Lyr Drowning

Entretien avec Emmanuel (claviers, ingénieur du son) - le 21 juin 2009

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Gazus

Une interview de




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Après la sortie d'un EP et d'un premier album en 2008, Blind From Birth (chronique ici), Lyr Drowning, formation française née en 2004, s'apprête à retourner en studio afin d'enregistrer son second album. Rencontré aux détours du carré VIP, le claviériste du groupe, qui officie également au sein d'Orakle, nous a fait un petit topo sur le combo, ainsi que sur son travail d'ingénieur du son. Car la vie d'un ingé son dont la structure est née il y a peu est difficile. Et ça, Manu l'a compris.


Gazus : Manu, tu es membre d'Orakle, mais tu es appartient à un groupe qui s'appelle... comment s'appelle-t-il, déjà ?

Emmanuel : Lyr Drowning.

Gazus : Ah oui, c'est ça. Mais qu'est-ce donc que Lyr Drowning ?

Emmanuel : Lyr Drowning est un groupe de metal que l'on pourrait qualifier de progressif, au sens complètement autiste du terme. C'est un metal assez mélodique aux influences plutôt riches qui se veut le moins linéaire et le plus large possible musicalement parlant, qui est né en 2003. Nous avons sorti une démo en 2005, un album en 2007 chez Thundering Records et nous nous apprêtons à enregistrer notre second album cet été.

Gazus : En parlant d'enregistrement, j'ai cru entendre que... tu as un studio d'enregistrement qui ne cherche pas de stagiaire (rires) ! Peux-tu en parler un peu ?

Emmanuel : Effectivement ! J'ai ouvert il y a un an mon studio qui s'appelle le White Wasteland Studio. En gros, il s'agit d'un intermédiaire entre le gros studio pro et le home studio. Même s'il a plus ou moins la tête d'un home studio, j'ai pu avoir beaucoup de matériel très pro et pas forcément accessible pour le commun des « home-studistes », nous dirons. J'ai ainsi pu faire quelques travaux avec des résultats parfois bluffants vue la structure, pour pas mal de groupes, sans qu'ils aient besoin de se ruiner, vu que ça leur a coûté près de trois fois moins le prix que l'on a dans un studio traditionnel.

Gazus : Retour à Lyr Drowning. Il semblerait qu'un invité prestigieux du nom de Devin Townsend fera peut-être une apparition sur le prochain album. Info ? Intox ? L'avez-vous contacté ? Qu'a-t-il répondu ?

Emmanuel : Nous ne lui avons pas encore demandé, car il a l'air très occupé en ce moment. Pour ceux qui ne suivent pas l'actualité, il est un peu en train de bosser sur quatre albums en même temps. Mais nous allons lui faire la demande cet été, en espérant que ça se fasse, je pense personnellement que c'est un personnage assez sympathique et assez taré pour relever ce genre de défi...

Gazus : (l'interrompt) Taré au sens musical, tu veux dire ? Parce que pour le reste, surtout Strapping Young Lad, il jouait un personnage.

Emmanuel : Ah mais bien sûr, j'entendais « taré » au sens musical du terme, il m'a l'air très ouvert et enclin à participer à ce genre de truc. Après... nous verrons. Par contre, nous avons un autre invité surprise sur l'album, malheureusement, je ne peux le...

Gazus : (l'interrompt) Qui est cet invité surprise ?

Emmanuel : Ah mais c'est une surprise ! C'est le principe de l'invité surprise (sourires). Mais ça fera à mon avis au moins aussi mal que Devin Townsend.

Gazus : Ce... ce ne serait pas Joe Duplantier, chanteur de Gojira ?

Emmanuel : Ce n'est pas Joe Duplantier.

Gazus : C'est un français ?

Emmanuel : C'est un grec.

Gazus : Un membre de Wastefall ?

Emmanuel : Non. (sourit)
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Gazus : Je... je ne connais pas d'autres chanteurs grecs. Zut. (rires) Au fait, chez qui êtes-vous signés, désormais ?

Emmanuel : Nous sommes signés chez M Office Records, qui est une division de Permastprod ?, la boite qui gère aussi Thundering Records. Nous avons enregistré l'album dans mon home studio en 2006, à l'époque où je bossais encore en home studio, et à partir de 2007, nous avons démarché des labels. Ce sont eux qui sont venus nous chercher et nous avons choisi le contrat qui ne paraissait le plus approprié. Nous avons donc signé un contrat pour deux albums, le second sortira donc chez eux, et nous sommes assez satisfaits de ce qui se passe avec eux.

Gazus : Tu es ingénieur du son. Il y a une espèce que nous n'avons pas trop l'occasion d'interviewer, c'est celle des ingés son et des producteurs. À quoi ressemble donc la vie d'un ingé son, sachant dès le départ que cela n'est pas facile ?

