Demians

Entretien avec Nicolas Chapel - deuxième partie - le 12 juin 2010

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Arroway's

Une interview de




Demians_20100612

Voici la suite de l'interview (lire la première partie) que m'a accordée Nicolas Chapel à l'occasion de la promotion de son nouvel album Mute (chronique ici). Et décidément, le musicien a bien des choses à nous dire : que ce soit au sujet de l'enregistrement de Mute ou de la manière dont le groupe appréhende leurs futures prestations sur scène, le moins que l'on puisse dire, c'est que le frontman de Demians n'est point avare de détails.


Arroway's : Si on en vient à ton nouvel album, finalement, en relation avec ce que tu viens dire, quelle a été ta démarche en fait dans la composition ?

Nicolas : Ma démarche dans la composition ? La seule démarche consciente a été d'enregistrer tout de suite ce que je faisais. En six mois de temps j'ai dû composer une bonne quarantaine de chansons. Enregistré tout de suite mes idées. Les enregistrer tout de suite et faire mes choix tout de suite justement pour éviter ce que j'avais fait pour le premier album, c'est-à-dire trop intellectualiser les choses, ne pas hésiter à trancher dans le lard… Je veux dire, il y a certaines chansons du premier album où je me dis voilà, ça aurait pu être nettement plus court que ça. Et ça aurait pu être vraiment beaucoup plus concis. Et avoir beaucoup plus de spontanéité donc. Ma seule démarche consciente, c'est que j'ai aucune idée quand je m'enferme et que je vais enregistrer un morceau, je n'ai aucune idée de ce qui va se passer. J'ai le morceau dans ma tête, mais je m'assieds tout de suite et je le fais et c'est un peu de la contemplation une fois que je l'ai fait, quoi. Ce n'est vraiment pas une démarche consciente et calculée. Souvent, les gens essayent de… j'ai l'impression que les gens essayent de mettre trop de sens là où il y en a pas forcément. Je laisse vraiment les choses arriver. Donc ma démarche par rapport au nouvel album, c'était aussi bien au niveau du son qu'au niveau de la démarche d'écriture et surtout de l'interprétation, c'était pouvoir garder un maximum de premières prises et un maximum de… Je prends l'exemple de "Black Over Gold" : les deux premières minutes du morceau piano/voix, ça été fait sur le moment quoi. Ca a été fait, euh, au moment où je composais le morceau, je l'enregistrais. J'ai fait une prise et point final. "Porcelain", je sentais que je n'avais pas encore fini le texte, mais… j'en avais même pas fait une maquette. J'avais juste griffonné mes idées sur un papier. Et voilà, à un moment je me suis dit [ci]bon, c'est maintenant qu'il faut que je le chante» et je n'avais pas encore fini le texte. Si tu écoutes le morceau, juste après le petit solo de guitare, si tu écoutes les paroles, je n'ai aucune idée de ce que je raconte. Parce que c'est venu comme ça et j'ai trouvé ça… j'ai trouvé ça spontané. Et moi ça me parlait émotionnellement, donc j'ai préféré le laisser. Donc ma démarche au niveau des chansons, elle a été comme ça. Elle a été d'être spontané et de choisir tout de suite si je garde ou pas. Et de garder ça. Après j'ai fais énormément de tri. J'ai composé une quarantaine de chansons. J'en ai enregistrées et finies vingt. J'en ai mixées dix que j'ai choisies et j'en ai gardées neuf pour le mix final. Et pour moi, je n'arrive pas à m'en ennuyer une seule minute ou une seule seconde quand je vais l'écouter. Donc c'était ce que je voulais, voilà.
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Arroway's : Donc tu es arrivé à l'objectif… enfin en tout cas à quelque chose qui te plaît. Plus que pour Building An Empire ou… ?

