années passées et l'avenir, sans tomber dans les travers des deux périodes (grandiloquente pour l'une, commerciale pour l'autre).

"White Car" sert d'intermède et d'emblée, le son des claviers impressionne, moderne, annonçant de quoi seront fait les années 80. "Does It Really Happen?" inaugure une série de morceaux dansants chez Yes, principe qu'on retrouvera sur "90125" et le célèbre "Owner Of A Lonely Heart". Sauf qu'ici, il y a un petit côté barré, entre les guitares à la sauce "cocotier" et le refrain un peu décalé (impossible à siffler sous sa douche d'ailleurs). "Into The Lens" illustre bien le mélange pop/prog. Le morceau laisse place à de longs développements, parfois aériens, sans pour autant contenir des passages instrumentaux hyper techniques. L'émotion reste l'élément principal ce qui n'est pas toujours évident chez Yes, plutôt réputé pour placer sa technicité très en avant. On sent l'apport de Trevor Horn et Geoff Downes pour le thème "I Am A Camera", cette idée vient sûrement d'eux, elle ne sonne pas très Yes. Ce n'est pas un hasard si les Buggles reprendront ce thème en 1982 dans une version raccourcie.

Tout l'album est de très haut niveau, "Tempus Fugit" avait même le potentiel pour figurer en bonne place parmi les classiques tellement les harmonies vocales sonnent Yes, sans oublier les magnifiques lignes de basse de Chris Squire, très à l'aise pour jouer du rock. Le seul faux pas se trouve sur "Run Through The Light", un peu trop influencé par Police sur ses morceaux avant-gardistes (rien à voir avec leur reggae-rock). Trevor Horn imite (mal) Sting. A oublier.

La version remasterisée sorti chez Rhino contient en plus une tonne d'inédits : versions démo de "White Car" et "Tempus Fugit", versions single de "Into The Lens" (on peut même parler de charcutage) et "Run Through The Light". Le plus intéressant reste quand même d'écouter les quatre inédits des sessions avec Jon Anderson et Rick Wakeman pour l'album qui aurait dû succéder à Tormato. Une vraie catastrophe, on comprend mieux pourquoi l'album n'a jamais vu le jour tellement cela sonne comme du sous-Tormato. C'est là où on voit également que Drama allait dans la bonne direction. Une fois Rick Wakeman et Jon Anderson partis, Yes se retrouve à trois. Les deux inédits de cette période, très rock, témoignent du plaisir qu'ils prennent à nouveau à jouer ensemble, avec un Steve Howe qui retrouve sa splendeur.


Même si Drama reste le dernier grand album du groupe, bien meilleur que tout ce qui suivra, il est évident que ce line-up ne pouvait pas durer, surtout à cause des concerts et des difficultés pour Trevor Horn de faire oublier Jon Anderson sur les classiques.


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