Dark Sanctuary

Entretien avec Arkdae (guitare+claviers) - le 23 février 2010

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Ronnie

Une interview de




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Cette interview, probablement l'une des dernières du groupe, se veut très rétrospective, à la limite de l'indiscrétion. Certes mais l'occasion fait le larron, mettre au clair la situation et partir à la recherche d'anecdotes. Les nombreuses coupures téléphoniques de cet entretien n'ont en rien entaché la bonne humeur malgré un Arkdae entre deux rendez-vous, pressé mais bavard, visiblement content de pouvoir livrer, avec sincérité, les secrets de Dark Sanctuary.


Ronnie : Salut, j'attaque avec une question délicate, mais cette donne a totalement changé la composition de l'album, mais, peux-tu commenter les départs de Eliane et Marguerite? Quel était le moral du groupe à ce moment là?

Arkdae : Disons que Dark Sanctuary c'est un peu plus qu'un groupe, c'est un peu comme une famille, on est tous assez proche et des fois il y a des événements qui font que les choses se compliquent. Sans trop rentrer dans les détails, disons qu'il y a eu un conflit avec une autre personne, un troisième membre du groupe, Marguerite a décidé de partir. Comme notre violoniste Éliane était sa sœur, par principe elle a voulu la soutenir, ce qui est compréhensible. Toutes les deux avaient de grosses contraintes professionnelles à côté en termes d'emploi du temps qui compliquent beaucoup les choses: les répétitions, la composition. Donc elles sont parties toutes les deux. Concernant l'album ça a été plutôt problématique, il était finalisé à ce moment là. Du jour au lendemain on a dû recomposer 1/3 de l'album, car elles ne voulaient pas que l'on utilise les parties qu'elles avaient composées. Puisqu'il a fallu totalement refaire l'un des concepts. On s'est retrouvé un peu dos au mur à devoir recomposer. Pas dans l'urgence non plus, puisqu'on a pris notre temps.
C'est un peu triste quand même, lorsque l'on a passé plusieurs années avec des gens dans un groupe, partagé des choses importantes, il y a un petit pincement au cœur quand même.

Ronnie : Il est inévitable de ne pas parler de votre collaboration avec la fantastique Victoria Francés pour cet album. Qui a contacté qui en premier? Comment s'est déroulé le travail ensemble?

Arkdae : L'histoire remonte a très très longtemps, je ne saurais pas la dater avec précision, à l'époque elle n'était absolument pas connue, elle n'avait encore rien sorti. Elle aimait bien notre musique tout simplement et elle nous avait envoyé quelques dessins. Je lui ai dit que je trouvais cela intéressant, que ça me plaisait. J'ai mis un peu ça de côté, car on m'envoie souvent des musiques, des photos et en général je regarde, je mets de côté en me disant « tiens un jour on pourra faire une collaboration ou quelque chose ». Ensuite elle a sorti son premier livre et a commencé à être un petit peu connue. De là nous avonsrepris contact même si on ne l'avait jamais vraiment perdu. Après la sortie des deux Exaudi Vocem on voulait faire une petite pause dans le groupe et pas faire un album pour le principe de faire un album. Et puis je me suis dit que ça fait des années que l'on souhaitait faire une collaboration et c'était le bon moment pour lancer le truc. J'ai contacté Victoria, je lui ai proposé et elle était tout de suite intéressée.

PhotoRonnie : Comment est née et a mûri l'idée du livre avec le CD? Pourquoi avoir décidé de sortir le produit en Français traduit en Anglais et en Espagnol?

Arkdae : C'était très simple, Victoria fait des livres, nous de la musique. Si on voulait faire quelque chose qui allie les deux il fallait qu'on mélange les deux objets. C'était ce qu'il y avait de plus simple en respectant le travail de chacun.
Pour la traduction on s'est un peu plié aux contraintes de chacun. Disons qu'elle, ses livres elle les distribue dans le monde entier, nous aussi, mais, elle était plus intéressée par le fait que les gens comprennent les textes et nous ça ne nous dérangait pas, au contraire.

Ronnie : L'album est divisé en trois histoires? Sont-elles liées ou indépendantes?

Arkdae : Ce sont trois histoires totalement indépendantes composées par des personnes différentes. Tout comme les textes et l'univers musical sont totalement différents aussi. Nous avions envie à cette période de sortir des mini-cd et on s'est dit, non pas faire comme ça, autant sortir un seul CD avec plusieurs histoires.