Nicolas : En fait, Mute, ce que je voulais, c'était qu'il me convienne. C'est que ça me plaise ou pas, c'est que… je voulais que sur l'album ce soit moi. Il y a beaucoup d'artistes maintenant… Enfin je vois l'album, sur les neuf chansons, il doit y en avoir cinq ou six minimum où de toutes façons, je n'ai pas enregistré de deuxième piste de voix. Donc je n'aurais pas pu mixé ou… Voilà, je la chante et bon, s'il faut que je la chante une deuxième fois, il doit y avoir quelques titres comme où j'ai fait des doublages de voix, je le fais mais… Voilà, si je n'arrive pas à chanter la chanson tout de suite, ben je n'y arriverai jamais et je vais trop intellectualiser, je vais trop le travailler et ça va perdre en spontanéité comme pour le premier album où… Pour le premier album, j'ai chanté… "The Perfect Symmetry", j'ai dû la chantée… j'ai fait faire trente ou quarante prises parce que j'avais toujours les voitures qui passaient dans la rue et qui faisaient du bruit et il fallait recommencer ou… Et un moment t'arrives et le morceau est fini, mais… euh, il est complètement vide… Pas pour les gens qui l'écoutent, mais pour moi, je n'arrive plus à m'y reconnaître parce que je n'arrive plus à me rappeler de l'émotion d'origine parce que j'ai trop passer de temps… C'est comme quand tu fais des chansons par automatisme. Là ça a vraiment… ça m'a vraiment décidé à ne pas faire la même erreur sur ce nouvel album-là et même à faire l'extrême inverse. Parce qu'avec ce nouvel album-là, non seulement j'entends un album et j'entends… ben je m'entends moi tel que je suis maintenant avec mes qualités et mes défauts. Je n'ai pas essayé de me déguiser. Il y a tellement de monde qui… voilà, qui empilent huit guitares pour impressionner les gens, mais voilà, ce n'est pas «leur» son. Moi je voulais éviter ça. Et non seulement j'entends un album qui me représente tel que je suis maintenant, mais en plus j'entends le panorama que ça ouvre pour moi, pour la suite. C'est-à-dire que maintenant je fais, en ayant fait ça, je sais maintenant que je peux enregistrer à n'importe quelle heure. Là, c'était pour un album. Mais là, il y a la promo qui commence, il va y avoir la tournée à l'automne, plein de choses… Mais rien ne m'empêche cet été, quand j'ai cinq minutes, de m'asseoir d'enregistrer quelque chose au piano. Et peut-être que ce sera exactement pareil sur l'album qui sortira l'année d'après, tu vois ce que je veux dire.

PhotoArroway's : Oui. Et du coup sur scène, tu penses que tu vas… réussir à retrouver cette fraicheur, ces premières impressions ou tu penses qu'il va y avoir quand même un autre travail à fournir pour retrouver une sorte de spontanéité ?

Nicolas : Eh bien disons que je ne vais pas essayer de rentrer en compétition avec moi-même. Je ne vais pas essayer de reproduire l'album sur scène. Je vais essayer de… je vais juste interpréter les chansons comme j'en ai envie, on va être beaucoup plus libre. Mais en tout cas là, la différence entre le premier album où on était tous très nerveux à l'idée de jouer sur scène, on s'appliquait et on avait des samples pour jouer. Pour moi, il y a eu des moments où c'était bien parce que ça pouvait permettre de faire découvrir la musique du groupe à des gens qui ne nous connaissaient pas. Mais en même temps, moi ça m'arrivait de m'endormir au milieu du concert parce que j'étais pas… j'étais pas là, quoi. Emotionnellement, j'étais pas dedans. Là ces chansons-là, l'émotion est inverse : on a vraiment hâte en fait. On a la niaque, on a vraiment la rage d'aller le faire et de chopper les gens par la gorge émotionnellement quoi, tu vois. Donc du coup, moi j'ai pas envie de rentrer en compétition avec l'album. J'ai envie de l'interpréter à ma manière une fois qu'on sera sur scène et justement de, de… récupérer aussi cette sincérité sur scène… Je pense qu'on va voir tout de suite la différence.


