Mass Hysteria

Entretien avec Stéphane (basse) - le 15 février 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Mass Hysteria s'était risqué sur les routes de la pop electro et s'y était brûlé les ailes... comme tant de groupes de métal avant eux, les Mass avaient perdu leur public traditionnel en adoucissant leur propos sans pour autant en gagner un nouveau. Un changement de line-up et de label plus tard, le groupe a pris tout le monde par surprise en alignant une Somme de Détails (chronique ici) toute en gros riffs et en machines débridées, renvoyant directement à l'époque bénie où les Mass étaient le fer de lance du métal hexagonal. Le bassiste Stéphane fait le point avec nous.


Cosmic Camel Clash : Une Somme de Détails est sorti il y a un certain temps maintenant, et la presse a été très enthousiaste dans son ensemble, le retour du gros son a fait beaucoup d'heureux. Est-ce que le public a suivi ?

Stéphane : Ouais... en fait comme nous avions assez déçu notre public de base avec l'album Mass Hysteria – même si nous avons pu tourner comme pas mal de groupes aimeraient tourner – le démarrage a été plutôt tranquille et ça a été crescendo tout au long de la tournée. Donc effectivement il y a des endroits où nous affichions complet il y a quatre ans et là ça mettait un peu plus de temps à se remplir. Mais nous avons quand même eu la chance de jouer devant pas mal de monde et ça nous a rassurés aussi.

Cosmic Camel Clash : Pourquoi, vous étiez anxieux ?

Stéphane : Oh ben oui, toujours... tu sais, c'est un projet assez personnel, tu le vis pleinement, à fond. Même si au moment où tu composes ton album et que tu écris tu ne penses pas spécialement à la scène, une fois que tu y es tu vois si ça a plu ou pas. Parce qu'après les ventes de disques... connaissant le marché aujourd'hui, ce n'est plus du tout une indication par rapport à la valeur d'un album.

Cosmic Camel Clash : J'ai lu dans une chronique de l'album que le changement de label depuis Wagram chez At(h)ome vous avait donné plus de liberté. C'est vrai ?

Stéphane : C'est vrai. En fait nous sommes arrivés avec les maquettes du dernier album et ils trouvaient ça trop métal. C'est ce qui a motivé notre départ de chez eux, en fait ils voulaient que nous fassions quelque chose d'encore plus commercial et pop que l'album noir.
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Cosmic Camel Clash : Et l'orientation pop que l'on trouve sur cet album, c'était venu de vous à l'époque ou de Wagram ?

Stéphane : Non non, c'est venu complètement de nous ça par contre, personne ne nous l'avait imposé. Après... (silence) ben d'ailleurs c'est peut-être un peu pour ça qu'il est noir cet album : nous avions pas mal de soucis chacun de notre côté, nous avons laissé les choses se faire. Moi personnellement je n'étais pas énormément impliqué dans la composition du groupe, il y avait une sorte de... nous nous sommes un peu laissés faire par celui qui n'est plus dans le groupe aujourd'hui, Olivier, qui est allé monter son projet personnel qui s'appelle AaRON. Et en fait quand on fait de la musique, tant que ça tourne, tant qu'on est dedans, on ne se rend pas spécialement compte de l'impact que ça car on ne se rend pas compte quoi... on continue de faire ce qu'on veut et en fait ça n'a pas pris. Je pense que c'est un bon album : déjà il n'a pas été produit comme il faut, mais je pense que c'est un album qui aurait pu un peu mieux fonctionner si ça n'avait pas été Mass Hysteria qui l'avait fait, parce que dedans il y a vraiment de bons morceaux. Mais de la part de Mass Hysteria on n'attendait pas ça. C'est dommage mais voilà... nous l'avons fait, nous avons passé du temps dessus, énormément de temps d'ailleurs... ce qui fait que ce n'est pas spécialement l'album le plus spontané.

PhotoCosmic Camel Clash : En parlant de la production de cet album, Yann a dit en interview au moment de la sortie d'Une Somme de Détails que vous aviez le projet de réenregistrer Mass Hysteria avec un meilleur son. C'est toujours d'actualité ?

