Aborted

Entretien avec Sven (chant), Seb (guitare) - le 29 mai 2008

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Gazus

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Lucificum

Une interview de




Aborted_20080529

Voilà maintenant près de 13 ans que les belges d'Aborted trainent leurs scalpels dans le monde bucolique du death metal. À l'occasion de la sortie du dernier album du groupe intitulé Strychnine.213, les Éternels ont eu l'occasion de rencontrer Sven et Seb, respectivement chanteur et guitariste du groupe, pour une sympathique interview dans la cave du Katabar.


Gazus : Strychnine.213 semble être modérément apprécié par certains fans qui le considèrent comme plus commercial et moins violent….qu’en pensez vous ?

Seb : Il y a toujours des personnes qui sont mécontentes lorsqu'un nouvel album sort. Dans le cas de Strychnine, il y a eu de mauvaises réactions lorsque nous avons annoncé la tracklist de l'album, bien avant que celui-ci ne soit sorti. Ces personnes se fondaient sur les titres qui ne sont apparemment pas assez dans la veine de ceux qui sont sur nos précédents albums à leur goût, d'où les commentaires comme quoi nous devenions « commerciaux ». Par contre, après avoir écouté les morceaux que nous avons mis en ligne sur notre Myspace, certaines réactions se sont transformées en « Ah, oui, en fait c'est pas si mal ».

Gazus : Comment définirais-tu Strychnine.213 par rapport à Slaughter And Apparatus : quelles ont été leurs différences au niveau de la conception et de la composition ?

Sven : Slaughter And Apparatus est un album composé uniquement par Seb et moi-même et le groupe, à l'époque, n'avait pas répété les morceaux ensemble avant d'aller en studio. En ce qui concerne Strychnine.213, le groupe s'est réuni et nous avons longuement répété, pour ensuite aller en studio enregistrer l'album.

Seb : Nous travaillons désormais chacun de notre côté, avec ma guitare, une boite à rythmes et Protools pour ma part, par exemple, et nous nous envoyons des maquettes de morceaux par Internet. Nous avons un forum interne réservé aux membres du groupe au sein du forum d'Aborted, où nous discutons de ces maquettes, des structures, de tel ou tel riff, si celui-ci ne va pas, si celui-là ne pourrait pas être joué différemment. Au final, nous nous voyons, nous finalisons les choses en donnant des idées, nous répétons et voilà. Ainsi, chacun a le droit de donner son avis, d'apporter des idées. C'est assez ouvert.

Sven : Pour cet album, nous nous sommes enfermés pour une semaine de répétitions intensive, suivie d'un break avant d'aller enregistrer l'album.
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Gazus : Sven, peux tu nous expliquer la signification du titre ? Tout le monde ne sait pas ce qu’est la Strychnine…et pourquoi 213 ?

Sven : Hé bien la strychnine est une substance stimulante à faible dose mais qui est aussi et surtout un poison violent à des doses plus fortes. «213» fait référence à un tueur en série, Jeffrey Dahmer, qui entraînait ses victimes dans la chambre 213 d'un hôtel, avant de les droguer pour les torturer et les tuer. Slayer a déjà écrit un morceau intitulé "213" qui parle de ce Jeffrey Dahmer, mais Strychnine.213 ne parle pas uniquement de ce tueur en série mais des tueurs en série plus généralement. D'où le titre, un parallèle entre la strychnine, ce poison violent et 213, qui renvoie aux meurtres en série.

Gazus : Comment s’est passé le changement de line up et pouvez-vous nous présenter les nouveaux membres ? D’où viennent-ils et qu’apportent-ils à Aborted ?

Seb : Globalement, les raisons du « gros » split qu'il y a eu avant l'album étaient principalement de gros problèmes d'égo. Les personnes concernées n'étaien pas là pour les mêmes raisons que nous et n'étaient pas réellement impliquées dans le groupe sinon pour, d'une part, se faire une réputation en tant que musicien et d'autre part, se faire éventuellement de l'argent, ce qui dès le départ était un mauvais calcul...

Sven : (l'interrompt) Je ne suis pas sûr, nous nous faisons quand même une masse de thunes, nous sommes des vendus... (rires)

Seb : Voilà, ils voulaient des BMW, nous ne pouvions leur offrir que des Toyota... (rires) Et il y avait surtout de gros problèmes humains qui ont fait que les choses n'ont pas pu continuer avec Gilles (ex-batteur) et Olivia (ex-bassiste) dans un premier temps, ensuite...

