Stratovarius

Entretien avec Jens Johansson (clavier) - le 12 janvier 2011

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Dupinguez

Une interview de




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L'actualité devrait être des plus souriantes pour Stratovarius. Nouvel album sur le point de sortir dans les bacs (au moment de l'interview), très bien reçu par la critique, tournée prestigieuse avec Helloween, salles remplies, fans retrouvés... et pourtant, c'est un groupe abattu qui se présente aujourd'hui au Transbordeur (Lyon). En effet, alors que Jörg se remet tout juste d'un traitement consécutif à un cancer, c'est Timo Kotipelto qui se retrouve dans l'impossibilité d'assurer les shows après avoir chopé une méchante bactérie. Pourtant, c'est avec la plus grande gentillesse que Jens Johansson me reçoit aujourd'hui.

Dupinguez : Ma première question est à propos de lui (NDLR : désignant Jörg Michael, juste à côté devant un ordinateur). Est-ce que tu peux me dire comment il va ?

Jens Johansson : Il est de retour ! Ces deux concerts, Paris et Lyon, étaient censés marquer le coup, mais nous avons du annuler, parce que Timo est malade. C’est un peu étrange, mais c’est comme ça !

Dupinguez : J’imagine que le concert de ce soir est donc annulé ? (NDLR : au moment de l’interview, aucune annonce officielle n’avait été encore faite)

Jens Johansson : Oui.

Dupinguez : Qu’est-il arrivé à Timo ?

Jens Johansson : Il a attrapé une sorte d’infection à la fin de la première partie de la tournée, aux alentours du 22 décembre. Il a eu une très mauvaise infection de l’estomac qui lui a desséché les cordes vocales.

Dupinguez : Il a mangé des huitres périmées ?

Jens Johansson : (rires) C’était sans doute à Prague, puisqu’après le repas là-bas, trois autres roadies ont été touchés et ont dû aller à l’hopital. On suppose donc que c’était dans le catering de notre concert en République Tchèque qu’il y a eu un problème. On a essayé de savoir qui avait mangé quoi, mais c’est dur de se rappeler. Peut-être la salade, peut-être le poulet… ?

Dupinguez : C’est encore plus dur de se rappeler qui a bu quoi.

Jens Johansson : (rires) Non, je pense que c’était la nourriture. Tu n’attrapes pas ce genre de choses avec la boisson. À la rigueur, une bonne gueule de bois…

Dupinguez : Ok ! Donc…

Jens Johansson : (m’interrompant) C’est très triste en tout cas. C’est vraiment décevant de ne pas pouvoir jouer ce soir…

Dupinguez : Oui, j’imagine que deux shows sold-out d’une tournée avec Helloween sont difficilement manquables.

Jens Johansson : Tout à fait. Évidemment, la personne la plus touchée est Timo. Parce que c’est un truc qu’il a attrapé et il ne peut strictement rien y faire. Et s’inquiéter ne va en rien améliorer la situation. Donc nous faisons avec, on essaie de trouver le sommeil du mieux que l’on peut. On repart demain soir à Bilbao et, Dieu merci, nous sommes en France, avec de belles autoroutes, bien plates, pas de neige. Tout le monde peut donc dormir correctement. Nous avons un jour de repos demain. Après ça, on espère que Timo ira mieux ! Mais il n’y a aucune garantie…

Dupinguez : Bon, fin de la partie « santé » de l’interview.

Jens Johansson : (rires)

Dupinguez : Bientôt, tu seras le dernier membre de Stratovarius encore vivant !

Jens Johansson : (rires) Peut-être aussi que je suis le prochain à y passer !

Dupinguez : Parlons un peu de votre nouvel album, Elysium (chronique ici), qui sort ce vendredi. Vous avez été assez rapides avec ce nouvel album, un an et demi seulement après Polaris. Vouliez-vous absolument avoir du nouveau matériel pour cette grande tournée avec Helloween ? Ou alors, est-ce que vous étiez dans une bonne dynamique créatrice ? Ou était-ce tout simplement pour montrer aux fans que Stratovarius est définitivement de retour ? Peut-être tout ça à la fois ?

