Ephrat

Entretien avec Omer Ephrat - le 01 octobre 2008

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Cosmic Camel Clash

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Flower King

Une interview de




Ephrat_20081001

Il est intrigant de constater à quel point la sortie de No One's Words (chronique ici) semble être passé inaperçue par chez nous. Quand on y retrouve des noms prestigieux comme Steven Wilson au mix et Daniel Gildenlöw comme invité vocal, le chroniqueur prog y perd ses petits, surtout que pour une fois ces guests de luxe n'avaient rien d'un cache-misère. Cette entrevue avec le leader maximus d'Ephrat pourra-t-elle inverser cette malheureuse tendance ? C'est ce que l'on souhaite, car Omer semble avoir une grande confiance dans son projet... et on ne saurait lui donner tort.


Cosmic Camel Clash : La première question va être pénible et j’en suis désolé, mais vu qu’il s’agit de la première interview d’Ephrat pour les Éternels et que le groupe est encore assez jeune, tu vas devoir nous faire un petit historique…

Omer Ephrat : Ça va être une histoire différente de celle des autres groupes, parce que Ephrat a démarré comme un projet solo, enregistré certes par Steven Wilson… Pour faire court, j’enregistrais tout le temps diverses choses dans mon studio, et un jour j’ai décidé d’envoyer quelques morceaux à Steven. Je ne sais plus comment j’avais récupéré son adresse mail, mais je lui ai envoyé deux démos, et deux jours après il m’a répondu que c’était du super boulot, vraiment bien fichu ! Il a contacté Inside Out pour moi, et l’instant d’après j’enregistrais avec lui un album qui allait porter mon nom, avec ma musique. Ça c’était il y a 2 ans, et puis une fois signé, j’ai transformé ce projet solo en groupe, parce que j’avais la vision de quelque chose de rythmiquement très carré, chaleureux. Ce n’était pas possible de faire ça avec des musiciens de studio, ça ne sonne pas comme un vrai groupe, c’est… (hésitant)

Cosmic Camel Clash : Tu voulais des personnes qui soient impliquées dans le projet ?

Omer Ephrat : Oui, enfin pas vraiment… dans un groupe, les personnes se connaissent, jouent ensemble depuis longtemps, et ça sonne plus chaleureux. Ça s’entend très bien sur la rythmique, sur les guitares, comment les instruments sonnent à l’unisson. Du coup j’ai recruté Tomer Z (batteur de Blackfield) et Gili Rosenberg, un très bon ami, à la basse. Le groupe a démarré ainsi, et quelques mois plus tard nous avons recruté le chanteur Lior Seker. Voilà comment Ephrat s’est formé.

PhotoCosmic Camel Clash : Quand on écoute No One’s Words, ça semble évident que Steven Wilson se soit chargé de la production, parce qu’on reconnaît immédiatement sa patte sonore, si bien qu’on se demande à quel degré il a été impliqué dans le processus de composition.

Omer Ephrat : Je dois d’abord clarifier une chose : il n’a pas produit l’album ! Il l’a simplement mixé et mastérisé. Je suis celui qui a produit l’album. Tout le monde pense qu’il a pris en charge la production, mais il s’est juste occupé du master et du mix, et cela s’entend, je te l’accorde, mais j’ai tout produit. Ensuite, il n’a pas du tout été impliqué dans le processus d’écriture. Il s’est chargé des aspects techniques et logistiques, vu que j’étais débutant et que je ne savais pas à qui m’adresser pour régler telle ou telle chose, mais j’ai écrit toute la musique.


Cosmic Camel Clash : C’est important que les gens sachent cela, car ils sont nombreux à supposer que Steven Wilson a produit l’album.

Omer Ephrat : Oui, ces derniers temps il a produit bon nombre d’artistes, donc à chaque fois qu’il est impliqué dans un projet, les gens pensent automatiquement qu’il en est le producteur. Mais je prends ta remarque comme un compliment, car si le disque sonne comme une prod à la Wilson, je suppose que j’ai fait du bon boulot !

