Backyard Babies

Entretien avec Dregen (chant+guitare) - le 15 septembre 2008

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Alexis KV

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Cosmic Camel Clash

39
Pietro

Une interview de




Backyard_Babies_20080915

Contrairement à beaucoup de groupes établis depuis vingt ans qui ont finissent par devenir des parodies d'eux-mêmes, les Backyard Babies ont toujours le feu sacré. La preuve ? Leur dernier album sobrement intitulé Backyard Babies (chronique ici) est une petite tuerie, raison de plus pour aller taper la discute avec le toujours très cool Dregen lors de son passage promo à Paris.


Cosmic Camel Clash : La première question sera évidemment : qui est-ce qui devrait « aller se faire foutre et crever » ? (ndCCC : référence à "Fuck Off and Die", single du dernier album des Backyard Babies)

Dregen : Et bien… j'ai combien d'heures pour tous les énumérer ? (rires) En fait, les paroles ne sont pas aussi agressives qu'elles pourraient paraître. Ce titre, en fait, parle de moi. Je suis convaincu que tout être humain sur cette planète a un bon côté, un côté lumineux, mais tout le monde a aussi un petit côté sombre, mauvais. J'ai donc écrit ces paroles comme une sorte de thérapie. Quand j'ai réalisé que mon côté sombre ressortait un peu trop, qu'il me faisait faire des choses stupides, j'ai voulu que ce côté sombre « aille se faire foutre et crève ».

Cosmic Camel Clash : C'est comme si quelqu'un d'autre qui s'adressait à toi ?

Dregen : Non, pas vraiment, c'est plutôt mon côté gentil qui s'adresse à mon côté sombre. Dans la vidéo que nous avons tournée pour ce titre et que vous pouvez voir sur le site www.backyardbabies.com, il y a ce concept de jeu des ombres : les ombres ne font pas la même chose que les musiciens.

Cosmic Camel Clash : Le nouvel album n'a pas de titre, il s'appelle simplement Backyard Babies. Est-ce que c'est parce qu'il offre un résumé de votre musique, ou bien vous aviez simplement la flemme de chercher un titre ?

Dregen : C'est venu assez tôt durant le processus de composition. Ce n'était pas forcément une évidence, mais nous nous sommes dits « c'est tellement du Backyard Babies ». Nous avions l'impression d'être arrivés à un sommet de notre carrière en matière de composition, d'identité. Si une personne voulait découvrir notre groupe, elle devrait commencer par cet album. Si ça ne lui plaît pas, ce n'est même pas la peine qu'elle essaye les précédents albums, parce que ce nouvel album représente un peu l'essence de notre musique. De plus l'année prochaine sera une date anniversaire pour les Backyard Babies : vingt ans avec le même line-up. C'est donc une manière de rendre hommage au nom de notre groupe.
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Cosmic Camel Clash : Comment expliques-tu que vous ayez pu vous supporter les uns les autres aussi longtemps ?

Dregen : Je ne sais pas, c'est une bonne question (rires). Depuis que nous avons fondé le groupe il y a vingt ans, je pense que nous avons toujours évolué, grandi en tant que groupe, nous apprenons toujours de nouvelles choses, nous pensons toujours que c'est un truc de fou que d'aller à Paris faire notre promo, et que la chose la plus fun qui puisse nous arriver, c'est de jouer dans un groupe de rock nommé Backyard Babies. Je ne sais pas vraiment quel est le secret, mais je pense que nous avons commencé comme quatre meilleurs potes, et que nous sommes toujours meilleurs amis. Nous avons grandi comme des frères, une sorte de famille. On n'a pas fini d'apprendre et j'ai hâte d'enregistrer le prochain album des Backyard Babies.

Cosmic Camel Clash : Vous n'avez donc pas ce problème de perte d'énergie des groupes qui restent trop longtemps ensemble ?