Jens Johansson : Je crois que ce n’est pour aucune de ces raisons ! (rires)

Dupinguez : (rires) Je suis bon hein ?
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Jens Johansson : (rires) Mais la bonne dynamique créatrice est une bonne manière d’exprimer ça, oui.  Une des forces de ce nouveau line-up, c’est que nous avons de nombreux compositeurs. Donc nous n’avons pas besoin d’attendre untel ou untel qui n’est pas inspiré, qui ne se sent pas bien ou autre. Il y a quatre personnes qui tirent le groupe vers le haut, qui poussent dans le même sens. Ca nous a permis, à la fin de la tournée Polaris, en février je crois, de refaire des démos, en avril. Quand on a commencé en avril, on ne pensait pas que ça irait si vite parce qu’à l’époque, nous n’avions pas encore de tournée avec Helloween en vue. Quand ils nous ont contacté, on ne savait pas si on allait pouvoir le faire, parce qu’à la base, ils voulaient commencer en août, quelque chose comme ça. On leur a dit que c’était trop tôt. On a alors travaillé sur l’album. Ils nous ont ensuite rappelés pour nous dire que finalement, la tournée n’allait commencer qu’en novembre. Nous avons alors terminé l’album aussi vite que nous le pouvions. Et voilà ! Je te fais la version courte, mais c’est effectivement allé assez vite. Entre avril et novembre, nous avons tout fait : les démos, la composition et l’enregistrement du nouvel album.

Dupinguez : Tu parlais du fait qu’il y avait quatre compositeurs, maintenant, dans Stratovarius. Tolkki était auparavant votre unique compositeur, donc j’imagine qu’il vous amenait les compositions déjà toutes faites et que vous aviez juste à jouer vos parties…

Jens Johansson : Les démos qu’il faisait étaient généralement plutôt des brouillons de compositions. Il donnait à tout le monde beaucoup de liberté. Les chansons étaient juste composées de mélodies et d’accords, et chacun pouvait y rajouter sa sauce.

Dupinguez : Et aujourd’hui, avec quatre compositeurs, comment travaillez-vous ? Est-ce que tout le monde apporte des compositions complètes, est-ce que vous retravaillez tout en studio… comment fonctionne le groupe avec ce mode de travail ?

Jens Johansson : Je pense que cela dépend de la personne à qui tu poseras cette question. Pour ma part, je ne retouche pas beaucoup mes compositions une fois qu’elles sont posées. Mais Matthias retouche beaucoup ses lignes après coup. Chaque personne a une approche différente. Les compositions de Lauri ne bougent pas non plus beaucoup entre les versions démos et les versions studio.

Dupinguez : Jusque-là nous n’avions pas beaucoup eu l’occasion d’entendre tes compositions dans Stratovarius, à part une sur l’album Infinite...

Jens Johansson : (m’interrompant) : et quelques bonus tracks.

Dupinguez : Oui. Quelles sont tes influences quand tu composes pour Stratovarius ?

Jens Johansson : Pour tout te dire, mon groupe de « rock » préféré en ce moment s’appelle Meshuggah.

Dupinguez : Pas grand-chose à voir avec Stratovarius, donc.

Jens Johansson : Oui voilà. Je n’écoute pas vraiment de heavy metal. Il y a eu des groupes récents que j’ai pu aimer, notamment un groupe finlandais qui s’appelle Amberian Dawn. Mais je ne suis pas le plus gros fan de cette scène.

Dupinguez : C’est assez fréquent finalement, que les musiciens de heavy n’en écoutent pas dans leur temps libre.

Jens Johansson : Disons que j’en écoute suffisamment dans mes heures de travail, si j’ose dire. En fait, pendant les tournées, vu que tu passes tes journées à faire des choses en rapport avec la musique, tu essaies de faire un peu autre chose de ton temps libre. Ou au moins d’écouter d’autres genres.

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Dupinguez : Matthias est relativement nouveau dans Stratovarius, et pourtant, il est le compositeur principal d’Elysium. Comment arrive-t-il à gérer ses nouvelles responsabilités dans Stratovarius ?

Jens Johansson : Matthias est quelqu’un de très dur au mal. Une de ses forces en tant que musicien est d’être très travailleur. Et il apprend vite ! Quand il est arrivé dans le groupe, il n’était pas tellement dans ce type de musique. Il écoutait plutôt des groupes comme Symphony X ou Dream Theater. Mais depuis deux ans qu’il est dans Stratovarius, il a beaucoup appris. Il a notamment appris à mixer comme un vrai professionnel. Quand il s’attaque à un problème, il s’y met vraiment.

Dupinguez : Pour ce dernier album, je crois qu’il a fait l’enregistrement, l’édition, la production… Tu es en train de me dire qu’il a appris à faire tout ça après Polaris ?