Cosmic Camel Clash : L’écoute de tes chansons laisse penser que tu portes une grande attention aux détails et à la cohérence de l’ensemble, notamment sur la dernière chanson Real. Est-ce que tu portes ces chansons depuis des années ?

Omer Ephrat : Non, en fait j’ai écrit tout l’album en 3 mois. Il a fallu deux ans pour le sortir à cause des décisions qu’il a fallu prendre, et parce qu’il n’y avait pas de groupe au début… Je ne sais pas trop comment répondre à ta question. Je n’utilise pas d’algorithmes ou de formules de calcul, tout est dans ma tête, toutes mes idées en viennent par se regrouper en un bel ensemble, et ça finit couché sur le papier. J’écris quelques mélodies, et quand j’ajoute une deuxième partie à un morceau je pense toujours aux mélodies qui en font déjà partie, et aux différentes manières dont je peux les combiner… c’est ma manière d’écrire.

Cosmic Camel Clash : Petronella Netternalm (chanteuse de Paatos) et Daniel Gildenlöw (leader de Pain Of Salvation) sont des invités vocaux sur l’album. Leur voix correspond particulièrement aux morceaux sur lesquels ils interviennent : avais-tu déjà ces deux guests en tête quand tu les as composés ?

Omer Ephrat : Dans le cas de Petronella, j’ai écrit la chanson après l’avoir entendue. J’ai vraiment craqué sur sa voix, et j’ai écrit Haze spécialement pour elle. Si elle avait refusé de la chanter, j’aurais mis le titre à la poubelle ! Pour Daniel, je savais que je le voulais pour un morceau de l’album avant même d’avoir écrit quoi que ce soit, mais je lui ai laissé le choix entre Better Than Anything et The Sum of Damage Done. Je pensais qu’il choisirait la première, car ça correspondait beaucoup plus à sa voix, mais il a finalement choisi la seconde. Donc je ne l’avais pas en tête lorsque j’ai composé ce titre.
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Cosmic Camel Clash : Sur scène, Lior Seker chantera-t-il The Sum of Damage Done ou éviterez-vous de jouer ce morceau ?

Omer Ephrat : Nous devrons modifier la chanson pour pouvoir la jouer live. Pour Haze, nous aurons une chanteuse qui interprétera les parties de Petronella, mais c’est plus compliqué pour l’autre morceau car je ne connais personne capable de chanter comme Daniel ! Il ne faudra pas que ça sonne comme une cover d’un titre interprété par Gildenlöw, mais comme un vrai titre de Ephrat, du groupe qui l’a composé et joué. Ce sera difficile, il y a des parties vocales si compliquées dans des registres très distincts, mais on y travaille. Ça prendra du temps, mais nous y parviendrons.

Cosmic Camel Clash : Votre promotion par Inside Out paraît assez contradictoire: c’est un gros label progressif et ils ont les moyens de mettre le paquet pour leurs artistes, pourtant peu d’informations circulent à votre sujet. Votre myspace ne contient que peu d’informations, et il a été difficile de connaître la date de sortie de votre album. Es-tu au courant de tout cela, est-ce volontaire ou du moins peux-tu fournir quelques explications ?

Omer Ephrat : Pour moi c’est un problème logistique. Je pense vraiment qu’Inside Out fait de son mieux, et je préfère ne pas me mêler de ces affaires-là.

Cosmic Camel Clash : Je me demandais cela parce que certains artistes préfèrent rester dans l’ombre, garder une part de mystère. Mais ce n’est pas ce que tu veux ?

Omer Ephrat : Non.

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Cosmic Camel Clash : Un nouvel album est-il en préparation ? As-tu déjà de nouveaux morceaux en tête et désires-tu conserver le même groupe pour tes projets futurs ?

