In Flames

Entretien avec Björn Gelotte (guitare) - le 15 février 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre les labels... le dernier In Flames A Sense Of Purpose (chronique ici) aura beau être sorti depuis quelques jours au moment où vous lirez ces lignes (début avril), c'est à la mi-février qu'il fallut organiser cet entretien téléphonique avec le toujours sympathique Björn Gelotte. Qu'à cela ne tienne, les Eternels ont répondu présent, et le résultat est sous vos yeux.


Cosmic Camel Clash : Comment avez-vous occupé votre temps entre la sortie de Come Clarity et celle du nouvel album ?

Björn Gelotte : Pas dur : nous étions en tournée. Nous avons tourné sans cesse, encore et encore... nous avions commencé notre tournée dès la sortie de l'album voire un peu avant et nous avons fait un peu plus de deux cents concerts, quelque chose comme ça, depuis 2006... donc nous n'avons pas vraiment eu de temps pour quoi que ce soit d'autre. En 2007 nous avons continué avec des tournées plus courtes, nous avons fait pas mal de festivals... et nous avons tout de suite commencé à écrire le nouvel album. Donc ça a été deux années très musicales pour nous.

Cosmic Camel Clash : Vous n'avez pris du tout de temps pour vous reposer ?

Björn Gelotte : Pas vraiment. J'ai eu un peu de temps libre fin 2006 : ma fille est née donc j'ai pu prendre quelques semaines lors de la période de Noël et c'était sympa, mais la plupart du temps a été consacrée aux tournées, à l'enregistrement et à l'écriture des nouvelles chansons. Mais je ne me plains pas car j'ai le meilleur boulot du monde ! C'est vraiment très cool de faire ça pour vivre.

Cosmic Camel Clash : En parlant de live, je vous ai vus à Wacken l'été dernier (live-report ici) et il semble que vous ayez une relation très spéciale avec ce festival, Anders (Friden, chant) n'a pas arrêté de le souligner sur scène...

Björn Gelotte : Je pense que faire la tête d'affiche d'un festival accueillant près de 70 000 personnes est déjà très spécial en soi. Il y a aussi le fait que nous avons pu faire le show que nous voulions vraiment faire : toute la pyrotechnie que vous voulions, un contrôle presque total sur les lights... c'était une opportunité géniale pour nous de présenter nos chansons. Donc c'était très spécial, et il semble que le public du Wacken a toujours été très cool avec In Flames. Nous avons joué là-bas cinq ou six fois et ça a toujours été génial. Il y a une relation particulière, c'est sûr.
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Cosmic Camel Clash : Il y a eu ce moment fantastique où Anders a demandé au public de sortir leurs portables pour que leurs écrans jouent le rôle qu'auraient normalement joué des briquets sur "Come Clarity". Depuis le public ça donnait la chair de poule, j'ose à peine imaginer ce que ça a donné depuis la scène...

Björn Gelotte : Là, alors que tu m'en parles, j'ai la chair de poule en y repensant. C'était une vue tellement fantastique depuis la scène... C'était exactement comme de regarder les étoiles, les lumières n'avaient pas de fin. C'était tellement incroyable que j'ai eu du mal à jouer, j'ai été pris par surprise et mon émotion était trop grande. C'était vraiment, vraiment cool.

Cosmic Camel Clash : L'album n'étant pas encore sorti, peux-tu donner à nos lecteurs quelques informations sur les différences entre A Sense Of Purpose et Come Clarity selon toi ?

Björn Gelotte : Les différences sont surtout apparentes pour les gens extérieurs... je pense que nous avons une fois encore beaucoup appris durant la tournée. Nous avons à peu près la même approche que d'habitude : les mélodies sont très importantes, l'agression aussi... et les dynamiques aussi, avec des arrangements qui doivent être parfaits ou au moins aussi proches de la perfection live que possible. La manière dont nous avons enregistré cette fois est assez différente : nous avons eu la possibilité de le faire dans notre home-studio d'une manière très relax et de travailler avec des gens super avec qui nous voulions travailler. Nous avions une vision assez claire de la manière dont nous voulions sonner : nous voulions un feeling assez organique et acoustique. Pas forcément un feeling live, mais quelque chose de réel au niveau de son. Nous avions ce but précis et je pense que nous l'avons pas mal atteint et j'en suis content. Musicalement ça a commencé comme d'habitude, Jesper (Strömblad, guitare) et moi nous nous sommes lancé des idées, des mélodies, des riffs... et nous les avons retravaillés ensemble. Ce processus est assez simple, c'est facile pour nous car nous procédons ainsi depuis plusieurs années maintenant. Nous avons donc posé les bases des chansons, nous les avons envoyées aux autres membres, et nous avons commencé à travailler tous ensemble sur les arrangements. Et c'est là que la partie difficile commence (rires) : nous devons tous tomber d'accord sur la manière dont la chanson doit sonner et quelle dynamique lui insuffler. C'est le moment où les trucs les plus intéressants et importants prennent vie. Nous avons beaucoup travaillé à ce niveau : la pré-production a duré deux semaines et c'est ce qui a donné sa forme à l'album.