Arroway's : Parce que je vous avais vu en première partie de Marillion l'année dernière à Paris et c'est vrai que le retour global sur ce concert, c'était… oui, il y avait pas mal de gens qui étaient déçus. A cause, je pense, de ces samples qui étaient là…

Nicolas : Mais je pense que… ces concerts-là, pour moi, quand je disais tout à l'heure que je n'ai pas l'impression qu'on a fait des concerts, c'est à cause de ça. C'est-à-dire qu'il y a un moment, ton album sort. Ca fait des années que tu essayes de bosser avec des musiciens et ton album sort. Et c'est à ce moment là que tu te rends compte des motivations des gens autour de toi. C'est à ce moment-là que tu te rends compte que toi, ton album te ressemble plus, que tu as beau avoir passé des mois de travail, des années de travail avec des gens, euh… Quand on est parti en tournée avec Anathema, le batteur est arrivé le groupe trois jours avant qu'on parte : on a dû faire trois après-midi de répétions. Pour un mois de tournée européenne. Et je pense que ce n'est pas du tout la situation la plus confortable pour une musique aussi détaillée et aussi riche que ça. Et quand on a tourné avec Marillion, on ne s'était pas vu depuis la tournée d'Anathema. Le batteur habitait dans le sud. On a fait une répétition. Et on est arrivé sur scène avec un quart d'heure pour installer le matériel, d'être obligé de mettre la moitié des chansons à la trappe parce qu'on a pas de claviériste. Etre obligé de jouer au click parce que c'est la seule façon… En fait, à un moment, tu te retrouves dans la situation où on te propose de jouer à l'Olympia : soit tu joues comme ça, soit tu joues pas. Qu'est-ce que tu fais à ma place ? Ben voilà. Moi je me disais : ce n'est pas comme ça que j'ai envie de jouer. Quand les gens me disent… Il y a des gens qui nous ont écouté, qui nous ont aimé et qui ont découvert la musique comme ça, c'est bien. Mais après, quand il y a des gens qui sont en face de moi et qui me disent qu'ils étaient déçus par la prestation du groupe, la première personne à être déçue et ils n'ont pas idée à quel point, c'est moi. Parce que je suis scène, il y a les spotlights sur moi, les gens me regardent, mais ce n'est pas moi. Je ne suis pas en train d'essayer de blâmer quelqu'un d'autre ou quoi que ce soit, ce n'est pas ça. C'est juste que moi, j'ai déjà la tête ailleurs. Quand on a fait la date à l'Olympia, deux-trois jours après, peut-être une semaine après, on avait une autre date, on a fait cette date-là. Et c'est juste le lendemain que je suis parti, que je suis allé m'isoler et que j'ai commencé à composer tout de suite. Parce que j'en pouvais plus justement de cette situation-là. Il faudra nous voir sur scène sans click et sans samples. Ce n'est pas le même groupe, en fait. Donc voilà, je n'ai pas envie de me plaindre. Parce que quand même, d'un autre côté, on me propose l'Olympia et ce n'est pas parce que, justement, en ayant passé des années à chercher des gens, et… Tu sais, on me demande souvent pourquoi il y a l'air d'avoir un côté «glamour» autour des groupes de rock. On trouve ça fascinant, «ah !», la collaboration avec les gens, blablabla. Mais moi passer mon temps au téléphone… je sais pas, tu vas sur n'importe quel forum de musiciens, tu verras des gens super talentueux mais qui n'essaieront jamais de faire une carrière ou qui ont complètement arrêté la musique parce qu'ils ont eu ras-le-bol d'attendre après les gens. Alors moi, ce n'est pas par ego mais c'est personnellement, je me suis dit : j'ai passé énormément de temps à faire un album, à faire une musique qui me plaise. J'ai envie de la jouer sur scène. Et je vais peut-être la jouer comme ça et je vais peut-être la jouer timidement. Tu vois, j'étais sous… j'avais l'impression d'être dans un aquarium, quoi. J'entendais pas, j'avais les samples dans le casque avec un click dedans et… Il y a un moment il faut juste prendre une décision. Donc ma décision ça a été : on joue quand même. On prend notre pied comme on pourra le prendre. Comme ça après, au moins, il y aura des gens qui nous connaissent pas qui vont être confronté à la musique et qui y adhéreront peut-être. Et voilà, c'est comme pour le nouvel album, c'est un… Je ne dénigre pas mon premier album, mais c'est pareil, je n'ai eu non plus l'impression d'avoir pu m'exprimer totalement. Je n'avais pas de matériel, je n'avais pas du tout d'aide, je n'avais pas du tout de… j'étais obligé, en gros, de faire avec la seule guitare que je j'avais, les seules connaissances que j'avais de ma voix. C'était un petit peu… c'était un petit peu «l'album sonne bien». Ce nouvel album-là, je voulais qu'il sonne… je voulais qu'il ne sorte pas tant qu'il ne sonnerait exactement comme ce que je voulais. Donc ça fait une différence énorme. Ben le groupe, maintenant ça va être pareil. Avant c'était «Demians, c'est sympathique, leurs chansons elles sont sympas. On achète leur cd au merch à la fin de la journée et puis le soir, on les a oublié.». Là, maintenant, on veut aller sur scène et quand on sort de scène, il y a encore les flash dessus. C'est ça qu'on veut.


