Motocultor 2015


Motocultor

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 14 août 2015
Jour 2 : 15 août 2015
Jour 3 : 16 août 2015

REPORTS DU JOUR



GALLERY

Album photo du festival pour Les Eternels webzine :
Das Silverfoto

Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

 


Jour 3 :16 août 2015




Il faut bien le dire : le dimanche propose une programmation à suivre les yeux fermés. D'un côté : Crown, Agalloch ou encore Opeth ; soit les formations les plus à même d'envoyer leur public loin, très loin du monde réel – autrement dit : les yeux fermés. De l'autre : Gutalax, Cliteater et autres compagnies charmantes ; soit des groupes à ne pas voir du tout ou à voir, au mieux, vous le devinez, les yeux fermés (afin de les voir aussi peu que possible et de conserver nos souvenirs vierges et purs). Dommedag décide cependant se frotter avec une audace masochiste à cette seconde catégorie pour nous rendre compte. Arrivé assez tôt sur le site du festival, notre compère peut donc se rendre d'emblée sur la Dave Mustage et regarder le set d’Hexecutor, un groupe que l’on sent respectueux à l’extrême du speed / thrash des années 80, puisque sa formule repose uniquement là-dessus. Et à vrai dire, c'est plutôt une bonne façon de commencer, avec des titres à la dynamique explosive, un groupe débordant d’énergie et un son encore une fois excellent.

Photo_16_400h_600w

Nous restons sur la même scène pour le set de Cliteater. Musicalement bien entendu, on n’en attend rien, et c’est l’ambiance qui fait le tout. Samples bien cons balancés les uns après les autres, pogos, déguisements, et déconne constituent un bien bel échauffement à ce qui suit. Mention spéciale au frontman qui ne cesse de haranguer la foule, et de l’enjoindre à aller voir Gutalax, comme si lui-même savait que son groupe ne fait que préparer le terrain pour eux. Il faut dire que la musique des Néerlandais manque légèrement du groove mortel qu’a celle des Tchèques, et que malgré quelques passages où l’on voit des zouaves se trimballer avec des ventouses collées au ventre et des brosses à sanitaires, ce set ne constitue globalement qu’une mise en bouche.

Photo_17_400h_600w

Embrayons à présent sur Gutalax : désormais réputé pour ses prestations live qui sont de grandes fêtes avec le délire poussé au maximum, les Tchèques ne déçoivent personne cette fois encore : avant le début, des travelos distribuent du papier toilette à tout un chacun, comme il est de rigueur, et n’hésitent pas à s’exhiber devant les membres du groupe qui arrivent. Après un cordial échange de papier hygiénique entre la formation et ses fans, la cérémonie fécale débute, et tout le monde y met de la bonne volonté, se passant ballons gonflables, bouteille de bière géante gonflable, et autres guirlandes de papier. Chacun y va de son slam, les pogos se font dans la rigolade, et on voit même circuler quelques chenilles dans la foule ; tout ça pour finir sur une reprise de "Old McDonald" à la goregrind qui ne manque pas d’activer encore plus une foule déjà bien énervée.

Photo_10_400h_600w

Mais nous avons évoqué un peu plus haut, deux catégories d'artistes. Alcest faisant partie de la première, celle qui fait fermer les yeux - de joie pure, il aurait été impensable que Droom ne monte pas aux barrières pour assister à ce concert. Alcest joue dans une position périlleuse ce dimanche. Juste après Gutalax et Cliteater, en début d'après-midi (pas de jeux de lumières pour cette fois, dommage), sur la principale scène du festival et devant un public relativement plus metal qu'en d'autres occasions (qui plus est, français donc méfiant, pas forcément un cadeau). Si le groupe reste toujours aussi discret sur scène (rares paroles de Neige, pleines de gentillesse ; sourires tout aussi rares, que l'on suppose s'exprimer davantage par la musique qu'autrement...), son aura n'en reste pas moins grande.