Stéphane : Oui, il faut que nous trouvions le temps car depuis le mois d'avril 2007 nous sommes quasiment sur la route tout le temps. Nous avons eu une petite coupure cet été puis nous avons recommencé les concerts au mois d'octobre et nous sommes repartis la semaine dernière. Là nous composons de nouveaux morceaux car nous avons toujours envie d'en refaire mais oui, si ça se trouve nous le ferons pendant les séances du prochain album, nous aurons le studio calé... j'espère que nous retravaillerons avec Fred Duquesne si son emploi du temps le permet. Je ne pense pas que nous réenregistrerons l'album en entier, nous choisirons les morceaux qui plaisent le plus à chacun des membres et nous ferons trois-quatre morceaux.


Cosmic Camel Clash : Vu que le gros son est revenu chez Mass, beaucoup de gens ont comparé Une Somme de Détails à Contraddiction. Quelles sont les différences fondamentales entre ces deux albums selon toi ?

Stéphane : Pour moi la grosse différence c'est la variété des riffs. Même s'il y a la même attaque, la même puissance, sur Contraddiction nous étions la tête dans le guidon quand nous l'avons composé, assez rapidement d'ailleurs... et on s'aperçoit que ça tourne sur un ton, des demi-tons, c'est un peu toujours sur les mêmes gammes. Là nous avons étendu la composition en gardant la puissance. Et puis il y a la maturité des textes, je pense que ce que dit Mouss (chant) aujourd'hui est un petit plus intéressant et moins juvénile qu'à l'époque, ce qui est tout à fait normal d'ailleus.

Cosmic Camel Clash : A l'époque, le thème quasiment unique des paroles était la positivité. Aujourd'hui ça n'a pas disparu, mais on trouve en plus des textes plus dénonciateurs, plus sombres. C'est quelque chose qui ne vient que de l'évolution personnelle de Mouss, ou est-ce que ça vient du groupe dans son ensemble ?

Stéphane : Les textes, c'est quand même vachement Mouss. Moi j'ai plutôt un caractère comme ça aussi et ça fait du bien à tout le monde dans le groupe, mais tout le monde n'a pas à la base cet état d'esprit. C'est presque un exercice à faire : nous n'avons pas traversé que des moments sympas dans nos vies respectives même si en musique tout se passe bien... mais je ne sais pas, ce côté « J'ai des choses qui se passent bien dans ma vie donc je ne me plains pas, je fais l'effort d'avancer, j'évite de m'enfoncer... ». En fait la dépression nerveuse ce n'est pas pour nous. Mais voilà, ça se travaille, nous avons tous nos démons, nos peurs mais ce n'est pas pour ça qu'on est obligé de les communiquer aux autres. Le truc de Mouss c'est « Il se passe ci et ça de pas bien, mais maintenant c'est à toi de réagir à ton niveau, tu ne vas pas passer ta vie à te plaindre qu'untel a fait ci ou ça : toi, à ton niveau, fais quelque chose. Tu ne vas pas changer la vie des autres, déjà essaye de changer la tienne ».

Cosmic Camel Clash : La pochette de l'album est intéressante : on y trouve une très belle femme nue mais les effets d'optique donnent l'impression qu'elle est amputée des deux bras. Vous vouliez quelque chose d'à la fois attirant et dérangeant ?

Stéphane : Oui. C'est la même personne qui avait fait la pochette de Contraddiction et De Cercle en Cercle : si tu t'amuses à mettre les trois pochettes côté à côte tu verras que c'est le même mec. Nous l'avions choisie juste pour le côté esthétique : nous avons toujours eu cette contradiction entre le contenu et la pochette, même si nous ne sommes pas un groupe sataniste et tout. Par rapport à la musique électrique, amplifiée et énervée que nous faisons les pochettes n'ont jamais été spécialement violentes : il n'y a jamais eu de croix à l'envers, d'entrelacs cryptiques... nous avons toujours eu cette contradiction dans nos visuels. Et là en fait ça allait un peu trop loin : à la base elle avait des bras et ça commençait à faire un petit peu Yves Rocher quoi, trop lisse. Donc nous avons trouvé un petit côté... ce n'est pas forcément évident en plus : quand tu regardes à la base tu ne le vois pas forcément, et après ça fait « ah ouais, c'est vrai qu'elle n'a pas de bras ».
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Cosmic Camel Clash : Tu as évoqué tout à l'heure le départ d'Olivier... tu es dans Mass depuis le tout début, tu as vu les différents membres partir et arriver. De ton point de vue, s'agissait-il de changement d'identité de la part du groupe ou juste des histoires d'individus ?