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Arroway's : Avec Demians on a un peu l'impression qu'il y a deux vies, en fait : c'est celle… avec toi, lors de l'enregistrement de l'album et sur scène, donc, du fait de tes musiciens live. Et on se demande parfois aussi si… Donc pour toi, la scène c'est une sphère à part entière. Ou tu lui donnes autant d'importance que… ?

Nicolas : Moi je lui donne importance que… Si tu veux, quand j'ai fait le premier album, il y a toujours des astuces pour faire sonner un truc. C'est-à-dire que, le premier album j'enregistrais la batterie dans une cave, avec une grosse caisse assez pourrie et j'avais pas même assez d'argent pour avoir les cymbales et assez de micros. Mais les cymbales, il a toujours moyen de les remplacer par des samples ou des choses comme ça. Euh… j'ai dû trouver des astuces en fait pour… Vraiment ça a été fait sans aucun financement, sans aucun soutien son ni rien. Et je suis assez content du résultat, par rapport à ça. Ce que je viens de te dire sur la scène, mon premier album c'était pareil. C'est-à-dire qu'on avait pas de local pour répéter. Donc déjà là, c'est un petit mort pour créer un groupe qui puisse, justement, avoir de l'expérience et de la cohésion. Mais d'un autre côté, on a trouvé l'astuce quand même pour arriver à tourner, c'est-à-dire qu'avec des samples et avec click, ça nous permettait quand même de tourner et de jouer live. Donc voilà. Pour ce nouvel album-là, c'est la démarche inverse. Maintenant ça, c'est bien. C'était amusant cinq minutes, ça nous a fait connaître mais c'est tout. Moi ce que je voulais, c'était que Mute, on puisse lui reprocher ce qu'on veut… Je prend l'exemple du premier album : quand on me parlait du premier album, ce qui des fois m'ennuyait le plus, c'était des fois quand on me parlait, parce que cela me paraissait tellement éloigné, c'était qu'on me fasse des compliments dessus et j'arrivais pas à m'identifier. Je n'arrivais pas à les prendre comme ça. Quand on me parlait du son du premier album, mais je me disais «mais c'est…»… Je veux pas rentrer dans la philosophie ou la psychologie de bas étage, mais quand on me complimentait sur le son du premier album et que moi j'avais déjà autre chose dans la tête et que je me disais «c'est pas mon son à moi», sur le premier album, bah tu doutes quoi. Tu commences un peu à…. Je voulais pas dénigrer les choses, en fait. Je ne voulais pas faire ce que la plupart des groupes font. Moi j'aime beaucoup Incubus, mais les gens, je n'aime pas la façon qu'ils ont de parler de leur premier disque et de le dénigrer ou d'en plaisanter comme ça. Parce que voilà il faut respecter les choses. Il faut respecter l'ordre des choses. Il faut respecter ce pourquoi ils sont là maintenant. Et là c'est ça que je voulais faire. Mais le problème, c'est que quand t'es tiraillé comme ça… Euh, tu vois à la fin d'un concert, quand on me fait des remarques… Ca part d'un bon sentiment, il y a des gens comme ça qui nous disent «Il faudrait que vous essayiez ci, et puis essayer ça…». Non ! On sait qu'on devrait essayer ça. Mais quand on ne peut pas déjà avoir douze mètres carré à nous pour mettre notre matos et répéter au moins deux fois avant de partir en tournée, je ne vois pas ce qu'on peut faire d'autre. Donc, là ce que je voulais… cet album-là, je voulais LA batterie que je voulais, LE son que je voulais dans la pièce, enregistrer la pièce. Les guitares, si tu viens à la maison écouter le son des guitares dans la pièce, c'est exactement le même que dans l'album. Donc toute cette démarche-là maintenant, je veux l'appliquer à la scène. C'est-à-dire que la scène, je l'aime autant que le studio. J'aime partir en tournée – on est parti un mois en tournée avec Anathema, on a progressé de date en date, on est devenu amis avec eux. Ca c'est vraiment très, très bien passé. On est allé jouer dans des pays où on ne serait jamais allé si on n'avait pas eu cette musique-là. Maintenant je veux appliquer cette démarche-là à la scène aussi. Voilà, le groupe, il va s'enfermer dans un local, on va travailler comme des damnés et on n'en sort pas tant que ce n'est pas parfaitement ce que je veux. C'est ça ou on ne fait pas de tournée.