Photo_11_600h_400w

C'est sur l'excellent "Les Iris" que s'ouvre le set du jour. La voix de Neige, d'abord un peu trop discrète, est vite ajustée, le son s'équilibre, la perfection s'invite sur le site et le reste suit. Il est l'heure de se laisser bercer dans les ondes de lumières que transporte en ce jour une setlist de grande qualité (on regrette cependant l'absence d'"Opale" – Shelter n'étant représenté que par l'unique "Délivrance"). L'immanquable "Percées de Lumière" nous envoie en pleine face un black metal des plus lumineux et charrie sa dose de frissons réglementaires. A propos de "Percées de Lumière", l'interview à venir sur votre webzine préféré (non, pas celui-là ! : NOUS !) pourra apporter quelques informations sur le sujet. Suspens est conservé pour le moment (eh, c'est long, de retranscrire une interview, vous savez ?). Le morceau "Souvenirs d'un Autre Monde" résume une nouvelle fois le propos dans son titre. Le reste continue de nous faire flotter, le set se déroule avec fluidité et légèreté – il fait beau – nous sommes bien – tout a du sens l'espace d'un instant - et "Délivrance" clôt cette prestation dans la gloire grâce à une montée en puissance parfaitement maîtrisée en conditions live. Le titre se révèle même peut-être plus prenant encore que sur disque. Les musiciens quittent la scène sous les applaudissements. Nous retrouvons Winterhalter (batterie) et Neige (chant+guitare) peu après pour réaliser cette fameuse interview. Avant de rencontrer une nouvelle fois le groupe au stand de signature, souriant, sympathique et abordable. Une formation exemplaire, à l'image de ses membres.

Photo_12_400h_600w

Notre camarade Dommedag quant a lui aura observé la prestation d'Alcest avec un peu moins d'emphase et pour cause : de son point de vue (sens propre), la setlist excellente des Français aura au final été relativement gâchée par une basse trop forte, quiconque se trouvant sur la droite de la scène pouvant croire assister à un concert de drum’n bass pendant une grande partie du show. En effet, sur tous les passages à la double, plus nombreux qu’on pourrait le penser, les basses saturaient et couvraient les guitares et les chants, ce qui, pour Alcest gâche relativement tout. Même l’enthousiasme d’un Neige aussi discret que d’habitude, ne pouvait palier à ce détail fâcheux (qui ne sera pourtant pas corrigé de toute la durée du set). En revanche, pour peu que la peine ait été prise de se décaler, la magie du groupe aura opéré. Alcest aura cependant offert une belle pause à tous ceux qui vinrent les voir, réussissant à embarquer l’audience dans les vallons pleins de bois et de fées fantasmés par Neige.

Photo_13_400h_600w

Venu de Besançon remplacer on ne sait plus qui à la dernière minute, Je (personne n' avait pensé à prendre ce nom avant ?!) entre dans la catégorie des groupes français pas bien vieux, avec un ou deux disques sous le bras, en l'occurrence un EP et un album - ce dernier, auto-intitulé, étant sorti l'année dernière. Avec des titres tels que "Cendre de Rêves", "Un Lac de Souffrance" et "Non Existence", on se dit que le groupe franc-comtois n'est pas venu sur la Supositor Stage pour lancer une chenille dans le public, ce que confirme l'imposante présence du guitariste-chanteur E.z.K. alias Ezekiel aka Morgan Gavignet, arborant tatouages et scarifications sur les avant-bras (NdlR : sans oublier le ravissant colifichet autour du cou, digne d'un ossuaire). Devant une audience logiquement restreinte étant donnée la réputation confidentielle du collectif, Je délivre un post black metal qui mise plutôt sur les ambiances, majoritairement désolées et dépressives. Le batteur, possédé, secoue la tête dans tous les sens tandis que le leader crache sa haine de l'humanité à grands renforts de cris suraigus, tout en essayant de varier les registres. Il faut bien admettre néanmoins que la configuration festival en plein jour ne sied guère à une musique aussi évocatrice qui se complaît davantage dans l'obscurité. Le son se révèle d'ailleurs peu équilibré, dominé par la batterie en raison principalement d'un manque de puissance des guitares – à se demander si l'une d'elles était réellement branchée. Voici toutefois une formation intéressante, à revoir dans un contexte plus favorable.