Sven : (l'interrompt de nouveau) Je pensais que nous avions mis une nouvelle règle comme quoi pour rester dans le groupe il fallait passer pouvoir aller sur tous les manèges XFlight...

Seb : ... et Gilles ne pouvait pas. (rire général) Bref, finalement, Peter (Goemaere, actuel guitariste du groupe), qui nous avait dépanné lors d'un concert en Israël, est resté avec nous sur l'album pour faire la basse car il faisait bien l'affaire, étant un mec bosseur et motivé et aussi parce qu'il avait les cheveux courts, comme tout bon bassiste. L'autre guitariste s'est coupé les cheveux et a voulu se concentrer sur son autre groupe, il s'est donc en allé et nous l'avons remplacé par Peter...

Sven : ... qui avait les cheveux qui commençaient à pousser.

Seb : Voilà. D'ailleurs il se les est coupé récemment ce qui fait que je ne sais pas ce qu'on va bien pouvoir faire maintenant... (rire général) Pour la suite, nous avons eu un batteur de session sur album, nous avons tourné avec quelques batteurs de session...

Sven : Nous n'avons pas vraiment tourné.

Seb : Il y a eu quelques dates avec Étienne Gallo (batteur d'Augury et Negativa).

Sven : C'est juste. Par la suite nous avons fait deux ou trois concerts avec le batteur de God Dethroned mais juste avant ça, nous avions déjà trouvé les nouveaux membres, Dan (Wilding à la batterie, qui vient d'Angleterre... bon, je ne peux pas dire des choses sur lui dans son dos, vu que c'est déjà assez grave qu'il vienne d'Angleterre (approbation amusée de Seb), quant à Svenchi (actuel bassiste du groupe), il ne faut pas non plus dire du mal de lui étant donné qu'il s'appelle Sven, ce qui est aussi assez grave...

Seb : ... puis il vient d'Anvers...

Sven : ... et il n'a pas de cheveux...

Seb : Il vient d'Anvers, il n'a pas de cheveux... c'est un peu une version belge de Krilin de Dragon Ball Z... (rire général) Mais on l'aime, « God bless you »...

PhotoGazus : Vous cumulez beaucoup au sein de votre groupe, c'est un véritable freak show on dirait bien ! (rires)

Sven : Exactement. Plus sérieusement, nous avions déjà le line-up avant la sortie de l'album mais Svenchi et Dan n'avaient pas encore eu le temps de bosser la setlist complète, mais juste après les trois concerts que nous avons joués pour la sortie de l'album, le line-up était enfin fixe.

Seb : Et nous tournons mille fois mieux depuis. Les répercussions de ce line-up sur le groupe sont les suivantes : nous sommes tous ravis d'aller en concert étant donné que nous nous entendons bien, les concerts sont bien plus pros, carrés, car tout le monde est en place, qu'il s'agisse des nouveaux ou des anciens morceaux. Le tout tourne beaucoup mieux, nous jouons ensemble, c'est véritablement un groupe, d'autant plus que comme dit précédemment, chacun est impliqué dans la composition et à tous les autres niveaux. Ce n'est plus un groupe avec quelques mecs qui poussent le truc et les autres qui sont derrière, à la traîne et qui attendent juste d'avoir un chèque à la fin. Avec le nouveau line-up, nous sommes tous impliqués, qu'il s'agisse de la composition, donc, ou de l'organisation de rendez-vous et autres, jamais les choses n'ont été aussi faciles, parce qu'il y a maintenant un collectif derrière tout ça.


Gazus : On trouve de nombreux soli et une approche presque plus mélodique sur certains titres… Aborted va-t-il continuer sur cette voie là ?

Sven : Nous verrons bien ce qui se passera sur le prochain mais pour l'instant, nous nous concentrons sur le nouveau. Toutefois, on pense de plus en plus à l'incorporation du kazoo, afin d'aider sur les solos. (rires)

Seb : L'évolution me paraît assez cohérente. Il y avait déjà des aspects mélodiques précédemment, à partir de Goremaggedon, puis un peu plus sur The Archaic Abattoir, peut-être encore un peu plus sur Slaughter...... C'est vrai que le tout est plus mélodique. Je pense que les gens qui ne connaissent pas bien Aborted sont choqués, mais que ceux qui connaissent bien les albums précédents vont retrouver ces éléments qui étaient déjà présents mais qui n'étaient pas très développés. Les solos de guitare par exemple.