Arroway's : D'accord. Et donc Demians, ça pourrait devenir un groupe en tant que tel où il y a plusieurs musiciens ou cela restera le projet solo d'une part en enregistrement, et d'autre part…

Nicolas : Je ne crois pas mais… En fait, ce qu'il y a de gênant aussi pour moi, c'est qu'il y a beaucoup d'accents qui est mis sur la promo et sur le fait que je fasse tout, tout seul et… Des fois on a un peu tendance à me faire passer pour un génie ou ce genre de choses et je ne me reconnais pas non plus là-dedans. Pour moi, c'est juste une démarche naturelle. C'est-à-dire que je suis chez moi, je peux enregistrer quand je veux. Je ne vois pas l'intérêt d'appeler quelqu'un qui va mettre quelques heures de route à arriver. Il faut qu'il se mette dans mon état d'esprit, il faut que je lui explique ce qu'il va jouer… Ces idées, je les aies. Le matériel, je l'ai. Le moment, je l'ai. Ben c'est ça que je veux capturer. Du coup, si on peut convoquer ces moments-là avec quelqu'un d'autre, mais c'est feu à volonté ! J'ai deux invités sur l'album. J'ai mon pote Paulo qui fait un projet musical, de la musique électronique, qui s'appelle lepolair que je recommande à tout le monde et qui voulais… On est vraiment très amis et on voulait… on se connaît depuis quelques année, et on voulait à un moment essayer de créer de la musique tous les deux. Il est venu jouer sur le morceau "Porcelain". Le morceau était prêt, tout était fait. Mais je voulais qu'il vienne et qu'on voit ce qu'on pouvait faire et… en gros, je savais comment l'orienter, je savais comment je voulais que ça sonne. Et en fait, de son côté, il a pu s'exprimer. Pour moi ça, c'est une vraie collaboration. Mais la collaboration, elle est là à la base, parce qu'elle est respectueuse, déjà. Parce qu'elle est amicale, ensuite. Et surtout parce que rien ne nous oblige à quoi que ce soit. Quand on est à quatre ou cinq dans un groupe, t'as un batteur, il faut mettre de la batterie. T'as un guitariste, y a un chanteur…. voilà. Moi, je suis tout seul et du coup, il n'y a pas de limites. Je peux mettre du violon si j'en ai envie. J'ai utilisé des clavimba sur un morceau. J'ai utilisé des instruments indiens sur "Overhead"… Si j'ai envie de rajouter un temps en avant ou un temps en arrière, si j'ai envie de couper une mesure en deux ou… Par exemple, mon batteur se prend bien, bien, bien la tête avec la rythmique du morceau "Hesitation Waltz" où il y a deux batteries. C'est une rythmique très, très, très bancale. Et lui d'origine, pour se faciliter la tâche en concert, il n'aurait pas du tout composé un truc comme ça. Et puis voilà. Pour la moi la musique elle existe de cette manière-là. Pour résumer mon idée et pour répondre à ta question, ça deviendra un groupe, peut-être. Je ne suis fermé à rien du tout. Il n'y a rien qui est forcé et ça deviendrait un groupe peut-être, où chacun pourra faire ce qu'il veut et après on fera des choix. Et puis chacun sera exigeant aussi. Mais surtout cela deviendra un groupe quand on aura moins de 400 km entre chacun des membres, quoi. Voilà.
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Arroway's : Ok. J'ai vu que sur ta page myspace que Alexis de Pin-Up Went Down avait posté un message. La scène métal complètement barré, ça te parle ? Est-ce que tu es en contact avec lui ?

