Gojira

Entretien avec le groupe au complet - le 10 septembre 2008

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Gazus

Une interview de




Gojira_20080910

Mercredi 10 Septembre 2008, la fin du monde annoncée pour le matin n'a pas eu lieu et c'est tant mieux. En effet, dans le sous-sol de la Cantada, bar rock situé à Paris, un peu plus d'une trentaine d'individus sont réunis dans un seul et même but : écouter en avant-première, le nouvel album de Gojira, The Way Of All Flesh, dont la sortie est prévue pour le 13 Octobre.


Avant de décrire assez sommairement les titres de cet album, il est important de noter que les conditions d'écoute n'étaient pas spécialement formidables, le son manquant totalement de graves. Impossible donc de juger la qualité de la production durant cette écoute. Ce détail annoncé, passons à la musique.

Titre d'ouverture, "Oroborus" semble reprendre les choses là où le groupe les avait laissé dans From Mars To Sirius, sur le titre "Global Warming", avec un riff hypnotique tout en tapping qui démarre fort brusquement et de manière bien plus directe que ne le faisait "Ocean Planet". Les blast-beats sont présents et si la première partie du morceau est purement instrumentale, on est sûr, dès l'arrivée du chant de Joe Duplantier, qu'il s'agit bien du groupe français, tant les lignes de chant sont marquées d'une « patte Gojira ».

Contrastant avec le premier titre, "Toxic Garbage Island", au contraire, s'ouvre dans une certaine douceur, par une introduction samplée, avant explosion. Le beatdown fait office de refrain, où l'on retrouve les riffs lourds coupés d'harmoniques chers au groupe. L'ambiance qui se dégage du titre est forte, tandis que Mario Duplantier impressionne dans les passages atmosphériques remplis de double pédale, tendant parfois vers le postcore.

"A Sight To Behold" démarre étrangement, avec un couple synthé et batterie, jusqu'à l'arrivée de la voix, traitée avec un vocoder. L'effet est surprenant et rend très bien, au final. La première partie est d'autant plus surprenante qu'elle groove, emmenée par la batterie, batterie qui ne sera pas épargnée durant les passages « grind » : double pédale à souhait, descentes de toms et massacre de peaux et de cymbales au menu. Le refrain laisse place au chant hurlé mélodique, tandis que le titre se clôt de manière brusque.

"Yama's Messenger" est facilement définissable en quelques mots après une première écoute. Introduction oscillant entre le rouleau compresseur et le marteau-piqueur, blast-beats à souhait et passages atmosphériques toujours présents.

Ce titre contraste d'ailleurs avec "The Silver Cord", plage atmosphérique de l'album, dont l'introduction à la guitare en son clair rappelle celle de "Flying Wales" sur l'album précédent, de manière toutefois moins contemplative. On respire durant cet interlude apaisant, avant de se prendre le titre suivant en pleine poire.
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Car "All The Tears" tape fort avec un démarrage « In Your Face ». On retrouve certains gimmicks du groupe, notamment les riffs compresseurs et les downbeats aux riffs lourds entrecoupés d'harmoniques, une batterie violente à souhait qui part dans tous les sens. On ne respire plus, sans toutefois étouffer, jusqu'à la fin, brusque, du titre. Ce n'est pourtant rien au vu de ce qui s'annonce.

"Adoration For None" suscitait de nombreuses attentes, notamment en raison de la présence Randy Blythe, chanteur de Lamb Of God, premier véritable guest de l'histoire de Gojira. Malheureusement, les conditions d'écoutes énoncées plus haut font qu'il était impossible de distinguer les deux chanteurs. En revanche, d'un point de vue instrumental, le titre est le plus extrême de l'album, toujours dans le style « roule compresseur à la Gojira » et se distingue par une touche black metal apportée par certains riffs.

Photo"The Art Of Dying" surprend, introduit par des percussions, soutenues par un mantra, chant tibétain, dans le fond. La grosse caisse vient rythmer le tout tandis qu'un crescendo se fait, jusqu'à l'explosion metal, qui garde toutefois ces étranges chœurs, mêlés aux guitares, en arrière plan. Les breaks sont ponctués de touches tribales et les transitions entre parties atmosphériques et violentes sont jouissives, menées par un chant hurlé mélodique efficace, tandis que le beatdown est tout bonnement hypnotique.