Photo_14_400h_600w

Dans la catégorie des groupes « nous offrons un contraste entre nos membres avec un goth tr0 d4rk qui growle et un pur beau gosse sponsorisé par Loréal qui s’occupe du chant clair », Dommedag demande Ne Obliviscaris ; le cliché était relativement frappant. A côté de ça, il faut dire que le groupe a marqué les esprits, confirmant le bien qu’en pensaient nombre de gens, et glanant en même temps pléthore de nouveaux fans avec une prestation transpirant la classe. Pourtant, avec des pièces longues de plus de dix minutes jouées devant un public déjà éprouvé, le pari n’était pas gagné d’avance. Cela-dit, en cinquante minutes et sans déballage de virtuosité excessif, les Australiens réussissent à installer un climat propice à leurs salmigondis extrêmes, transcendant en même temps les morceaux d’un premier album qui selon d’aucun « est assez froid ».

Photo_15_400h_600w

Du côté de Droom, ce sera avec CROWN que se poursuit la journée : Psychurgy – bien que confidentiel - en avait surpris plus d'un lors de sa sortie. Un premier album né de Godflesh et de Neurosis, mais doté d'une telle personnalité : inespéré - personne ne l'avait vu venir ! CROWN mérite les louanges pour sa production studio et le nouvel album du projet – Natron – confirme heureusement toutes les attentes. C'est dire si le passage de la prestation live était important ! Comment retranscrire cette lourdeur phénoménale ? Ces ambiances de fin du monde ? Ces ambiguïtés dans le propos ? Tuons le suspens dès maintenant : CROWN a su relever tous ces défis. CROWN se révèle prodigieux en live. CROWN a dépassé, sur la scène du Motocultor, l'excellence de ses disques. Ce soir là, CROWN, ce sont trois lascars et, croyez-en un Droom en transe, vous n'avez pas envie de vous battre avec ces gars-là. Grands, secs, costauds, fermés, austères et grisonnants – à l'image d'une météo grise elle aussi, laissant échapper ses dernières gouttes pour coller à l'ambiance. Tout juste sera t-il prononcé du bout des lèvres un « nous sommes contents d'être là, Motocultor », que l'on sait sincère mais qui n'étrangle pas par son enthousiasme. Un groupe fidèle à sa musique : distant.

Au niveau du matériel, le schéma n'est pas plus sympathique : imaginez deux guitares de huit cordes et une guitare de sept cordes. Voici CROWN. Vingt-trois cordes qui vous saluent bien bas, plus bas que terre, et qui créent de véritables mouvements tectoniques une fois lancées en résonnance. Rarement – jamais depuis Ataraxie, en 2013 – le festival n'aura résonné d'une telle manière, avec une telle pesanteur. Les basses dominent l'espace. Le monde est englouti sous la force du jeu des trois gaillards. La batterie – programmée au millimètre – assène les rythmes les moins sains du week-end. Une lourdeur. Une lourdeur. Une lourdeur. Mes amis, CROWN signe là l'une des meilleures prestations sur week-end. Ce live aura été hors de proportions. Droom en rêve encore. Droom en rêve encore. Ployez sous CROWN. Vivez CROWN. Soyez CROWN.

Tandis que notre fanboy (et il n'était pas le seul d'ailleurs), exultait ainsi de passion sur la Massey Ferguscene, Dommedag s'est offert quant à lui une tranche de Krisiun. Et si un seul mot devait qualifier ce concert, ce serait sans hésitation « punitif » : les Brésiliens, armés de leur death lorgnant fortement sur le brutal n’ont jamais fait de concession, et cela s’est ressenti au niveau de la foule : chaque titre était le théâtre d’un pit ultraviolent, avec une telle quantité de slammers que la sécurité les gérait par moments à grand peine. Même si la différence entre chaque morceau se faisait difficilement au vu du style hermétique, les rythmiques frénétique firent leur office et conquirent un public clairsemé.