Ronnie : Il me semble que vous avez construit un Home Studio afin d'avoir plus de liberté, comment avez-vous vécu cette expérience et en quoi la différence peut se ressentir sur l'album?

Arkdae : L'expérience a été difficile. Le choix du studio n'a pas été un choix en fait! On s'est retrouvé à devoir enregistrer l'album. Je ne vais pas rentrer dans les détails de « l'industrie du disque qui va mal, le pirate etc ». Le fait est que, notre maison de disques avait beaucoup moins de budget pour le studio, pour aller là où nous allons d'habitude en ayant à se concentrer juste sur l'album. Nous aurions pu en rajoutant de notre poche, mais on s'est demandé « Et le prochain il va se passer quoi ?». Du coup on a demandé de pouvoir faire notre home studio, afin d'être autonome et de pouvoir enregistrer les prochains albums, les albums des amis etc. D'avoir cette liberté d'être financièrement dégagé de frais de studio.
En lui-même l'enregistrement n'était pas évident. Hormis les problèmes techniques que l'on a rencontré (on sait comment ça fonctionnem ais nous ne sommes pas non plus des pros). De plus le studio n'est pas loin de chez nous. Habituellement nous partions à l'étranger, on restait quatre semaines, enfermés à ne faire que ça, on prévoyait des vacances par rapport à nos boulots respectifs et nous étions à fond dedans. Du coup comme c'est à côté nous y allons un week-end, on se dit « on continue le week-end prochain», mais finalement « Ah non le week-end prochain on a un truc on fera ça le prochain » voilà, ça s'étale sur des mois et des mois. Nous sommes trop distraits par nos vies de tous les jours, du coup c'est difficile de se concentrer et d'obtenir un résultat satisfaisant, car c'est vraiment hachuré. Au bout du compte l'enregistrement dure un an, un an et demi et c'est très éprouvant pour le moral, mais nous n'avions pas envie de bâcler les choses non plus.

Ronnie : Dark Sanctuary est principalement écouté par des métalleux ou des gothiques (pour vulgariser et généraliser les styles), c'était le public que vous visiez à la base?

Arkdae : Vulgarisons, vulgarisons! On s'est jamais posé la question en fait, nous n'avons jamais visé quoi que ce soit, on a fait la musique qu'on avait envie de faire. Ça aide puisque nous aimons la musique en parenthèse gothique et la musique entre parenthèse metal; de là forcément c'est logique que les gens de ces différentes scènes apprécient notre musique. Àla base nous cherchions juste à faire ce que l'on voulait faire!

Ronnie : Le groupe a toujours donné peu de concerts, comment expliquez-vous ce phénomène?

Arkdae : Euh... (temps de réflexion). En fait nous aimons ça, on a envie d'en faire. Le problème... ce sont les problèmes techniques. Surtout au début nous étions sept avec nos instruments acoustiques, nos synthés et techniquement parlant c'était très difficile à mettre en place pour jouer sur scène. Tu auras remarqué qu'il n'y a pas de batterie et pour que tout le monde joue en même temps sans une rythmique ce n'est pas facile. Aujourd'hui nous sommes rodés pour pallier ça. Mais lorsqu'on nous propose des concerts nous disons « attention nous sommes sept, avec beaucoup de matériel », déjà ça restreint beaucoup de salles. L'autre problème c'est...nous! On travaille tous donc ce n'est pas facile hors week-end. Mais surtout il y a peu de concerts dans notre style de musique. Lorsque des gens intéressés par nous faire jouer nous demandent « vous connaissez d'autres groupes pour jouer avec vous en première partie », là on répond « non » ou « oui, mais ils sont loin ». Ce n'est pas facile d'organiser des concerts à un seul groupe. On nous propose de jouer avec des groupes de metal, c'est déjà arrivé, nous refusons systématiquement. Ça réduit énormément les possibilités, sinon nous aurions la possibilité d'en faire beaucoup plus.

Ronnie : Et surtout presque la moitié (sept sur les seize) à l'étranger, tu saurais expliquer pourquoi?

Arkdae : Ça s'explique juste par le fait, qu'il y a très peu de concerts dans notre style musical, donc une ou deux dates en France c'est le maximum que l'on peut avoir. Ce n'est pas un refus de notre part, c'est vraiment qu'il y a peu d'opportunités, donc quand nous faisons une date en Belgique ou en Suisse, ben...c'est bien. Quand on regarde sur la totalité c'est vrai que ça fait beaucoup de concerts à l'étranger. Mais en France nous avons toujours réussi à faire au moins une date ou deux pour chaque album.