Sven : Je pense que ça se remarque plus sur le nouvel album à cause la plus grande différence de dynamique qu'auparavant. Il y de nombreux passages où la musique ralentit, accélère, etc. Le côté mélodique en ressort plus, puis il y a le fait que la production est bien plus «clean». Sur Goremaggedon par exemple, il y a beaucoup de mélodies, mais la production est si agressive, que les gens prennent l'album pour plus agressif qu'il ne l'est réellement. Ici, la production est beaucoup plus claire, ils peuvent donc entendre tous les détails. « Aaargh, de la mélodie ! »

Gazus : Il y a même des passages électroniques sur ce nouvel album, notamment sur le titre "The Chyme Congeries". Vous comptez continuer à en incorporer ?

Seb : Je ne pense pas que nous nous forçons à aller dans une direction particulière, l'évolution se fait, je pense, spontanément. Si tu écoutes bien les deux précédents albums, tu y trouveras aussi des lignes de synthé...

Gazus : Vous ne comptez donc pas engager de claviériste ?

Seb et Sven : (en chœur) Non ! (rires)

Sven : Sauf si elle a de gros seins.

Seb : Il faut oui. Un claviériste c'est toujours chiant sur scène, donc autant qu'il y ait quelque chose à montrer. (rire général) Personnellement, je ne verrais pas de claviériste dans Aborted.

Sven : D'autant plus que nous ne jouons pas les parties de clavier en live.

Seb : Nous allons peut-être faire quelque chose pour l'introduction du dernier album, si jamais nous la jouons sur scène, auquel cas nous utiliserons des bandes, avec probablement un petit arrangement avec un peu de synthé, mais cela restera mineur. Le son d'Aborted n'est pas définitif.

Sven : Aborted est bien plus tourné live et orienté vers l'énergie qui en découle, tant en brutalité qu'en groove. Nous préférons donc jouer vraiment « live », plutôt qu'en devant se caler parfaitement sur des synthés. Comme l'a dit Seb, ce n'est pas ces détails qui vont définir le son du groupe, il faut plus considérer cela comme des extras présents sur album.
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Gazus : Aborted semble être très actif en terme de concerts et de production : est-ce un rythme difficile à suivre ?

Sven : Je pense que nous n'en tenons pas vraiment compte en ce moment, étant donné que tout se passe bien dans le groupe et que tout le monde s'éclate. Une tournée est finie que déjà nous avons envie de repartir, tellement les choses vont bien, tant humainement qu'en concert. C'est dur, notamment en ce qui concerne la vie privée, surtout en ce qui concerne l'argent. Lorsque tu joues du death metal, la thune n'est pas vraiment là. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, nous ne gagnons pas spécialement d'argent en masse. Nous sommes déjà contents lorsque nous rentrons de tournée de pouvoir payer les factures qui nous attendent à la maison. C'est difficile et facile à la fois en fait.

Seb : Il n'y a rien à ajouter.

Gazus : Il est aujourd'hui impossible de vivre uniquement de sa musique, beaucoup de groupes croulent sous les factures, d'autant plus que le metal n'est pas non plus un genre musical particulièrement reconnu en France...

Sven : Dans notre cas, les choses sont très simples : il faut avoir un boulot à plein temps à côté. Seb, par exemple, est ingénieur du son et heureusement, c'est un travail qui lui permet de gérer son temps. Lorsque nous sommes en tournée, il ne peut pas bosser pendent un long moment, ce qui est dur. Je travaille pour un label et je ne gagne pas d'argent lorsque je pars en tournée... Heureusement, nous avons tous des boulots qui nous laissent la liberté de pouvoir partir en tournée...

Seb : C'est impératif.

Sven : Cela implique aussi que l'on fasse des boulots qui ne correspondent pas à la totalité de nos compétences et de nos capacités. C'est un véritable sacrifice à ce niveau, par exemple de ne pas bosser pour une grosse firme grâce à laquelle tu gagnerais très bien ta vie. Nous ne pouvons pas prendre des boulots comme ça tout en ayant le groupe à côté. Il nous faut choisir un travail qui nous laisse cette liberté. Pour Peter, ce n'est pas facile du tout. Il a fait de grosses études, mais ne peut pas avoir un travail qui correspondrait à son niveau; ils ne le laisseraient jamais partir. Il doit donc se contenter de faire des boulots de merde pour pouvoir partir en tournée avec nous. Contrairement à ce que beaucoup disent sur des groupes de death qui commencent à monter, par exemple que ce sont des vendus ou encore que ce ne sont que des machines à fric, ce n'est vraiment pas le cas et tout cela demande des investissements et des sacrifices au niveau personnel que ces personnes ne peuvent pas imaginer.