Jens Johansson : Oui, pour la plupart. Il a déjà eu l’occasion de faire de l’édition, puisqu’il avait un studio il y a quelques années. Il connaissait les logiciels d’édition musicale. Mais entre connaitre les logiciels et produire un album, il y a un monde. Parfois, c’est quasiment de l’esthétisme. Il faut savoir quoi garder, quoi jeter, quoi refaire…

Dupinguez : Je me demandais justement si, au départ, vous l’aviez pris pour avoir quelqu’un qui puisse remplacer Tolkki à tous les niveaux : le jeu de guitare, mais aussi la composition, l’enregistrement , etc. Mais finalement, vous n’avez découvert tous ses talents qu’après Polaris.

Jens Johansson : Exactement. Je crois même qu’il serait faux de dire qu’on l’a embauché. Je dirais plutôt que quand il a commencé à s’impliquer avec nous et que nous nous sommes impliqués avec lui, nous ne savions pas si nous allions toujours nous appeler Stratovarius, nous n’avions pas de compositions. Donc c’était plutôt « mettons-nous ensemble au travail et voyons ce qui en sort ». À cette époque, Jörg était totalement contre l’utilisation du nom Stratovarius, je ne voulais pas trop non plus. L’objectif était plutôt de se mettre au travail avec quelqu’un qui savait jouer de la guitare et qui avait l’air très talentueux, de ce qu’on avait pu en voir sur YouTube et sur les enregistrements qu’il avait pu faire. Donc nous nous sommes mis au travail ensemble. Nous ne l’avons pas vraiment « embauché ». Nous n’étions pas tellement en position d’embaucher qui que ce soit. Le groupe était brisé, endetté… c’est aussi lui qui a su saisir l’opportunité !

Dupinguez : il s’est pointé, quoi !

Jens Johansson : (rires) Oui. C’est plutôt lui qui nous a embauchés, en fait (rires).

Dupinguez : Même dans vos heures les plus noires, de nombreux guitaristes auraient quand même voulu jouer pour Stratovarius.

Jens Johansson : Oui, j’en suis certain ! Mais c’était exactement le cas de figure que nous ne voulions pas, justement. Nous ne voulions pas de quelqu’un qui puisse jouer tous les soli exactement comme Timo, avoir exactement le même son que lui. Cela aurait été une erreur. Matthias est quelqu’un de très différent de Timo Tolkki à de nombreux niveaux. Le groupe a complètement changé depuis son arrivée. Il a été reconstruit de l’intérieur, en partant du plus bas. En fait, c’est un nouveau groupe, même si cela sonne d’une manière similaire, puisque ce sont quasiment les mêmes musiciens. Mais structurellement et philosophiquement, c’est différent.

Dupinguez : On pouvait déjà le voir avec Polaris, mais je dirais justement qu’avec Elysium, Stratovarius se dirige vers une musique un peu plus progressive, un peu plus technique qu’auparavant. Est-ce le fruit d’une décision consciente ? Ou est-ce venu naturellement ?

Jens Johansson : Ce qui s’est passé, c’est que quand nous nous sommes rencontrés en avril, Matthias avait écrit tellement de choses que son travail est devenu le centre de gravité de ce nouvel album, en quelque sorte. Mais je ne peux pas te dire aujourd’hui à quoi ressemblera notre prochain album. Tout dépend de ce que chacun mettra sur la table la prochaine fois que nous nous rassemblerons pour démarrer l’enregistrement. Je considère ça comme une sorte d’expérience géante, en fait. J’aime bien ne pas trop donner mon opinion, laisser les gens respirer. De mon point de vue, c’est la meilleure manière de laisser la créativité s’exprimer. Il faut planter des graines et voir ce qui va pousser. Je ne crois pas que se dire consciemment qu’un album doive sonner de telle ou telle manière soit une bonne idée. La musique, ça doit avant tout être joué, ça doit être du jeu. Pour Elysium, Matthias avait donc composé un paquet de trucs. Et vu que j’aime beaucoup tout ce qui est un peu progressif, voire étrange… du coup, c’est de ce travail qu’est issu l’album. J’ai beaucoup apprécié ce qu’il a fait, mais je ne pouvais pas dire si les fans allaient aimer ça aussi. Et il se trouve que les fans adorent notre nouvel album ! Tu peux entendre dans cet album que chacun arrive à faire ce qu’il veut faire en terme d’écriture.

Dupinguez : ...et c’est peut-être l’élément le plus important si tu veux garder un groupe en bonne santé : que chacun se fasse plaisir !