Nicolas : Je n'ai pas eu de contact vraiment, vraiment avec lui. C'est vrai que j'ai rencontré quelqu'un est entré en contact avec moi récemment et qui m'a fait écouté. J'avais déjà écouté quelques chansons… Et c'est une musique qui me parle, pas parce que c'est expérimental ou barré, mais parce que j'ai aimé ce que j'ai écouté d'eux, en fait. C'est-à-dire que… Je prendrai le même exemple que pour le rock progressif : je vois énormément de pub, par exemple, depuis quelques années, pour des groupes qui sortent des albums et sur la pub à chaque fois c'est marqué «entre Tool et Meshuggah » ou ce genre de choses. Le problème c'est que moi en tant que fan, par exemple, si je vois un groupe… si je les aime, c'est parce qu'ils sont uniques. Si je vois un groupe essayer de me vendre leur album en me disant tel groupe ressemble à tel groupe, j'ai qu'une envie, c'est de ne pas les écouter. Parce que je sais que je ne retrouverai pas ces choses-là. J'ai envie que les gens cherchent avec leurs propres oreilles. C'est pour ça que ça me dérange, souvent, quand on me parle de Porcupine Tree et d'influences qui n'existent pas pour moi. Ce n'est pas parce que je n'aime pas ces groupes-là. J'aime bien Porcupine Tree, je m'entends bien avec eux, ils complètent mon avis, il n'y a aucun problème là-dessus. C'est juste que ça m'empêche de parler de tous les groupes que j'écoute, justement. Ca m'empêche de… je me dis : les gens à qui ont vend du Porcupine Tree, on vend Demians en tant que Porcupine Tree, pour eux ça ne pourra que rester du sous Porcupine Tree puisqu'il aime le groupe à la base. Moi, je n'aime pas la même démarche que Steven Wilson, parce qu'on n'a pas du tout la même façon de travailler. Il recherche un type de son, moi j'ai l'impression de rechercher l'inverse. Donc voilà, je pense qu'il faut respecter les groupes pour ce qu'ils sont. Tout ce que je veux dire par là, pour revenir à Pin-Up Went Down, j'ai écouté les titres que j'ai… j'ai pu écouté quatre ou cinq titres euh… ensuite j'en ai aimé trois. Ca me donne envie de… pas forcément de rentrer en contact avec eux… Ce sont des gens qui ont une démarche et il faut respecter ça et qu'ils le fassent à fond.




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Crédits photo :
http://www.myspace.com/demiansmusic


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