Sahg

Entretien avec Olav Iversen (chant+guitare) - le 07 mai 2008

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Cosmic Camel Clash

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Dexxie

Une interview de




Sahg_20080507

Après avoir sorti deux albums fort réussis, le groupe Sahg, bien que bourré de talent, semble pour le moment rester assez discret. Comment donc résister à l'envie d'interviewer ces gens-là, eux qui ont réussi à remettre au goût du jour le rock 'n roll des seventies ? C'est le chanteur Olav Iversen qui nous accorde 20 minutes de son temps, pour répondre à nos interrogations et nous parler un peu de leur dernier album en date, Sahg II (chronique ici).


Cosmic Camel Clash : Vous avez joué au bar Fru Lundgreen à Trondheim, en Norvège, mais également dans de grands festivals comme le Hole in the Sky de Bergen ou le Wacken Open Air. Vous faites aussi partie de la prochaine affiche du Metal Camp. Comment est-ce qu'un jeune groupe comme le vôtre perçoit-il cette opportunité de jouer dans de si prestigieux festivals ?

Olav Iversen : En effet, je pense que nos débuts ont été assez rapides avec le groupe. Avant même la sortie de notre premier album, nous avons joué au festival Inferno à Oslo, ce qui a été un grand évènement pour nous. Plus tard dans la même année nous avons fait le Hole in the Sky (ndlr : un festival dans la ville natale du groupe, Bergen, en Norvège), ainsi que ce Wacken Open Air l'an dernier. C'est sympa d'avoir de telles occasions pour un groupe se situant encore dans ses débuts, alors que beaucoup d'autres groupes ont été obligés d'emprunter pour cela un chemin beaucoup plus long. Je pense que nous sommes chanceux par rapport à cette situation.

Cosmic Camel Clash : Penses-tu que c'est de la chance pure ou as-tu une autre explication pour ce succès pratiquement instantané ?

Olav Iversen : Depuis le début, nous étions déterminés sur ce que nous allions faire. Nous avons chacun une certaine expérience, puisque nous avons joué séparément dans plusieurs autres groupes dans le passé. Notre son est donc venu assez rapidement par rapport à cette mise en commun. Nous savions précisément ce que nous voulions faire, et je pense que cette expérience que chaque membre a pu acquérir avec le temps a été très importante pour le développement du groupe.
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Cosmic Camel Clash : Je pense qu'il est clair que Black Sabbath fait partie de vos sources d'inspiration. Quels sont leurs albums ou chansons qui vous ont le plus marqué ?

Olav Iversen : Il y a une poignée de bons albums chez eux. Pour ma part, je trouve Paranoid impressionnant. D'ailleurs, c'est le premier album que j'ai reçu étant gamin, donc il y a pas mal de chansons sur ce disque qui m'ont inspiré. Et aussi l'album qui est sorti juste après, Master of Reality, sur lequel se trouvent plusieurs titres devenus des classiques. C'est donc un album qui est à l'origine d'un tas de chansons, par plein d'autres groupes contemporains à Black Sabbath. Finalement, tous les albums de ce groupe sont bons, mais j'avais envie de mentionner ces deux-là, ainsi que leur premier disque sur lequel Dio a chanté, Heaven and Hell, un classique lui aussi, bien que différent de leurs premiers disques mais toujours aussi excellent. C'est un tournant sur lequel ce chanteur a pu apporter beaucoup au groupe, c'est donc un autre de mes favoris.

PhotoCosmic Camel Clash : Vous êtes-vous inspirés d'autres groupes, films ou livres ?

Olav Iversen : Il y en a tellement ! Pour les paroles, je peux m'inspirer un peu de tout, ce qui inclut des livres que je lis, des films que je vois et des paroles d'autres groupes. Concernant ces autres groupes, il y a beaucoup d'autres formations des années 1970 qui influencent Sahg, comme Deep Purple, qui est un groupe que j'ai beaucoup écouté ces derniers temps et qui a donc inspiré notre deuxième album plus que le premier. Je pense à leur Made in Japan, et au Live in California 74. Et puis Led Zeppelin aussi, bien-sûr. Nous nous sommes beaucoup appliqués à faire des chansons variées, différentes les unes des autres sur notre dernier album, ce qui fait partie de l'héritage de Led Zeppelin. En écoutant un de leurs albums on écoute plusieurs chansons très différentes les unes des autres, c'est pourquoi nous avons essayé de faire de même pour rendre le disque plus intéressant, à la fois pour l'auditeur et pour nous-mêmes. Nous voulions faire un album surprenant sur toute sa durée. À part ça, il y a eu Pentagram aussi à qui nous avons emprunté, pour ce qui est du riffing, du feeling global des chansons. Voilà, juste pour en mentionner quelques-uns.