Jens Johansson : Exactement. Le seul regret que j’ai, c’est que j’y aurais volontiers passé beaucoup plus de temps, au moins 6 mois. Mais je te dirais ça à chaque album, de toute façon. Et dans ce cas précis, nous avions la deadline de cette tournée avec Helloween. Pour être prêts pour la tournée, nous avons donc du finir l’album pour novembre, point barre.

Dupinguez : Quelques mots sur les paroles à présent. Pendant l’ère Tolkki, vous parliez beaucoup d’écologie, de protection de l’environnement, parfois de politique, d’un point de vue très général. Aujourd’hui, de quoi parlez-vous dans vos chansons ?

Jens Johansson : Je pense qu’il y a toujours ces sujets dans nos chansons. Tout le monde est préoccupé par l’environnement... Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, nos paroles sont un peu plus personnelles. Je ne dis pas ça pour me plaindre de la situation telle qu’elle était auparavant, mais je crois que les paroles de l’ère Tolkki étaient souvent composées d’énormes (NDLR : « bombastic » en version originale) phrases à propos de la planète Terre, de sa destruction, à une échelle énorme… bref, rien de très personnel là-dedans. La différence, aujourd’hui, c’est que les paroles que nous écrivons maintenant sont donc plus personnelles. Mais nous parlons un peu toujours des mêmes sujets : la vie, la mort, l’amour, la destruction, la souffrance… les sujets habituels, en gros.

Photo_Stratovarius_2011_3_418h_300w Dupinguez : Je dirais que dans ces deux derniers albums, Timo Kotipelto a légèrement changé sa manière de chanter, il interprète plus ses paroles et semble plus convaincu par ce qu’il dit.

Jens Johansson : Bien sûr ! Quand tu chantes des paroles que tu as écrites toi-même, c’est plus évident que quand quelqu’un te dit de chanter ce qu’il a écrit pour toi. Je crois que c’est une des raisons pour lesquelles Ronnie James Dio refusait de chanter quelque chose qu’il n’aurait pas écrit lui-même. J’aime beaucoup cette approche. Je crois qu’il a eu de mauvaises expériences avec Blackmore (rires)

Dupinguez : Il a du travailler avec de nombreux trous du cul dans sa carrière.

Jens Johansson : (rires) Ooooooooooooh oui ! J’ai rencontré Tony Iommi et Blackmore et ils m’ont semblé très sympas, mais ce doit être des personnes avec lesquelles il est difficile de travailler.


Dupinguez : Changeons totalement de sujet ! Vos fans sont impatients d’avoir ENFIN un DVD live de Stratovarius. Il y a eu de nombreux projets là-dessus, mais tout a semblé capoter à chaque fois.

Jens Johansson : Jusqu’ici, il n’y a eu que deux projets qui se sont effondrés, mais peut-être que nous pouvons en bousiller quelques-uns de plus ! (rires)

Dupinguez : (rires) Il y a eu un concert à Milan pendant la tournée Elements et un a Sao Paulo pendant la tournée de l’album Stratovarius. Tout est à l’abandon ?

Jens Johansson : Oui !

Dupinguez : Ok ! (rires)

Jens Johansson : (rires) Ou le montage était raté, ou c’est nous qui avions mal joué, ou la vidéo était de mauvaise qualité, ou encore ça allait, mais Tolkki décidait que c’était pourri et que nous ne pouvions pas sortir un tel produit, mieux valait oublier. Il était encore leader du groupe à cette époque, donc si nous lui demandions ce qu’il voulait dire par là, il nous envoyait simplement un mail pour nous dire d’oublier cette idée. Nous lui répondions que nous venions juste de dépenser 40 000 € là-dedans, mais il nous répondait que c’était pourri, point barre. Maintenant que nous avons ce nouveau line-up, nous n’avons plus tellement envie de passer des mois à retravailler sur du matériel qui a été enregistré en 2003. Mais peut-être que nous allons le sortir d’une manière ou d’une autre…

Dupinguez : Peut-être sur un DVD bonus, ou autres. Mais ce que je voulais demander, c’est : est-ce que vous avez toujours cette idée en tête pour le futur ? Avec ce nouveau line-up, peut-être que vous avez envie de faire un nouveau DVD live.

Jens Johansson : Je ne sais pas. Nous avons déjà fait cet album live l’année dernière, Polaris Live. Donc je dirais : probablement pas. Il ne faut jamais dire jamais, bien sûr ! Lauri a déjà été impliqué dans le DVD de 2005 et nous sommes trois à avoir été impliqués dans celui de 2003. Aujourd’hui, à chaque fois que quelqu’un dans le groupe ou dans son entourage ressort l’idée d’un DVD live, j’ai presque envie de vomir. J’ai l’image de 100 000€ qui partent dans les toilettes en tirant la chasse d’eau.