Omer Ephrat : Je ne pense pas au prochain album. J’ai des idées qui me viennent tout le temps, j’ai composé le disque en trois mois, et dans ce même intervalle je pourrais composer quelque chose comme cinq albums (rires), mais je ne le ferai pas parce qu’alors je ne pourrai leur porter l’attention qu’ils méritent. Pour le moment je souhaite travailler autant que je peux sur le live show, et je me force à ne pas entrer de nouveau en studio parce qu’un autre album en sortirait forcément. Je ne veux pas faire ça, parce que… je ne sais pas si ça se fera avec la même formation, s’il y aura des invités vocaux, si ce sera un concept-album, toutes ces décisions à prendre, c’est pour ça que je préfère attendre. Et on verra ce qui se passera.

PhotoCosmic Camel Clash : Tu as mentionné l’aspect live. Y a-t-il une tournée européenne de prevue ?

Omer Ephrat : Elle n’est pas totalement planifiée. Nous avons un nouveau manager avec lequel nous travaillons là-dessus, mais ça prendra, je pense, 5-6 mois avant que nous commencions à tourner, parce que c’est un spectacle très complexe que nous préparons. Il y aura deux chanteurs, deux guitaristes, et beaucoup de parties instrumentales qui nécessitent une production énorme, c’est difficile à mettre en place mais nous y travaillons.


Cosmic Camel Clash : Il y a une question à laquelle tu ne peux échapper étant données tes origines israéliennes : aimes-tu Orphaned Land et connais-tu personnellement les membres du groupe ?

Omer Ephrat : J’aime leur musique. Quand j’avais 15 ans, les groupes metal que j’écoutais étaient Pantera, Metallica, et Orphaned Land. C’était un groupe que tous les jeunes écoutaient, et à l’époque je ne savais pas qu’ils venaient d’Israël. Je ne les connais pas personnellement, pas encore du moins, et peut-être qu’à l’avenir nous collaborerons maintenant que l’album est sorti. Tu sais, la scène israélienne est très développée, il y a plus de musiciens que de fans chez nous ! Donc je ne peux pas connaître tout le monde.

Cosmic Camel Clash : Et si tu avais des formations israéliennes à nous recommander, lesquelles seraient-ce ?

Omer Ephrat : Je connais beaucoup de bons groupes progressifs, par exemple Solstice Coil ou Relief. Ce sont d’excellents groupes qui existent depuis très longtemps, bien plus que mon groupe en tout cas. Vous devriez vraiment prêter une oreille à ce qu’ils font.

Cosmic Camel Clash : Très bien, je prends note ! Une dernière question : si je parcourais ton iPod, qu’y trouverais-je en ce moment ?

Omer Ephrat : Je n’ai pas d’iPod (rires). Bon, récemment j’ai découvert Protest The Hero… quel groupe, je ne trouve pas les mots pour dire combien ils sont grands ! J’ai aussi écouté le dernier Opeth, qui est un chef-d’œuvre ; le dernier Porcupine Tree est aussi très bon… il y a des tas d’artistes, et j’en oublie certainement quelques-uns.
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Cosmic Camel Clash : Parfait ! Comme nous le faisons toujours chez les Éternels, tu peux ajouter un dernier mot si tu le souhaites.

Omer Ephrat : Je vais répondre ce que je réponds toujours quand on m’accorde cette chance, et cela s’adresse aux auditeurs, lecteurs ou web-surfers, qu’importe : il est très important que nos fans explorent le contenu du coffre plutôt que de s’arrêter à la surface. Il y a beaucoup de groupes qui se préoccupent de leur look et de leur son ; tout ce qui compte pour eux est la façon dont ils s’habillent et à quelle vitesse leur guitariste lead peut jouer. Je veux dire à tous : écoutez la musique et ne vous intéressez pas aux aspects extérieurs. N’observez pas la boîte : regardez l’intérieur.


Crédits photos: www.insideout.de

Questions, traduction et transcription: Flower King


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