Seb : À notre stade, pour que puissions vivre de notre musique, il faudrait, ce qui est totalement impossible, que nous tournions douze mois par an. Dans ces cas-là, il n'y a pas de frais, il n'y a plus besoin d'avoir une maison... Mais il n'y a pas non plus de vie privée et physiquement, je ne pense pas que cela soit tenable.

Sven : C'est parfaitement possible pour de plus gros groupes qui touchent de plus gros cachets et qui vendent plus d'album.

Seb : Je pense que ces dernières années, il y a eu une progression chez Aborted qui fait que les tournées sont moins désastreuses. Lorsque nous revenons de tournée, nous savons désormais que nous sommes tranquilles pour payer les factures, le loyer, etc. Ce serait bien que nous puissions commencer à être un peu plus aisés, à avoir une sécurité de plus. C'est vrai qu'avec le métier que j'ai, si par exemple je rentre de tournée et qu'il n'y a pas de travail pour moi pendant le mois qui suit... là je suis dans la merde. Je pense que notre objectif à tous est de revenir de tournée et d'être tranquilles durant un mois pour au moins se remettre dans le bain.

Sven : C'est la même chose pour Peter qui travaille pour des boites d'intérim. S'il rentre et qu'il n'y a aucun travail pour lui, il est dans la merde. J'ai de la chance d'avoir un emploi qui me permet de me remettre au travail dès mon retour de tournée. Pour les autres, ne pas trouver de travail tout de suite fait que le mois qui suit risque d'être très dur à vivre. En même temps, l'argent n'est pas la raison principale qui nous pousse à jouer de la musique.

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Gazus : Il y a des fans qui semblent regretter l’époque Gormaggeddon : pensez-vous un jour revenir musicalement sur cette époque ?

Sven : Je n'en vois vraiment pas l'intérêt, personnellement. S'ils veulent écouter Goremaggedon, ils peuvent écouter le disque, nous en jouons des morceaux en live... Je ne trouve aucun intérêt à se répéter tout le temps. De même, si nous avions fait un Goremaggedon 2, il y aurait eu autant de monde qui aurait dit « Ils ont trouvé un truc et restent dessus ». En même temps, Archaic... et Goremaggedon, qu'on le croie ou non ne sont pas vraiment éloignés. Une fois de plus, c'est surtout la production qui fait la différence. Comme je le disais précédemment, c'est la production très violente de Goremaggedon qui donne cet aspect encore plus brutal aux compositions, mais si l'on écoute bien les riffs, il y a pas mal de mélodies dans ce disque.

Seb : Et de même, il y a des riffs dans le dernier album qui auraient pu se retrouver dans Archaic... ou Goremaggedon. La production est très différente mais bon, nous n'allons pas sortir des albums qui sonnent toujours de la même manière, avec toujours les mêmes chansons. Certains groupes choisissent de faire ça, c'est un choix comme un autre, mais nous, nous voyons les choses différemment.

Gazus : Sven, quels thèmes as-tu choisi cette fois-ci pour les paroles des chansons ? Toujours aussi inspiré par le côté « medecine-gore » ?

Sven : Comme je te le disais plus tôt, cette fois-ci, l'album parle plus de tueurs en série et de choses un peu plus réalistes. L'album parle de différents tueurs et il y a quelques morceaux qui parlent de sujets un peu plus personnels. Il y a aussi "The Chyme Congeries", un morceau qui parle de merde, tout simplement. Les sujets sont assez différents et il y a un aspect social qui vient se greffer à tout cela. Les tueurs en série ne sont pas des monstres nés comme tels, pour tuer des gens. Il y a bien une origine et d'un côté c'est un peu un miroir, une réflexion de la société de ces dernières années. Les tueurs en série sont un phénomène assez moderne, qui date du dernier siècle et je trouve que c'est un sujet intéressant, notamment dans le fait d'étudier ce qui a poussé ces gens à devenir ce qu'ils sont.

PhotoGazus : Y a-t-il des thèmes que vous vous interdisez de traiter dans Aborted ?