Photo_9_400h_600w

Après ces hostilités, un peu de calme ne fera pas de mal à ce même Dommedag avec Agalloch : changement radical d’ambiance, avec une pluie qui tombe doucement, et un ciel gris, laissant peu à peu place à la nuit : des conditions optimales pour voir les natifs de l'Oregon donc. Et les Américains mettent aussi mis une bonne baffe à tout le monde, avec quatre morceaux seulement, et, à la surprise générale, sans jouer la traditionnelle reprise conclusive de Sol Invictus. En revanche, "Limbs"  ouvre bien le bal, mettant tout de suite dans l’ambiance un public d’avance acquis à la cause du groupe. Nous voici même gratifiés d’une rareté, avec un "Hallways Of Enchanted Ebony", qui contient la meilleure mélodie écrite par Haughm, et ceux qui sont en désaccord sont des faquins. La surprise vint aussi du fait de terminer le set avec un des morceaux de Marrow Of The Spirit, plus purement black metal, et qui en live, contrairement à la version studio qui fait grincer quelques dents par rapport au manque de capacités du groupe dans ce domaine, passe vraiment bien, sans casser nullement le climat installé par les autres titres, en nous prenant dans une tempête. En revanche, le jeu de scène du guitariste, très dynamique, est assez cocasse : l’impression qu’il compense pour le statisme des deux autres est là et bien là.

Photo_8_600h_400w

Droom partage également cet avis. Inutile de chercher à contourner l'évidence : Agalloch est un groupe malheureusement trop rare dans nos contrées. C'est regrettable car – et c'est une chose suffisamment insolite pour être signalée – Agalloch fait partie de ces formations qui semble créer une véritable unanimité au sein de la scène. Le live de ce soir est ainsi l'occasion de constater un heureux engouement autour du projet automnal des américains. Pas une seule critique ne sera d'ailleurs entendue à l'encontre d'Agalloch et de sa prestation : seulement des félicitations, des louanges et des silences qui témoignerons de la difficulté réelle pour revenir au monde réel après un set si enivrant. Tout commence par une série de sifflements, annonciatrice d'un "Limbs" qui plante le décor. Les musiciens se découvrent tout à la fois communicatifs (plutôt Anderson – qui ne cesse de bouger !) et discrets (plutôt Haughm – planté au milieu de scène, noyé dans son charisme) – la musique ne perd donc pas son aura (très largement magnifiée en conditions live ce soir, les arbres au vent et la nuit tombante). Les pistes s'enchaînent, progressives, narratives, et une évidence saute aux oreilles du public : Agalloch possède quelques uns des compositions les plus solides du festival ! Impressionnant de constater – live – la force des riffs, la puissance du chant, la maîtrise des émotions et des ambiances. Le point culminant du set est peut-être atteint sur un "Plateau of the Ages" qui n'était pas forcément attendu, mais qui se découvre magnifique et parfaitement maîtrisé d'un bout à l'autre. La nuit est tombée. Le vent dans les arbres - toujours. La fumée sur scène et "Plateau of the Ages" qui nous enveloppe. Vite. Revenir à la réalité pour voir Trivium. Le problème d'être éclectique, au Motocultor, c'est d'être hameçonné par chaque nouvelle performance. Vite. C'était parfait – l'un des meilleurs concerts de l'année, sans aucun doute – mais vite.