"Esoteric Surgery" démarre aussi avec une introduction toute en ambiances, avec un son de guitare clair joué à l'archet. Lorsqu'arrive l'explosion typique, on est heureux de constater que Joe est décidément en forme vocalement. Musicalement, le titre tape comme à l'accoutumée; on se prend de la double pédale plein la face, tandis qu'un passage rappelle même "Bleed" de Meshuggah. Un beatdown mélodique et à l'aspect dramatique fait office de point d'orgue, avant le final au son étrange de guitare clair du début du titre.


"Vacuity" est le seul titre tiré de The Way Of All Flesh disponible au public jusqu'à ce jour (via le Myspace du groupe). Présentant une première partie écrasante, le morceau s'envole par la suite vers un aspect plus grind, avant de ralentir la vitesse et de retourner vers l'aspect massif et lourd du début. Les voix doublées lors des couplets surprennent dans un premier temps, s'accordant avec la lourdeur de l'ambiance.

Morceau lourd de l'album avec "Vacuity", "Wolf Down the Earth" est un titre au tempo peu rapide, malgré la présence de quelques blast-beats. Gojira « fait du Gojira » et cette lourdeur bienvenue est au final jouissive.

"The Way of All Flesh", morceau-titre de l'album débute en douceur, à la manière de "Esoteric Surgery". Ruptures brusques, ralentissements de tempo, breaks contemplatifs ramènant à "Ocean Planet", le titre est fouillé et diablement plaisant à l'écoute. On retrouve un étrange mantra, visiblement chanté par Joe, avant la dernière partie, hypnotique à souhait, comme l'était "Global Warming" à la fin de From Mars To Sirius et "Oroborus" au début de ce nouvel album. L'album se conclut sur un crescendo qui s'intensifie. Jusqu'à ce que le silence se fasse.

Après cette unique écoute, on pourrait situer The Way Of All Flesh comme la suite logique de From Mars To Sirius. Le groupe continue d'innover et de faire évoluer sa musique. Reste à attendre sa sortie pour pouvoir mieux juger la chose.

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Une demi-heure plus tard environ, Gojira arrive sur les lieux, en vue d'une conférence de presse. Tout le monde est installé, presse, groupe et verres d'eau (« Oui, de l'eau. C'est Gojira, pas Motörhead ! ») : tout ce petit monde est parti pour près d'une heure et demie de questions-réponses qui s'annonce assez vite plutôt conviviale.

Pourriez-vous nous parler des thèmes abordés dans l'album ? Retrouve-t-on les thèmes qui vous sont chers, à savoir la nature, l'écologie, l'introspection...

Joe Duplantier : Euh... oui... Bonjour tout le monde d'abord ! (un bonjour collectif a alors lieu) Le titre de l'album fait directement référence à la mort; la notion de mort dans toute chose qui est au final une réflexion sur la vie à travers l'idée de la mort. Je pense que l'on peut aborder les questions existentielles ou la vie de n'importe quel point de vue et nous avons ici choisi celui de la mort. C'est vrai que c'est un sujet vraiment propre au metal et qui fait partie de son imagerie, mais il s'agit pour nous d'une évolution, car nous explorons et considérons la question sous un aspect plus noir que d'habitude, ce que je trouve intéressant, d'autant que peut-être qu'avec le temps passe, plus nous vieillissons dans le groupe, plus nous commençons à nous intéresser à la mort... Enfin... (rires). Personnellement, je suis arrivé avec cette idée de la mort, étant donné que je m'occupe des textes; j'ai passé le cap des trente ans entre le troisième et le quatrième album et je sais que c'est quelque chose qui m'est venu à l'esprit différemment que d'habitude. Gojira a toujours été une exploration de soi, des questions existentielles... Cette fois-ci, tout cela passe donc par le biais de la mort.

Est-ce que c'est de nouveau Laurent Etchemendy qui s'est chargé de la production et comment les habitudes ont-elles changé ?