Sven : Tout ce qui est politique. Nous ne sommes pas un groupe politique, nous ne sommes pas là pour faire passer des messages de droite ou de gauche, nous n'avons rien à foutre de la politique qui, pour moi, n'a rien à voir avec la musique. Ça n'a pas de sens. Même en ce qui concerne la religion... De temps en temps c'est une source d'inspiration intéressante, contrairement à la politique.

Seb : Les gens ne vont pas écouter cette musique-là pour ça, de toutes manières. Ce n'est pas le lieu propice à ce genre de débat.

Sven : Nous sommes là pour faire de la musique avant tout ainsi qu'une sorte d'« entertainement ».

Seb : D'autre part, nous sommes réunis dans ce groupe principalement autour de la musique, tandis que nous sommes assez différents sur le plan de la politique, nous avons cinq sensibilités assez différentes et ce sont des choses dont nous pourrions parler entre nous, mais sur disque... De plus, nous ne pourrions pas utiliser une voix pour représenter cinq opinions différentes, il n'y aurait donc pas de sens à ce que nous parlions de politique.


Gazus : Que pensez vous de la scène extrême belge ? Et plus généralement, en Europe et dans le monde ?

Sven : La scène belge est franchement pas mal du tout, il y a toute une masse de groupes, mais le seul problème que je vois en Belgique est qu'il a des groupes locaux qui jouent beaucoup trop souvent au même endroit. La Belgique est un tout petit pays et il y a des groupes qui jouent limite autour de l'église chaque semaine, parfois tu peux voir jusqu'à sept concerts de groupes différents. Tout cela influe sur les gens qui viennent aux concerts, car il faut être franc : si tu peux voir un groupe tous les week-ends ou toutes les deux semaines, tu feras de moins en moins d'efforts pour aller les voir. Toutefois il y a des groupes qui ont un certain talent mais qui ont des problèmes pour sortir du pays. Ce qui revient au problème abordé plus tôt : ce n'est pas facile pour tout le monde de sacrifier sa vie personnelle et conduire huit, neuf heures, sinon plus, pour aller faire un concert où tu n'es même pas sûr d'avoir un cachet ou suffisamment de gens venus pour te voir. Il faut faire des sacrifices et jouer, mais il y a un nombre de groupes et une scène assez active, le forum deathmetal.be marche vraiment très fort, l'équivalement belge de VS pour la France. Je pense que c'est plus ou moins la même chose dans toute l'Europe, exception faite de l'Allemagne où l'on trouve une scène très forte. Même chose en Angleterre.

Seb : Il y a le même problème en France. Il y a des groupes qui ont un potentiel musical assez développé mais qui s'imaginent qu'il suffit d'enregistrer une maquette ou de faire un groupe près de chez eux pour avoir la gloire. Ils ne font pas la démarche d'essayer de sortir de leur ville et encore moins de sortir de la France. C'est le gros problème de la France d'ailleurs. Ils s'imaginent que la France sera un marché suffisant alors qu'il s'agit de metal. Les seuls qui ont réussi à sortir jusque là sont Gojira... Arkhon Infaustus aussi, Hacride... Il y a quelques groupes qui ont la volonté de se sortir les doigts du cul et d'aller de l'avant. À part eux, il manque vraiment une mentalité «pro» en France.

Sven : Si tu veux sortir de ton pays, tu vas commencer par manger de la merde. Même si un groupe fait un album qui est bien, que des gens veulent voir ce groupe, rien ne dit qu'il aura le cachet que certains groupes peuvent avoir en France ou en Belgique où les gens connaissent déjà le groupe. Il faut savoir faire le sacrifice de jouer pour un cachet bien moins important et de perdre de l'argent au début afin de jouer devant un public que tu ne connais pas. Les promoteurs n'ont aucune garantie qu'ils vont ramener assez de monde et parfois ne vont pas payer les sommes que réclament certains groupes. Alors tu bouffes de la merde, mais tu fais de ton mieux, « Ok, on va faire un putain de concert » et même s'il n'y a que cinquante personnes, ces cinquante personnes en parleront à tous leurs amis, ce qui peut parfois garantir le double de monde, sinon plus, au concert suivant. C'est là tout le but de faire des tournées en tant que petit groupe. Dans le metal, c'est le live qui vend la musique. Il faut donner tout ce qu'on a sur scène. Surtout que, même si tu es en tête d'affiche, les gens ont tout de même payé pour te voir et sont en droit d'avoir un concert de qualité.



Crédits photo:
www.myspace.com/abortedmetal



Questions : Lucificum & Gazus
Traduction - transcription : Gazus


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