Photo_7_600h_400w

Ainsi qu'annoncé, suivons Droom - vite - jusqu'à la Dave Mustage pour Trivium : une grosse machine États-unienne, rodée comme il faut, pour quasi-clôre un festival est toujours une bonne idée. Les mecs de Trivium, si jeunes soient-ils, sont déjà armés d'une grande expérience live et savent clairement y faire avec leur public (il semble en effet qu'une bonne partie du public soit fidèle au quatuor en cause). Le charisme de Heafy est proportionnellement inverse au charisme de ses acolytes – qui est bien faible - mais qu'à cela ne tienne : une seule personne sera suffisante pour en faire bouger quelques milliers d'autres, et notre bonhomme Heafy le sait bien ! Tout au long du set, il haranguera le public, faisant mine de ne pas entendre tous ces jeunes gens pourtant bien remuants. Sans trop de surprise, dans la fosse, le public reste plus jeune qu'il ne l'est pour la plupart des autres concerts. La musique de Trivium ne cesse pourtant d'évoluer, comme en témoigne ce fameux "Blood In The Snow" de début de set, dont le refrain ultra-mélodique est parfait pour se détruire les cordes vocales une dernière fois avant de rentrer à la maison. Le second extrait de l'album à paraître (très largement inspiré par Dio, nous expliquera Matt Heafy – qui maitrise aussi bien son discours promo que sa prestation), "Blind Leading The Blind", ne fera pas autant d'effet. Il faut dire qu'il est entouré, dans la setlist, par nombres de morceaux de belles qualités. Au hasard : "Throes of Perdition", "Becoming the Dragon", "In Waves, Strife". Et d'autres.

Photo_6_400h_600w

Le décors de scène est, lui aussi impressionnant : deux crânes de démons aux yeux rougeoyant – projecteurs à l'intérieur – et une myriades de lumières additionnelles suffisent à renforcer la force de la prestation. Le Motocultor n'est pas encore très habitué au grosses productions scéniques. Un défaut toutefois : le troisième chant, aux chœurs, bien trop mixé en avant. Une broutille. Dans la fosse, dans l'enfer, peu importe le chant : seule compte l'énergie, bien présente ce soir ! Tellement présente que Droom, surestimant quelque peu ses forces, n'en sortira pas indemne (bobo le pied...). Un set dantesque bien que probablement très classique, et en bonne partie du à un public particulièrement réactif. Ce groupe sympathique le mérite bien. Septic Flesh, aussi excellent soient-ils, seront les bienvenus pour poser ses fesses dans l'herbe, tandis que les moins organisés des festivaliers tenteront en vain de revendre – au dernier moment, forcément – leur tickets nourriture/boissons non-utilisés (Mesdames, Messieurs, quand on achète de quoi boire, il faut boire et assumer. Sinon, on s'abstient. )

Photo_5_600h_400w

Contrairement à Droom, Dommedag fait l'effort (difficile) d'assister au set de Septic Flesh depuis une distance respectable, cependant : les Grecs sont venus, ont vu, et ont vaincu. C’est ce qu’on sera tenté de dire après un show où un Spiros impérial a galvanisé la foule, flanqué de deux guitaristes faisant plus office de sous-fifres et d’une machine bien cachée derrière un kit de batterie imposant. Seulement voilà : une setlist de huit morceaux. Pas de morceau de Sumerrian Daemons, un de Communion, deux de The Great Mass, ET CINQ MORCEAUX DE TITAN, LE SANG DE VOS MORTS. Il faut comprendre que des morceaux moyens, même balancés par un groupe au jeu scénique excellent (enfin, pour un des membres) n’en deviendront pas meilleurs. Ainsi, "Order Of Dracul", "Titan" et "War In Heaven" restent les ratés bouffis gratifiés d’un ou deux passages intéressants qu’ils étaient à la base. En revanche, "Prometheus" reçoit un petit plus, et prend tout l’éclat qui lui est finalement dû, quant à "Prototype", il reste le morceau de bravoure que l’on sait. Je plains également le premier rang qui a vraiment du se faire exploser les tympans, par le mélange instruments et orchestrations qui leur permettait vraisemblablement de se faire entendre jusque chez Orange Goblin, qui jouait sur la Massey Ferguscène. En bref, un excellent groupe qui décide de jouer ses morceaux les moins intéressants, c’pas terrible.