Cosmic Camel Clash : Concernant ta manière de chanter, j'ai l'impression qu'il y a eu une évolution entre les deux albums, et que tu expérimentes de nouvelles choses sur Sahg II. Est-ce le cas ?

Olav Iversen : Oui, je pense que tu as raison. De la même manière que nous avons essayé de nouvelles méthodes d'écriture, j'ai expérimenté des trucs nouveaux par rapport à mes lignes de chant et à leurs mélodies. Nous n'avions pas pris énormément de risques sur notre premier album, pour le deuxième nous avons fait preuve de plus de courage. Pour le premier disque nous étions un tout jeune groupe, encore incertain de son identité et de ce qu'il allait faire, je pense donc qu'il s'agisse d'un développement naturel.

Cosmic Camel Clash : Concernant les paroles, certains groupes norvégiens choisissent de chanter dans leur langue maternelle. Est-ce un choix que Sahg pourrait partager un jour ?

Olav Iversen : Ah, c'est intéressant. Nous n'en avons pas vraiment discuté, en fait... cela pourrait arriver un jour. Mais bien que certaines de nos influences soient des groupes norvégiens des années 70, nous ne cherchons pas à être un groupe typiquement seventies, ce n'est pas ce que nous voulons être. Nous voulons créer quelque chose de nouveau, quelque chose d'intéressant, quelque chose que personne d'autre n'a fait. C'est un changement qu'on pourrait faire faire à notre musique à un certain stade de notre carrière, pour ajouter des éléments norvégiens à travers les paroles. L'idée est intéressante.
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Cosmic Camel Clash : Chaque membre de Sahg a joué dans plusieurs autres groupes différents, notamment des groupes de black ou de death metal. Sur scène, quelles différences ressentez-vous en fonction du style musical que vous jouez ?

Olav Iversen : C'est très différent. L'atmosphère avant de monter sur scène est très différente, et une fois que tu commences à jouer tu n'as plus l'impression d'être au même endroit en fonction du style joué. C'est l'expression de la musique qui prend le contrôle et qui te projette dans l'ambiance. C'est magique, en quelque sorte. Tu joues avec un groupe, tu fais ça, ton esprit est en un certain endroit. Lorsque je chante avec Manngård par exemple, l'ambiance est plus noire et dépressive, alors qu'avec Sahg c'est plus ouvert, plus expérimental aussi dans ma tête, c'est donc très différent.

PhotoCosmic Camel Clash : Comment les membres du groupe se sont-ils rencontrés ? Étiez-vous amis, tout d'abord ?

Olav Iversen : Oui, nous étions très bons amis, longtemps avant que Sahg ne soit fondé. À Bergen, la ville d'où nous venons, tous les gens du milieu rock / heavy metal se connaissent. Donc nous nous connaissons depuis longtemps, et nous avons d'ailleurs joué dans plusieurs groupes ensemble, des projets plus ou moins sérieux. Nous faisions la fête ensembles, et l'idée de fonder un nouveau groupe s'est pointée. Nous avions joué un tas de styles différents, et l'idée, avec Sahg, c'était de jouer le style duquel nous venions, musicalement parlant, nos racines musicales, d'essayer de jouer la musique que nous écoutions étant gamins, quand nous commencions à apprendre nous-mêmes à jouer de nos instruments, ce qui nous a ramené au metal des années 70.


Cosmic Camel Clash : Composez-vous de manière collective dans le groupe, ou plutôt individuellement ?