Dregen : Non, nous ne nous sommes jamais enfermés dans une impasse : chaque album est légèrement différent, chacun d'entre eux vit sa propre vie tout en portant l'identité des Backyard Babies. Je m'imagine bien les Backyard Babies sortir des albums après vingt autres années. Peut-être des choses plus posées, plus blues, mais qui auront toujours notre patte. Ce qui est bien avec la musique rock, c'est qu'il n'y a pas de date de péremption, et en même temps nous ne parlons pas de gobelins dans les forêts il y a deux mille ans, mais des choses telles qu'elles sont de nos jours. Nous n'essayons pas d'écrire des paroles aujourd'hui comme si nous avions dix-neuf ans, mais des paroles qui correspondent à nos trente-cinq ans. Si nous continuons dans cette voie, on aura toujours des choses à dire : je pense qu'on aura toujours des putains d'opinions sur le monde même à cinquante ans. C'est pour ça que la musique des Backyard Babies me semble plus proche de Bob Dylan que de n'importe quel groupe de black metal. Certains groupes ont une date de péremption quand on en vient à l'imagerie : si tu ne fais pas ce que tu dis, ce n'est pas évident… Nous ne sommes pas un groupe qui se déguise en supermans avant d'enter en scène, nous faisons juste ce que nous sommes. D'ailleurs, vingt ans après, nous ne savons toujours pas si nous sommes un groupe de hard rock qui aime le punk ou un groupe de punk rock qui aime le hard. C'est une bonne chose, car nous ne puisons pas seulement nos influences dans le hard rock, mais dans tout ce que la musique peut offrir de meilleur, même des artistes comme Bob Dylan.

PhotoCosmic Camel Clash : Pour cet album, vous avez choisi un producteur (ndCCC: Jacob Hellner) qui est connu pour avoir travaillé avec Rammstein, Clawfinger et Apocalyptica. C'est un choix assez inhabituel, comment est-ce que cette idée vous est venue ?

Dregen : Au début, c'était une idée de notre manager, qui est un bon ami de Jacob, et ce dernier a toujours aimé les Backyard Babies en tant que groupe. Nous l'avons rencontré, nous lui avons joué certaines chansons que nous étions en train de composer et il a beaucoup aimé. Il s'est trouvé que nous avions un peu les même idées, par exemple parmi ce qui s'est fait dans les années 70, nous aimons les mêmes albums. Il sait faire la part des choses en tant que producteur de hard rock. Son travail avec Rammstein portait surtout sur des synthés, des samplers, alors qu'avec nous il voulait revenir à des choses plus simples, comme la batterie acoustique, les guitares… Il est aussi très axé sur les chansons. Je pense que Jacob Hellner sera probablement le premier producteur avec lequel nous collaborerons sur plus d'un album.


Cosmic Camel Clash : Chaque producteur a sa propre manière de travailler avec le groupe, comment est-ce que ça s'est passé avec Jacob ? Est-ce qu'il est très présent, donnant tout le temps son avis, ou bien est-ce qu'il vous laissait les clefs du studio pour aller boire du café en attendant que ça se passe ?

Dregen : Non, il était très allemand dans sa manière de travailler. Il était tout le temps en train de me souffler des choses à l'oreille. Maintenant que l'album est fini, j'en suis satisfait, mais sur le coup j'avais envie de l'étrangler, lui et son chien. Il était très exigeant, mais très efficace. Nous n'avons jamais été aussi bons en pré-production, parce qu'avant, quand on entrait en studio, c'était du style « une prise, et hop, c'est dans la boîte ». Avant, si on se donnait rendez-vous à dix heures pour une répétition, on arrivait vers dix heures trente ou onze heures, puis on prenait du café en fumant des clopes, on papotait, et vers midi ou une heure on commençait lentement à jouer. Avec lui on commençait à répéter à dix heures tapantes, sans nous arrêter jusqu'à dix heures du soir, on s'écroulait dans nos lits et on reprenait à dix heures le lendemain. Sur le coup, ça ne nous plaisait pas, mais ça a été très bon pour le groupe : ils nous a vraiment fait travailler et suer.

Cosmic Camel Clash : L'album a un feeling vraiment live. Je me demandais si vous l'aviez fait piste par piste ou s'il avait été enregistré dans des conditions live ?

Dregen : La base des chansons – la batterie, la basse et une guitare rythmique – a souvent été enregistré en live. Souvent, Nicke (Borg, chant+guitare) n'est pas en studio quand nous avons enregistré, il nous regarde depuis la console de mixage et fredonne une ébauche, quelque chose qui n'est pas le chant final. Il posait son chant par-dessus après. Je fais des overdubs par-dessus les bases des chansons en essayent de préserver leur feeling live.

Cosmic Camel Clash : J'ai l'impression que tu chantes beaucoup plus sur cet album que sur les précédents. Est-ce que c'est vraiment le cas, et comment est-ce que vous en êtes arrivés là ?