PhotoCosmic Camel Clash : Ça m'étonne que tu dises que cette fois-ci vous ayez pu travailler avec telle ou telle personne durant l'enregistrement, car In Flames n'a jamais travaillé avec n'importe qui non plus, que ce soit Fredrik Nördström ou Daniel Bergstrand...

Björn Gelotte : Oh, ce que je voulais dire c'est que nous avons pu choisir d'autres personnes en plus de celles-là. Daniel était là ainsi que le réalisateur de l'album Roberto Laghi dont la contribution s'est avérée cruciale pour le disque. C'est un type génial et il a fait de tout, depuis la pop jusqu'au death metal. Et en ce moment il mixe un album de blues... Il a beaucoup apporté et c'était vraiment bien de pouvoir travailler avec quelqu'un comme lui. En plus vu que la plupart d'entre nous habitent ici en Suède voire près de Götebörg, nous pouvions travailler selon les horaires qui nous arrangeaient. C'était très relax : en général quand on entre en studio on a un temps à respecter car le groupe suivant doit arriver à telle date. Cette fois-ci nous avons pu choisir de le faire à notre rythme, et avec les bonnes personnes. On ne peut pas s'entendre avec tout le monde... travailler avec Fredrik Nördström était très important pour nous à l'époque et nous l'avons fait, et nous avons fait de grandes choses ensemble... à un moment donné nous avons juste ressenti le besoin de passer à autre chose. Nous ne travaillerons probablement plus avec lui car nous l'avons déjà fait, mais il réalise un boulot fantastique de son côté. Nous avons juste pu choisir la totalité des gens avec qui travailler cette fois-ci, y compris au moment du mix.


Cosmic Camel Clash : Le titre "A Sense Of Purpose" se réfère-t-il au rôle, au but du musicien ?

Björn Gelotte : C'est plus en rapport avec les gens en général, ou le sens de la société en général. Mais il y a la place du musicien aussi. Nous savons assez bien ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons donc ça ne s'applique pas forcément à nous. Mais beaucoup de gens je pense, si on regarde leur situation et ce qui se passe autour de nous... on trouve des gens qui font des choses juste pour les faire, sans avoir la moindre idée de pourquoi ils les font et sans apprécier le temps passé à les faire. Il y a beaucoup de différentes manières d'approcher ce titre d'album, et il s'applique à beaucoup de sujets à des niveaux différents.

Cosmic Camel Clash : Personellement, penses-tu qu'un musicien a un but défini ?

Björn Gelotte : Ca dépend vraiment de ce qu'on veut faire. Quelle est ton ambition, quel est ton but ? Est-ce de divertir ou obéis-tu à tes besoins personnels ? Personnellement je ne me considère pas comme un entertainer car je n'ai jamais été super impatient de monter sur scène et me disant « tant pis pour la musique, jouons bordel ! »... la musique vient en premier. Il faut que je sois content de la musique que nous proposons sinon je ne peux pas monter sur scène. Je n'ai jamais fait partie d'un groupe de reprises ou d'un groupe qui jouait une musique pompée sur d'autres... pour moi la musique doit avoir un sens, un but très clair pour que je puisse la jouer en live.

Cosmic Camel Clash : La pochette est très inhabituelle pour un album d'In Flames. C'est voulu ?

Björn Gelotte : Oui bien sûr. Nous avons toujours essayé d'amener tout ce qui compose notre groupe - que ce soit la musique, l'artwork et les concerts – à un niveau où nous sommes les seuls concernés. Nous avons notre propre identité et c'est parce que nous avons choisi de l'avoir. C'est très facile de tomber dans le piège des étiquettes, de ressembler aux autres, de sonner comme les autres... nous n'avons jamais voulu faire ça. Donc bien sûr, c'est très important pour nous de faire quelque chose que nous trouvons intéressant et qui n'ait pas encore été fait dans ce genre de musique. Notre pochette n'est pas vraiment extrême dans son visuel mais elle est différente car il y a beaucoup de couleurs. Il y a un lien très fort avec le contenu conceptuel de l'album... même s'il n'y a pas de concept général, en regardant le livret tu verras qu'il y a un tableau qui correspond à chaque chanson. Le peintre, Alex Pardee, est un type vraiment très cool. Je ne lui ai pas parlé moi-même mais Anders a longuement conversé avec lui au sujet des paroles et ils se sont vraiment compris à ce sujet.
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Cosmic Camel Clash : Ce personnage étrange au premier plan, apparaît-il dans les chansons elle-mêmes ?