Mario Duplantier : Nous avons travaillé différemment sur cet album car nous en avions envie. Il est vrai que pour le deuxième et le troisième album nous avions travaillé « en famille », soit le groupe et notre ingénieur du son live. Cette formule a bien marché et nous nous sommes beaucoup épanouis, mais nous avions besoin de changement, de fonctionner différemment. Nous nous sommes donc demandé ce dont nous avions envie; personnellement, en tant que batteur, j'avais très envie d'enregistrer avec une autre personne; non pas que ça ne fonctionnait pas auparavant, mais juste pour l'expérience. Gojira est notre vie, nous ne bossons qu'autour de ce projet, d'où le fait qu'il est important de choisir les expériences que nous voulons vivre. Nous faisons un album environ tous les trois ans et réfléchissons beaucoup à la manière dont nous voulons le faire. Là, je ressentais le besoin de travailler avec quelqu'un d'autre et nous avons parlé de Logan Madder, l'ancien guitariste de Machine Head aujourd'hui producteur, avec qui Joe, via le projet des frères Cavalera, avait travaillé aux États-Unis. Il m'avait parlé de l'expérience, ce qui m'a donné la puce à l'oreille et m'a donné envie de vivre la même chose. Nous avons donc décidé de scinder l'enregistrement en deux parties : d'une part, nous enregistrions les batteries dans un studio énorme avec un producteur qui connaît très bien son métier, ce qui nous soulageait dans un même temps d'une étape un peu délicate. Enregistrer les batteries demande une très bonne pièce, beaucoup de micros, beaucoup de bonnes conditions et nous étions un peu fatigués d'avoir beaucoup tourné. Nous nous sommes dit « Si on peut éviter tout ce boulot, le léguer à quelqu'un d'autre, cela nous ferait du bien ! » Il y avait donc deux aspects dans cette démarche : l'envie d'une nouvelle expérience et nous soulager de cette étape infernale qui est d'enregistrer la batterie, surtout dans le metal. Il faut que ça sonne, on ne peut pas juste mettre un micro d'ambiance, il faut que ça soit parfait, vu qu'il s'agit du nerf de la musique, un peu comme son poumon. Nous sommes donc partis à Los Angeles, nous avons bossé huit jours avec Logan Madder. Tout a été plié durant ces huit jours qui ont été une superbe expérience. À côté de ça, c'était moins compliqué pour nous d'enregistrer les guitares, la basse et le chant dans notre studio, ce qui fait que nous sommes retournés en France et avons enregistré le reste chez nous. Pour le mixage, qui est un gros casse-tête, nous n'avions pas envie de nous investir comme nous l'avions fait par le passé, pour des raisons de délais, notamment des tournées. C'était soulageant de le confier à quelqu'un d'autre et d'avoir une oreille extérieure qui se pose sur notre son. Du coup, le mixage a été fait par Logan Madder aux États-Unis, ainsi que le mastering, en même temps. Il associe mixage et mastering dans sa façon de travailler. Nous avons ainsi pris un certain recul par rapport à toutes les étapes d'enregistrement, ce qui nous a fait un grand bien. Nous écoutons cet album différemment de la manière dont nous écoutions les précédents, où nous créions tout... On peut vite finir névrosé dans cette démarche. Cela faisait du bien de se dire « Ah tiens, il a bossé comme ça... ». Il y avait un recul très plaisant...

On trouve beaucoup de références au bouddhisme dans ce nouvel album, que ce soit dans le thème, avec l'immortalité de l'âme, dans la pochette, dans le titre des chansons, notamment "Vacuity"... Que représente pour vous le bouddhisme; s'agit-il d'une influence ou est-ce une philosophie à laquelle vous adhérez ?

Joe Duplantier : Nous ne sommes ni pratiquants, ni un groupe religion, mais plutôt sympathisants des idées que l'on trouve dans le bouddhisme, que ce soit dans nos discussions, nos réflexions sur les étapes qui se trouvent devant nous, de comment nous pouvons surmonter les obstacles... Nous nous intéressons aux différentes philosophies, aux questions sur la vie et la mort en général, et il est vrai que l'on se retrouve un peu dans les idées du bouddhisme. Lors de l'écriture des textes, j'ai assisté à un enseignement sur le thème de la mort, fait par un moine bouddhiste appelé Mogchok Rinpoché qui se trouvait non loin de chez moi et qui a duré deux jours. Vu que j'écrivais sur le sujet, cela tombait bien, et j'ai trouvé de nombreux éléments qui me parlaient directement, étaient inspirants et riches de sens. Concernant le bouddhisme, donc, je dirais que nous sommes sympathisants de cette philosophie.
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À suivre




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