Dregen : J'ai enfin quelque chose à dire (rires). Non, en fait, comme je l'ai dit, nous jouons ensemble depuis si longtemps que c'est toujours bien que quelque chose évolue dans le groupe. Ça m'a pris presque vingt putain d'années pour apprendre à chanter correctement, enfin plus ou moins. Puis j'essaye de voir la chose en tant que fan. Quand j'étais gosse, j'adorais par exemple Kiss avec leurs deux chanteurs, Gene et Paul, puis Ace Frehley a chanté une chanson. C'est comme tout ces groupes, comme les Beatles. Les Rolling Stones sont super avec Mick Jagger au chant, mais quand Keith chante enfin une chanson, je me dis « ouais ! ». Je pense aussi que ça donne une bonne touche en live. (il parle tout doucement) Et puis Nicke se fait vieux, tu sais, il ne peut plus assurer un show entier correctement, alors il faut bien que je m'y mette (rires). Non, je déconne, évidemment, je trouve que ça rend bien visuellement, et aussiau niveau purement musical. Il y a pas mal de chansons sur lesquelles nous nous partageons le chant : Nicke fait un couplet, moi j'en fais un autre. Jacob aimait bien la manière dont nos voix allaient ensemble.
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Cosmic Camel Clash : Certaines chansons de cet album, comme "Zoe Is a Weirdo", qui ont un feeling plus punk. Penses-tu que c'est un aspect qui n'était pas très présent sur votre album précédent, People Like People…, et pourquoi ?

Dregen : Je ne sais pas, mais si je devais comparer le feeling du nouvel album avec le précédent, je dirais qu'à l'époque de …People Like Us le groupe était bon, mais nous n'étions pas vraiment satisfaits de notre maison de disques, des organisateurs de tournée, de notre management, et cette situation stressante avait marqué l'album. Cette fois-ci, l'humeur était plus positive, mais en même temps revancharde : il en ressort une colère bénéfique.

Cosmic Camel Clash : Puisque tu parles des problèmes de labels, c'est justement pour cela que vous avez créé le vôtre, Billion Dollar Babies.. Quel était le problème avec les labels ?

Dregen : Je ne sais pas… Nous sommes partis d'une major, Sony BMG, puis nous avons signé avec Century Media… Je ne voudrais cracher sur personne, mais il me semble que Century Media n'était pas le bon choix pour nous. Ils ne pouvaient pas vraiment s'occuper des Backyard Babies, peut-être qu'ils sont meilleurs pour vendre des groupes qui parlent de gobelins et de fantômes dans les forêts…

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Cosmic Camel Clash : Quelle différence est-ce que cela fait maintenant que vous avez votre propre label, d'un point de vue artistique ?

Dregen : Chaque lundi, je mets mon costard et je vais au bureau… Non, en fait, ça représente plus de travail, mais d'un autre côté nous avons encore plus l'impression que cet album est notre bébé. Lors de l'enregistrement, nous nous sommes dit «ouah, ce studio est vraiment cher, nous devons vraiment bosser ! ». Tu contrôles tout le processus, mais en même temps tu dois assumer plus de responsabilités. Et puis… je ne sais pas comment dire… ça devient plus honnête, ça va directement du groupe au fan, sans intermédiaire. Avec ton propre label, tu peux sortir un titre comme "Fuck Off and Die" en guise de premier single, et personne ne te dira «ah non, tu ne peux pas sortir un titre comme ça, ça ne passera pas à la radio, bla-bla-bla ». Et détenir ses propres masters, ce n'est pas plus mal, je veux dire que dans cinq-dix ans, personne ne sait comment la musique sera distribuée… En plus, nous prenons de l'âge… J'aime de nouveaux groupes, et peut-être qu'un d'entre nous trouvera un bon nouveau groupe composé d'adolescents qu'on pourra signer sur Billion Dollar Babies, co-écrire des titres avec eux, les produire, sortir leur disque, et aider ainsi les nouveaux… dans dix ou quinze ans.

Cosmic Camel Clash : Tu parles de la manière dont la musique sera distribuée dans le futur. Aujourd'hui, est-ce que tu considères internet comme un bon moyen de diffuser la musique ou plutôt comme une menace ?

Dregen : Non, je pense que tout moyen pour diffuser sa musique est bon à prendre. Le seul point négatif, c'est que je constate qu'aujourd'hui les jeunes n'ont plus la notion de valeur de la musique, de l'art. Ils pensent que la musique est gratuite. Je pense qu'il est important de préserver cette notion de valeur, de détenteurs des droits. Si je veux, je peux choisir de diffuser gratuitement ma musique, mais je ne veux pas que quelqu'un me la vole. Mais d'un autre côté, nous sommes allés dans des endroits comme la Russie où le piratage est très répandu. Nous sommes venus à Moscou et rempli une salle d'environ 1400 personnes, et le public connaissait le paroles par cœur. S'il n'y avait pas eu le téléchargement illégal, je ne pense pas que nous serions venus là-bas un jour. C'est une situation très complexe, et nous ne pouvons que faire avec. Je pense que les véritables fautifs dans cette histoire, ce sont les maisons de disques : elles ont tenté au début de faire comme si le problème n'existait pas, et ils ont été dépassés par les sites illégaux. Je pense que le téléchargement légal devrait se développer plus vite. Mon rêve serait qu'à la sortie d'un album, on puisse aller sur le site des Backyard Babies et choisir entre commander le vinyle ou le CD, ou bien le télécharger. Ça permettrait de baisser les prix et de donner plus d'argent aux groupes, parce qu'il n'y aurait plus d'intermédiaires.