Ronnie : Quel est votre meilleur souvenir de concert avec Dark Sanctuary? Et votre pire?

Arkdae : Meilleur: incontestablement celui de Londres. C'était un peu spécial puisque c'était le dernier avant notre petite mise en quarantaine donc il y avait un pincement au cœur et puis il y avait le lieu. Nous avions vraiment choisi cette date pour en faire quelque chose d'exceptionnel. On était très motivés à jouer là-bas. Sur place ça s'est bien passé, le public était super et dans le groupe il y a eu une osmose qui en 13 ans de carrière n'était jamais arrivée. Le pire concert je dirais (ndlr: sur un ton peu convaincu) le tout premier. C'était le premier, il y avait les problèmes techniques, le stress, la pression, je dirais que ce n'était pas facile. On en garde quand même un bon souvenir, car c'était le premier.
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Ronnie : Et justement le 3 octobre vous avez donné votre ultime concert à la St Pancras Church de Londres. C'était un peu spécial comme tu as pu le souligner, puisqu'en plus il était filmé, comment avez-vous vécu cette soirée?

Arkdae : On voulait sortir un live audio à la base et de fil en aiguille, on s'est dit « pourquoi ne pas filmer aussi », nous avons cherché, contacté notre label, mais le problème de l'argent était toujours là. On avait un dilemme, ce concert, nous voulions l'enregistrer, mais nous n'avions pas d'argent, donc au final on a payé de notre poche tout l'enregistrement, car nous ne pouvions pas reporter ou quoi que ce soit, c'était l'occasion. Maintenant nous avons toutes les bandes vidéo et audio. L'objectif est de sortir tout ça, au moins en audio puisqu'on peut se débrouiller dans notre home studio. Par contre, pour le dvd, il y a un gros travail en post-production à faire, il faut donc passer par un pro qui le fasse, ça coûte de l'argent et pour l'instant on ne peut pas. Nous avons la matière première, il y a plus qu'à l'exploiter!

Ronnie : De L'être las-L'envers du miroir à Exaudi Vocem Meam-Part 2 , vous avez enregistré au Klangschmiede Studio E avec Markus Stock (The Vision Bleak, Empyrium...), c'était un choix du label ou de votre part?

Arkdae : En fait les deux premiers albums on les a enregistrés sur Paris, dans un petit studio à Montreuil, dans un studio plutôt pour les groupes de punks, ça n'avait rien à voir! Au final nous n'étions pas très contents de la production. Donc après le deuxième album on s'est dit « il faut qu'on aille quelque part, chez quelqu'un qui connaisse notre musique ». J'ai été faire de sessions pour un groupe dans le studio de Markus. Je savais qu'il jouait dans Empyrium et je me suis dit « Dans Empyrium, il y a des guitares et des instruments acoustiques, en fin de compte ça pourrait peut-être coller pour Dark Sanctuary », ça a été une volonté de notre part en fait.

Ronnie : Depuis le temps vous avez dû créer des affinités, vous sentir chez vous?

Arkdae : Ah oui, tout à fait, on connaissait bien la région, c'était presque des vacances!

PhotoRonnie : Bruises ne fait pas partie de votre discographie, d'un autre côté ça se comprend, au vu du line-up de l'époque et de la musique qui n'a plus rien à voir! Avec le recul comment le considères-tu?

Arkdae : Déjà pour expliquer pourquoi ce n'est pas dans la discographie: comme son nom l'indique une démo, c'est une démo, c'est un essai pour voir un peu quelle orientation on va prendre. Quelque part on ne peut même pas la considérer comme l'oeuvre du groupe, c'est un essai, on pose les bases, ce n'est pas un rejet non plus. Musicalement il y a des choses qui ont fait la marque de Dark Sanctuary, mais aussi beaucoup de choses qui n'existent plus maintenant. Maintenant je la vois comme un brouillon, à l'époque il y avait des choses que je souhaitais exprimer, mais je ne savais pas trop comment, par quel moyen et comment tourner les choses et la démo a servi à ça. De là ça m'a permis d'élaguer la musique.


Ronnie : Et tu l'as réécoutée depuis?

Arkdae : Oui oui! Pour moi ça a mal vieilli, mais je l'ai réécoutée!

Ronnie : Quelles sont les écoutes en général dans le groupe?