Emmanuel : La vie d'un ingé son c'est une vie d'autiste. Dans mon cas, quand on essaye d'avoir une vie sociale normale, vu que j'étais avant tout musicien à la base, et que je devais de mes groupes, cela fait une tâche importante en plus, outre le fait que c'est une facette de la musique à aborder de manière complètement différente. C'est... (il cherche ses mots)

Gazus : ... dur ?

Emmanuel : Ben c'est dur dans le sens où l'on est confronté à des productions qui sont de plus en plus énormes. Tout ce qui sort est super bien produit, évolue très vite, ce qui fait qu'il faut être constamment à la pointe... Personnellement, je me compare tout le temps à différents disques, quitte à viser très haut, comme ceux de Katatonia, d'Opeth... de groupes qui jouissent d'une très bonne production dont j'essaye toujours de me rapprocher le plus possible. C'est un travail qui prend un temps assez fou, parfois je peux y passer des nuits, mais ça reste un boulot très enrichissant. C'est un peu mon rêve; je ne peux pas concevoir la musique sans l'aspect « son et arrangement qui va avec ».

PhotoGazus : Quels groupes as-tu enregistré/produit dans ton studio depuis sa création ? Histoire de contribuer à ta réputation de faiseur de gros son qui tue ? (rires)

Emmanuel : Pour l'instant, on ne peut pas trop parler de gros son qui tue, vu que je n'ai pas vraiment eu l'occasion de le faire encore. On pourra citer le groupe Khaorah (metal/hardcore), dont j'ai enregistré l'EP l'été dernier. Il s'agit du premier groupe que j'ai enregistré dans mon studio et ça c'est très bien passé. Ils sont d'ailleurs revenus il n'y a pas si longtemps que ça pour réenregistrer un titre. J'ai bossé avec un groupe de black metal qui s'appelle Nizayus, avec Overload, un groupe de la région parisienne qui joue un death mélodique très typé à la In Flames, Soilwork et compagnie... The Dying Seed... Pour l'instant ça ne fait pas grand chose, mais il faut que ce n'est pas évident lorsque l'on débute, il faut beaucoup travailler sur la promo afin de trouver des groupes, chose sur laquelle j'ai pas mal bossé ces derniers temps. Des groupes m'ont d'ailleurs contacté et je pense que le vrai boulot... enfin, les choses sérieuses vont enfin commencer à partir de la rentrée, vers septembre. Pour l'instant en tout cas, c'est galère, je ne vois pas vraiment les sous arriver. Construire un studio, surtout en ce moment où plus personne, notamment les groupes, n'a de thunes, ça reste quelque chose de compliqué. Même si ce studio, comme d'autres, a pour but d'aider les groupes à enregistrer sans avoir à dépenser des sommes astronomiques, un enregistrement reste un investissement financier assez important, ce qui fait que ça reste tout de même assez peu évident.


Gazus : Un musicien a forcément des influences, des artistes ou des groupes qu'il va se fixer comme modèle, consciemment ou inconsciemment. En terme de son, as-tu des ingénieurs du son ou producteurs dont le travail te donnent une ligne directrice vers laquelle avancer ?

Emmanuel : Carrément ! Au niveau du son, on a traversé une vague de productions aux sonorités très synthétiques, une sorte de culture de l'archi-artificiel, depuis les années 90 jusqu'à maintenant. Prenons par exemple les derniers albums de Dimmu Borgir, même si j'adore ces albums et que leur son colle bien à la musique, ils s'inscrivent dans une tendance que j'aimerais voir se renverser. Personnellement, je préfère me tourner vers un son beaucoup plus naturel, quelque chose de, certes, puissant, mais plus pur au niveau des sonorités. Dans ce sens, j'aime beaucoup le travail de Jens Bogren, un ingénieur du son qui a travaillé avec Katatonia et Opeth entres autres. Au niveau français, j'ai vraiment apprécié le travail de Frank Hueso qui a bossé sur les disques d'Hacride. Pour le coup, il recherche un son très gros et naturel à la fois, avec une batterie non triggée, chose qu'il faut souligner, je trouve, et j'espère que la tendance va revenir à ce type de son. Je trouve qu'il y a aujourd'hui moyen de faire quelque chose de génial de ce côté-là.

Gazus : L'interview touche à sa fin. As-tu une question qu'on ne te pose jamais et à laquelle tu aimerais absolument répondre ?

Emmanuel : À propos de Lyr Drowning ou bien du studio ?

Gazus : Des deux. À part la taille de ton organe. (rires)

Emmanuel : Ah ben il n'est pas très grand ! (rires) Franchement, je ne sais pas, je suis en train de te sécher.

Gazus : Je cesse donc de te torturer.

Emmanuel : Merci bien ! (rires)


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