Dupinguez : Peut-être que tu as développé une nouvelle sorte d’allergie aux DVD live !

Jens Johansson : (rires) C’est vraiment triste à vrai dire… Tout cet argent que nous avons gâché, nous aurions pu l’utiliser pour sortir effectivement un DVD, ou autre chose, mais en l’occurrence, tout a été gâché et il n’y a toujours rien de sorti. Donc c’est deux fois plus douloureux. Mais de l’eau a coulé sous les ponts…

Dupinguez : Après tous ces remous dans la presse, pendant l’ère Tolkki, vous êtes finalement de retour avec ce nouveau line-up et vous pouvez à nouveau parler de la musique de Stratovarius et pas de tout ce qui se passe autour du groupe. Ça vous fait quoi ?

Jens Johansson : C’est bien entendu très agréable. Mais ça nous a demandé beaucoup de travail ! Quand tu es musicien, tu dois faire de la musique. Il a fallu faire ces deux albums pour que les gens reparlent d’autres choses que de toutes ces merdes auxquelles nous avons fait face…  Mais c’est pour ça que nous faisons ce boulot, à la base. En fait, ce n’est pas tellement agréable, c’est juste normal. Ça ne devrait jamais être autrement. Je crois que l’année 2008 était la pire : nous ne faisions que parler de problèmes avec les labels, de procès, de Timo Tolkki qui perdait la boule. C’était vraiment déprimant. Nous n’avons pas parlé de musique pendant au moins un an. Il y a eu quelques concerts, mais nous passions le plus clair de notre temps à parler de business, de problèmes légaux… (il soupire) Ce n’est clairement pas ce pour quoi nous sommes faits. Si j’avais voulu faire ce genre de conneries, j’aurais choisi un travail de bureau quand j’avais 20 ans. C’est extrêmement ennuyeux. Les avocats, d’ailleurs, sont des gens vraiment ennuyeux.

Dupinguez : J’imagine ! Bon, je n’ai plus de questions, donc peut-être peux-tu dire un dernier mot pour les fans français. Ou leur décrire ce que ça aurait été si vous aviez joué ce soir.

Jens Johansson : Je sais que ça sonne vraiment mal, mais la France est un des plus mauvais endroits où nous aurions pu annuler. Les fans français nous sont restés très loyaux. Je pense que notre set aurait été composé en majeure partie de nos vieux hits. Nous aurions joué 2 ou 3 titres du dernier album, mais ça aurait été bizarre, puisque l’album est sorti cette semaine.

Dupinguez : ...à vrai dire, il n’est même pas encore sorti en France (NDLR : au moment de l’interview)

Jens Johansson : Oui. C’est très compliqué de jouer des titres que personne n’a jamais entendus. Donc ça aurait probablement été un set best-of. Je sais que de nombreuses personnes nous ont déjà entendu jouer ces titres, mais malgré tout, ce n’était vraiment pas le bon endroit pour annuler nos concerts, alors que les fans nous sont restés loyaux. J’essaie de voir les choses de manière positive autant que possible. C’est horrible de venir ici et de ne pas jouer, tout le monde se sent mal.

Dupinguez : Vous n’avez pas songé à faire un set instrumental et laisser les gens chanter ? Si vous jouez vos plus gros hits, les gens chanteront, c’est certain.

Jens Johansson : J’aimerais beaucoup, mais je pense que Timo se sentirait trop mal. Il a déjà l’impression de trahir tout le monde. C’est peut-être la personne qui se sentait le plus de mal dans tout ça. Donc pour ne pas lui mettre trop pression sur les épaules, c’est mieux d’annuler complètement. C’est le moins que l’on puisse faire pour lui. Si ça ne tenait qu’à moi, j’irais jouer et chanter ! Bien sûr, les gens risqueraient de fuir, ou la police viendrait carrément évacuer la zone. Je suis le genre de personne qui serait prête à faire n’importe quoi. Si tu me demandais d’aller sur scène et de me mettre un concombre dans le cul, je le ferais, si ça peut rendre quelqu’un heureux ! (rires) Mais Timo se dirait « oh non, c’est ma faute si Jens a un concombre dans le cul ! » (rires). C’est un choix difficile. Dans le groupe, nous avons tous des opinions différentes sur le sujet. Pour ma part, j’irais volontiers sur scène taper le bœuf ou jouer un solo de clavier d’une demi-heure, mais il faut trouver un terrain d’entente ! Donc nous avons préféré annuler complètement.


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