Arkdae : On a tous des goûts différents, éclectiques. Un peu tous les styles, de classique en passant par l'électro, le rock français, les musiques de films en passant par le death ou le heavy.

Ronnie : Et il y a un groupe qui mettrait tout le monde d'accord?

Arkdae : S'il y avait un groupe je dirais personnellement Iron Maiden et puis en général on aime bien le heavy metal.

Ronnie : Alors, Dark Sanctuary, c'est terminé pour de bon ou une re-formation est toujours possible?

Arkdae : Oui mais non! Techniquement nous faisons une pause, pendant on ne sait pas combien de temps. En fait nous avions déjà fait un break, nous nous étions dit « dans deux ans on reprend ». Mais tu as toujours dans la tête « dans deux ans je reprends. Maintenant dans un an et demi on reprend, etc.». Mais tu ne peux pas rester avec cette idée, tu as toujours quelque chose qui traîne derrière. Il faut se dégager de tout, penser à autre chose et tu vois après. Avec tous les derniers événements qu'il y a eu: les départs dans le groupe, l'album qui a tardé à sortir, nous sommes également en procédure judiciaire depuis 2007. On avait besoin de se dire «on souffle vraiment et quand nous serons vraiment motivés à reprendre nous le ferons ». Pour l'instant on fait une pause, on se consacre à nos projets respectifs, à nos vies familiales et professionnelles, on verra par la suite.

Ronnie : Tu viens de parler de procès, peux-tu nous en dire plus si ce n'est pas indiscret?

Arkdae : On a un artiste qui a utilisé notre musique et le procès traine depuis quelques temps.

Ronnie : Pourrai-je à jamais dire « je n'ai jamais vu Dark Sanctuary » ou des adieux sur le sol français sont toujours possibles ?

Arkdae : C'est possible, ce n'est pas exclu. Ça reste flou, même pour nous. Je ne te cache pas que même pour nous, nous aimons la musique, on aime ce qu'on fait, les albums, les concerts, ça nous démange un petit peu, mais pour l'instant nous faisons un arrêt et nous voyons un peu autre chose.

Ronnie : Si tu devais décrire Dark Sanctuary en une phrase ce serait?

Arkdae : C'est pas facile. A titre personnel je dirais que c'est ma vie. Après par rapport aux autres membres du groupe, je pense que ce qui irait le mieux c'est «une part de nous-mêmes».

Ronnie : Avant-dernière question... qui va te faire revenir 15 ans en arrière. Qu'est ce qui t'a poussé à créer Dark Sanctuary. Penses-tu être arrivé à le faire devenir comme tu l'imaginais?

Arkdae : En fait c'est venu assez naturellement. Il y a eu des événements, j'ai tendance à faire de la rétention d'émotion et la musique était pour moi une manière d'extérioriser tout ça. Je n'ai pas vraiment choisi comment sortir tout ça. Ce qui me parlait le plus à l'époque c'était la musique classique, donc je voulais faire quelque chose qui s'en rapproche, sans orchestre sous le bras, avec les moyens du bord. C'est venu sans préméditation en fait. Surtout sur les derniers albums, les Exaudi (Ndlr : Exaudi Vocem I et II), ça correspond exactement à ce que j'avais en tête pour Dark Sanctuary, donc oui quelque part nous y sommes arrivés !

Ronnie : Merci pour cette interview, je te laisse conclure.

Arkdae : Rien de particulier à part le fait que même en pause nous continuons d'être actif. On a notre album qui est sorti. Dans les cartons nous avons des vieux enregistrements, nous avons une version de notre premier CD Funeral Cry ré-enregistrée, ça fait des années que ça traine on va essayer de s'en occuper pour le sortir. Nous avons aussi des versions metal, à chaque session studio depuis L'Être Las on s'est dit « autant faire une version électrique et avec la batterie de nos morceaux », nous avons fait ça et aujourd'hui on a 5/6 morceaux version « remix metal », nous allons tenter de le sortir cette année. S'il y a un label intéressé pour sortir notre live enregistré en Angleterre aussi. En plus nous avons tous nos projets: l'album de Caithness est sorti récemment, j'ai aussi un projet parallèle très proche de Dark Sanctuary qui est en train d'être mis en place. J'espère aussi que l'on va retrouver un label. La pause du groupe n'est pas des vacances, mais c'est l'occasion de mettre sur pied tous nos projets musicaux, car ça dégage du temps alors qu'avant on se disait « je ferai bien un groupe de Doom. Ah non, je ne peux pas il y a les répètes de DS ».





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