Photo_4_600h_400w


Et la déconfiture des têtes d'affiche de continuer pour Dommedag :  Opeth semble aussi ne pas l’avoir bien compris. Si le groupe ne souffre pas d’albums récents honteux au vu de leur passé (quoique…), le choix pour ce set de ne jouer AUCUN de leur classique aura du en dérouter (dégoûter ?) plus d’un. Exit les "Face Of Melinda", "The Moor", "Blackwater Park", place aux deux derniers albums. Dommage seulement qu’ils divisent autant et suscitent tant d’indifférence. La faute à une setlist d’une heure, qui ne permet que ça, alors que deux heures n’auraient pas été bien difficiles à débloquer, vu la liste des groupes passant derrière… En sus des "The Devil’s Orchard" et autres "Eternal Rains Will Come", le groupe gratifie tout de même l’audience d’un "The Drapery Falls", "The Grand Conjuration" et terminera sur "Deliverance". Ce qui amène le chroniqueur à penser que le groupe joue ses compositions les plus prog et tente de compenser avec les morceaux plus death de son répertoire, idée d’un intérêt douteux. Même si Mike dégaine, comme à son habitude, son humour pince-sans-rire, et que la prestation est un sans-faute du point de vue technique, la courte heure allouée et les titres joués ne suffisent pas à convaincre un Eternel déjà bien esseulé par trois jours de festival, contrairement à une partie du public acquise aveuglément à la cause suédoise. Puis ce sera finalement pour lui une dernière nuit au camping, toujours aussi courte, et bercée par les joutes de caddies, qui permettra à tout un chacun de récupérer de trois jours très intenses.

Photo_3_400h_600w

Tabris reste également partagée (mais pas du tout pour les mêmes raisons) par la prestation sonnée à la dernière heure de ce superbe festival. Le moment est électrique, non pas seulement parce que l'on prend pleinement conscience que les joies de ces festivités vont toucher à leur fin, mais aussi et surtout parce que le set final est assuré par ni plus ni moins qu'Opeth ! Grand O ! Après presque cinq ans à patienter d'avoir l'occasion, enfin, de goûter à la prestation live, l'émotion de notre émotive chroniqueuse est à son comble et la frustration anticipée de savoir que ce set ne sera que de courte durée, mise vite fait au placard. Ainsi, quelques instants paraissant une éternité à observer le back drop mystique et nos artistes entrent enfin en scène. Le choix de la set list ne réserve effectivement pas de réelle surprise, place étant comme mentionné plus haut, largement faite aux deux derniers opus avec les évidents "Cusp of Eternity" et "Devil's Orchard" en tête, et porte ouverte vers les œuvres passées, de quoi contenter tout le monde. Tabris étant cependant conquise à la dimension progressive entamée maintenant amplement par Opeth, sans pour autant bouder son plaisir aux attaques plus agressives de naguère (oh que non !), ne trouve rien à y redire et ouvre donc largement ses tympans, fascinée par anticipation.

Photo_2_600h_400w

Mais dès le début, un détail vient chatouiller l'esprit et gâter un peu la belle appréhension initiale de la prestation : à la note près … à l'intonation près … on croit être chez soi, en train d'écouter des fractions d'album. Car oui, le jeu est impeccable, tout est là, juste, parfaitement posé, le plaisir de l'écoute est forcé … c'en est à un point de justesse que l'on viendrait à souhaiter au contraire que quelque chose se produise et rende la musique, ainsi que ses glorieux interprètes, plus accessibles, plus « réels », plus impliqués vers nous. On jouit de la sensation d'entendre ces titres qui ont usé la platine, mais la scène paraît loin, tellement loin, on ne « voit » pas cette musique, on ne fait pas la différence. Lorsque la dernière note tombe et qu'il n'y a vraiment plus que le chemin du retour à entamer, la sensation qui reste est alors étrangement en demi-teinte : une déception qui pince, mêlée à celle d'un cœur gonflé d'émotion d'avoir cependant été là, face à eux et d'avoir goûté à une musique qui, même délivrée avec « distance », n'en reste pas moins un délice. Attendons avec impatience de confirmer ou d'infirmer cette sensation étrange.

Photo_1_400h_600w

Et attendons plus encore la prochaine occasion de jouir de la musique, ainsi que nous avons tous pu en jouir durant ce superbe festival. Car, que nous ayons été déçus ou éblouis par les prestations, une chose est certaine, nous avons notre compte d'émotions, de rires, de contact, d'images et de souvenirs, qui nous ont remplit le crâne à ras bord.



Lire le report :
précédent   


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4