Stéphane : En fait ce sont les individus qui font l'identité du groupe. Même si je suis là depuis le début, je ne suis pas Max Cavalera dans Sepultura, Marco dans Treponem Pal ou Kmar dans No One Is Innocent, tu vois ? Même si je m'en vais, Mass Hysteria peut continuer sans moi. Il n'y a pas de chef de file, ce sont les individus qui font Mass Hysteria donc forcément ça joue sur la musique. C'est pour ça que nous avons toujours laissé les nouveaux s'installer, interpréter et donner leurs idées dès leur arrivée. Pour qu'ils soient Mass Hysteria quand ils arrivent et dès qu'ils arrivent. Mass est un groupe, quels que soient les individus qui sont dedans... après effectivement si tu enlèves Mouss, ou Rapha à la batterie ça ne va pas faire pareil, ça c'est sûr... Après, l'évolution musicale se fait par les qualités de chacun, et pour moi l'évolution s'est faite au gré des rencontres. Niveau guitaristes Erwann était plus punk, Olivier plus pop et le petit nouveau – nous n'avons pas encore composé avec lui car il n'était pas là lors de la composition du dernier album – est carrément plus branché hardcore sur-véner. Donc je pense que le prochain album sera bien tendu.

PhotoCosmic Camel Clash : Justement, tu as dit que vous avez commencé à composer de nouveaux morceaux... vous allez donc continuer dans l'énervé ?

Stéphane : Ouais, et encore pire !

Cosmic Camel Clash : Encore pire ? Vous allez coller des blast-beats ?

Stéphane : (rires) Non ! Y'a des groupes qui font ça très bien, nous allons garder l'esprit Mass Hysteria, nous n'allons pas tout transformer. Voilà, il y a des morceaux il y a un bon riff, si le morceau doit durer deux minutes il durera deux minutes... nous allons empiler pour l'instant. En tous cas ça envoie le bois. Nous nous faisons plaisir, vraiment.


Cosmic Camel Clash : Tant mieux ! Vous pensez présenter ces nouveaux morceaux sur scène avant d'entrer en studio, ou bien nous ne les découvrirons qu'une fois l'album sorti ?

Stéphane : Peut-être... je ne sais pas en fait. Là nous avons six-sept morceaux en ébauche, il n'y a pas de texte ni rien du tout... mais nous sommes en tournée jusqu'en septembre-octobre, donc oui, je pense que nous pourrons en glisser de temps en temps si nous le sentons bien. De toutes façons il manquera des choses : il n'y aura pas les machines, les textes ne seront pas finis... mais pour se faire plaisir oui, nous l'avons déjà fait. Nous glisserons ça en deuxième rappel.

Cosmic Camel Clash : Vous pensez continuer chez At(h)ome pour le prochain album ?

Stéphane : Aaaah oui. Il n'y a pas grand-monde avec cet esprit-là, et ce sont des gens que nous connaissons depuis très longtemps. Quand nous étions chez Yelen ils étaient stagiaires là-bas à l'époque, chez Sony Music. L'état d'esprit est un peu la continuité de ce que faisait Patricia, sans les moyens de Patricia car elle était quand même chez Sony...

Cosmic Camel Clash : Pour ceux d'entre nous qui ne connaissent pas Patricia, pourrais-tu développer un peu sur l'état d'esprit en question ?

Stéphane : Ah ben nous avions beau être dans une structure de major, jamais personne n'est venu nous voir en studio pour nous dire qu'il fallait faire ci, qu'il fallait préparer un single... nous étions dans un label indépendant dans une major. Donc aujourd'hui travailler avec At(h)ome c'est pareil, avec des moyens de communication et de distribution qui ne sont pas spécialement les mêmes, mais vu le marché du disque aujourd'hui ça ne change pas grand-chose.



Interview réalisée en partenariat avec :




Crédits photo : www.myspace.com/masshysteriaofficial


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