Björn Gelotte : C'est juste une personne normale, mais il porte un masque de chouette, et cet animal symbolise la discrétion. Ca parle de la manière de traverser dans la vie certaines situations, le concept est qu'on évolue dans la vie comme dans un labyrinthe et qu'il faut éviter de céder aux tentations ou de se retrouver dans une situation où on se ferait niquer. On essaye de naviguer dans ce labyrinthe sans cesse, et ce personnage essaye de faire ça aussi. Il y a tous ces obstacles sur la route... ce n'est donc pas une personnage réel qui apparaît dans les paroles, c'est juste une personne qui essaye d'atteindre son but.

Cosmic Camel Clash : Durant les années 90, In Flames a été un groupe pionnier qui a aidé à définir le death mélodique et le son de Götebörg. À cette époque, en aviez-vous conscience ?

Björn Gelotte : Je ne pense pas qu'on ait jamais conscience de la perception des autres quand on est pris dans l'action, car on est trop focalisé sur sa propre musique si on la prend au sérieux... et nous avons toujours pris notre musique très au sérieux. C'est très dur de prendre du recul, de se mettre en perspective. En plus nous n'étions pas les seuls à cette époque : il y avait un tas de groupes et pas seulement à Götebörg mais partout en Suède et en Europe. Nous n'étions pas seuls et nous n'avons jamais considéré les choses sous cet angle. C'est un peu comme ça que l'histoire s'écrit sans arrêt, avec des gens qui n'ont pas conscience des choix qu'ils font et qui s'avèrent importants après-coup. Je ne sais pas, je n'y ai jamais pensé... on m'en parle sans arrêt mais je ne l'ai jamais vu comme ça. J'étais en plein milieu de ce mouvement, j'étais immergé dans ce que je faisais... je ne peux pas vraiment te donner une réponse précise.

PhotoCosmic Camel Clash : Peux-tu nous parler de ton side-project All Ends dans lequel tu joues avec Jesper et ta soeur ? Il semble que votre statut à Jesper et toi soit spécial : vous écrivez les chansons mais vous ne jouez plus dans le groupe...

Björn Gelotte : En fait nous n'avons jamais joué dans le groupe. Jesper et moi avions envie de faire quelque chose de différent : nous avions fait un remix de "Cloud Connected" qui ne sonnait pas vraiment club, qui était toujours agressif mais sur lequel il y a de la boîte à rythme. Et nous nous sommes dit qu'il serait amusant de faire un projet pour voir ce dont nous étions capables dans ce genre, et intégrer du chant féminin sur quelque chose de dur, heavy, et agressif. C'est comme ça que ça a commencé : nous nous sommes mis à écrire de la musique, à enregistrer des idées et d'un seul coup nous avons réalisé que tout ça pouvait donner naissance à un groupe, mais que nous n'avions absolument pas le temps pour ça. Donc c'est un groupe à part entière désormais, nous écrivons juste les chansons.


Cosmic Camel Clash : Les gens peuvent maintenant se prendre pour toi en jouant à Guitar Hero 3 car la chanson "Take This Life" y figure. Tu y as joué ? Tu es bon ?

Björn Gelotte : J'y ai joué et je ne suis pas très bon. Je déchire en difficulté medium, mais dès que je passe aux niveaux de difficulté supérieurs je suis perdu car c'est une chanson assez difficile à passer, il y a beaucoup de notes et tout. C'est un jeu difficile à la base, mais notre chanson est assez difficile en plus de ça. Mais c'est vraiment fun, en particulier parce que ça n'a pas grand-chose à voir avec jouer de la guitare (rires). Ce jeu vidéo est une manière super de présenter la musique et de prendre du plaisir avec. J'aime beaucoup l'idée, j'apprécie vraiment qu'ils aient mis une de nos chansons dedans, et je me suis beaucoup amusé avec.

Cosmic Camel Clash : Et est-ce que tu arrives à passer "Through The Fire And Flames" de DragonForce, la chanson la plus dure du jeu ?

Björn Gelotte : Je n'ai pas essayé en fait. Je n'ai pas encore atteint le stade final du jeu. (rires).



Crédits photo : www.myspace.com/inflames


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