PhotoCosmic Camel Clash : En ce qui concerne vos concerts, Backyard Babies a toujours été un groupe de scène, et vous avez sorti un bon album live. Vous ne pensez pas qu'il serait temps de sortir un DVD live, est-ce que vous avez des projets à ce sujet ?

Dregen : Tu lis dans mes pensées. Je pense que la seule chose qui manque à notre discographie, c'est un bon DVD live, donc oui, c'est une chose que nous devons faire. Nous en avons parlé entre nous, nous avons même enregistré deux shows lors de la tournée de Stockholm Syndrome en 2004, mais ensuite on a eu des problèmes avec le son… Un DVD live, c'est un peu la jungle, et certains groupes se précipitent un peu trop pour les sortir, moi je voudrais que ça devienne un de nos classiques… Il ne nous reste plus qu'à choisir le bon concert au bon endroit… Mais ça va venir, promis.


Cosmic Camel Clash : Une de vos chansons apparaît dans le jeu Guitar Hero, et il y a même une guitare Backyard Babies spécialement faite pour le jeu. Qu'est-ce que ça vous fait, et est-ce que c'est bon pour la promotion ?

Dregen : Je dois répondre « c'est bien » aux deux questions. Je ne voudrais pas exagérer, mais je pense que Guitar Hero fait maintenant partie de la musique rock, ça permet d'attirer les jeunes. J'ai un ami qui tient un bar à Stockholm, et parfois je lui file un coup de main en faisant le DJ. Un soir, deux filles qui devaient avoir dix-sept ou dix-huit ans qui me disent « hé mec, mets du Foghat ». Comment est-ce qu'elles pouvaient connaître ce vieux groupe de rock ? Grâce à Guitar Hero.

Cosmic Camel Clash : J'ai appris une mauvaise nouvelle récemment : les Hellacopters ont splitté. Comment est-ce que c'est arrivé ?

Dregen : Je ne sais pas. En fait, ils ont splitté l'année dernière et ils ont annoncé que ce serait leur dernier album et leur dernière tournée, et je crois qu'ils ont commencé leur tournée des clubs il y a deux jours. Je pense qu'ils en sont arrivés à la conclusion qu'ils ne pouvaient plus aller de l'avant avec leur groupe, que ça ne leur procurait plus de plaisir, et j'accepte ça sans problème. Il y a des groupes qui continuent à cause de l'argent, et ils sortent de nouveaux albums qui sont de plus en plus mauvais. Eux, ils ont préféré dire au revoir pendant que leur groupe était encore bon. Mais à part ça, c'est une page de l'histoire du rock qui vient de se tourner avec les Hellacopters.

Cosmic Camel Clash : Comment est-ce que Dizzy Reed des Guns N' Roses s'est retrouvé à jouer sur l'un des morceaux de votre album ?

Dregen : Nous sommes de vieux amis. Dizzy était présents lors de nos premiers shows à Los Angeles il y a une dizaine d'années, nous avons des amis communs, il a toujours été un fan des Backyard Babies et nous sommes, bien entendu, des fans des Guns N' Roses. Il était à Stockholm l'année dernière avec les Guns, et il nous a dit qu'il aimerait beaucoup jouer quelque chose sur notre nouvel album. Nous avions ce titre, "Voodoo Love Bow", et nous avons pensé qu'il lui conviendrait parfaitement.
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Cosmic Camel Clash : Ça nous amène à la dernière question, qui est évidemment : est-ce que tu penses que Chinese Democracy sortira un jour ?

Dregen : Bien sûr que oui. Et il sera très bon. Dizzy m'a fait écouter beaucoup de chansons de cet album. En fait, d'après ce que disent certaines personnes, l'album est déjà terminé, il est juste retardé par des problèmes à la con avec les maisons de disques. Espérons qu'il va sortir, parce que nous avons besoin d'un bon groupe pour tourner avec nous en Amérique, et les Guns seraient parfaits dans ce rôle.



Crédits photo :

www.myspace.com/backyardbabies
www.myspace.com/dizzyreedmusic



Questions : Pietro
Traduction / transcription : Alexis KV


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