Olav Iversen : C'est différent d'une chanson à l'autre, mais la plupart du temps un des membres du groupe propose une idée de base pour un morceau, une sorte de point de départ, et à partir de là, parfois il finit la chanson lui-même, parfois le reste du groupe la finit ensemble. Il est aussi arrivé qu'on écrive des chansons ensemble intégralement, et c'est très sympa quand ça arrive. L'esprit d'équipe est très important pour nous, et écrire à plusieurs est tout l'intérêt d'être un groupe soudé. Il arrive d'ailleurs qu'une chanson soit finalement très différente de l'idée de départ que le membre qui l'avait proposée s'en était faite.

Cosmic Camel Clash : Peux-tu me dire s'il est difficile de vivre de sa musique, de nos jours, en Norvège, pour un groupe de rock/metal ? Avez-vous des jobs en parallèle ?

Olav Iversen : C'est très difficile, car même si le metal a plus de succès en Norvège que dans beaucoup d'autres pays, son succès commercial ne permet pas vraiment d'en vivre. Je pense qu'en Norvège, il y a relativement peu de musiciens metal ou même rock qui peuvent vivre de leur art. C'est un petit pays et le marché n'y est donc pas si important. Il y a assez peu de possibilités de scènes. Je pense donc que la plupart des personnes dans ce milieu ont des boulots à côté, pour vivre, ce qui est notre cas également, même si ça va de mieux en mieux et que nous avons l'espoir de pouvoir un jour vivre de notre musique.

Cosmic Camel Clash : Ouais, ce serait sympa !

Olav Iversen : Ouais !

Cosmic Camel Clash : Je suis tombé il y a quelques temps sur une vidéo dans laquelle on pouvait voir le chanteur d'Enslaved capturer un mouton appartenant à un ministre norvégien pour protester contre le téléchargement illégal de musique sur le net. Quel a été l'impact de cette vidéo en Norvège ? A-t-elle été relayée par les médias ?

Olav Iversen : Hum, non, pas vraiment. J'en ai entendu parler mais ça n'a pas fait beaucoup de bruit.
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Cosmic Camel Clash : Et quelle est votre opinion sur les logiciels de partage de musique "Peer-to-Peer" ?

Olav Iversen : Fondamentalement, je suis contre le téléchargement gratuit. C'est un art dans lequel quelqu'un a investi beaucoup d'énergie, et il serait donc normal que la personne qui souhaite en profiter paye pour, comme pour tout autre produit manufacturé. Donc, à la base, je suis contre cette façon de faire. Mais je ne pense pas pour autant que la répression soit une bonne idée pour la faire disparaître, puisque d'après moi c'est un problème d'attitude, dépendant de la manière de penser des gens, manière de penser qui devrait être modifiée par le comportement des grandes maisons de disques et des artistes mondialement connus. Mais en tout cas, je ne pense pas que la solution soit d'en faire tout un plat.

PhotoCosmic Camel Clash : De nos jours, certains artistes choisissent d'éditer leur musique sous la licence "Creative Commons", ce qui la rend libre au téléchargement, et qui permet même de la remixer ou de la modifier gratuitement. Penses-tu, comme d'autres musiciens que j'ai interviewés, que cette façon de faire puisse trahir le processus de création artistique que tu viens de décrire ?

Olav Iversen : Non, je pense que c'est une question de choix, chaque artiste devrait pouvoir choisir, entre donner sa musique et la vendre. C'est un problème délicat, puisque tu n'as pas envie de jouer sur scène et de prendre l'argent des gens, la musique est une forme d'art, et l'art ne fait pas toujours bon ménage avec l'argent.


Cosmic Camel Clash : Je te remercie pour ces 20 minutes d'interview, on peut s'arrêter là ou tu peux avoir le mot de la fin !

Olav Iversen : J'aimerais simplement ajouter qu'il ne faut pas hésiter à se pencher sur notre nouvel album (ndlr : Sahg II) dont nous sommes très fiers, et que nous espérons venir jouer en France prochainement, les concerts étant pour nous le meilleur moyen de présenter notre musique aux gens. Nous espèrons donc pouvoir faire cela au cours de l'année.

Cosmic Camel Clash : Bien, nous serons présents si vous venez !

Olav Iversen : Ok !




Crédits photo : www.myspace.com/sahg


Questions, traduction et transcription : Dexxie


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