Helloween

Entretien avec Markus Grosskopf (basse) - le 12 janvier 2011

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Dupinguez

Une interview de




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Pour promouvoir son petit dernier, 7 Sinners, Helloween a monté une affiche de luxe avec Stratovarius. Hélas, le contexte de la soirée est particulier, puisque les Finlandais ont du annuler leur show en raison d'une bactérie attrapée par Timo Kotipelto. C'est donc à trente minutes d'un show de Helloween rallongé pour l'occasion que Markus Grosskopf me reçoit, visiblement très fatigué par le marathon d'interviews de la journée, provoquant quelques radotages. Néanmoins, cela ne suffira pas à entamer sa sympathie légendaire.

Dupinguez : Comment a été reçu votre dernier album, 7 Sinners, et comment se passe la tournée jusque-là ?

Markus : La tournée se passe très bien, excepté pour ces deux dates à Paris et Lyon que Stratovarius a dû annuler à cause de l’infection de Timo. Ca va faire un vide sur ces deux dates. Ils vont nous manquer, en quelque sorte. Mais à part ça, nous avons fait de très bons shows jusqu’à maintenant.

Dupinguez : Le public est réceptif aux titres du dernier album ?

Markus : Ils ont l’air de l’apprécier énormément. Personne ne s’est plaint, en tout cas. (rires)

Dupinguez : Vous avez décidé de sortir un album très heavy. Était-ce en réaction à l’album Unharmed ?

Markus : Peut-être que nous avions besoin de l’album Unharmed pour faire 7 Sinners. Nous n’en avons pas parlé en ces termes entre nous, mais les choses sont ainsi. Quand nous avons écouté les deux futurs premiers titres de l’album, à l’époque, qui étaient "Where The Sinners Go" et "Are You Metal ?" notre voie était toute tracée, sans même y avoir réfléchi auparavant.  Je dirais que c’est un album né par voie naturelle. (rires)

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Dupinguez : En vieillissant, les groupes finissent tôt ou tard par lever le pied et avoir un son plus calme, plus posé. Vous semblez emprunter la voie contraire.


Markus : Cela dépend tout simplement de l’humeur ou de l’état dans lequel nous sommes. Nous faisons les chansons que nous faisons, c’est aussi simple que ça. Nous ne nous posons pas autour d’une table tous ensemble pour réfléchir à des concepts comme l’agressivité de notre prochain album, ou ce genre de choses. Nous avons un ensemble de compositions, puis nous trouvons ensuite le moyen de les combiner pour en faire un CD. Cela prend parfois une direction donnée, parfois celle de 7 Sinners.

Dupinguez : Vous ne souhaitez donc emprunter aucune direction particulière, que ce soit sur un ou plusieurs albums ?

Markus : Non, pas vraiment. La plupart du temps, nous nous retrouvons juste avec tous ces titres qui forment un contexte particulier juste sur un album donné.

Dupinguez : Le premier single de 7 Sinners est "Are You Metal?", un titre qui parle du heavy metal, à quel point ce genre est cool, etc, comme de nombreux groupes l’ont fait auparavant. Je sais que vous utilisez beaucoup l’humour dans Helloween, mais j’ai un doute à propos de ce titre. Il s’agit de se moquer des groupes qui font ce genre de titres ou est-ce à prendre au sérieux ?

Markus : Nous avons ce titre, "Who Is Mr. Madman?", qui est plus ou moins une suite à "Perfect Gentleman" et qui montre l’aspect humoristique de Helloween. Mais c’est venu comme ça, nous ne nous posons pas tellement la question de ce dont nous avons besoin dans un album : un peu d’humour, un peu de heavy, un peu de ci, un peu de ça. Et c’est très bien comme ça, selon moi. Alors, pourquoi changer ce qui est bon ? Si tu cherches absolument à forcer un aspect de ta personnalité, tu vas peut-être en effacer un autre et c’est le meilleur moyen de détruire l’équilibre de l’ensemble. Pour le titre "Are You Metal?", nous l’avons trouvé très bon la première fois que nous l’avons écouté et nous avons donc choisi de ne pas y toucher. On prend notre pied dessus en live.

Dupinguez : Je ne voudrais pas que tu te fasses des ennemis, mais quel est ton point de vue sur des groupes comme Manowar ou Hammerfall qui parlent systématiquement du heavy metal dans leurs titres et qui louent les mérites de ce genre ?

Markus : Ça me va ainsi ! Ils font leur truc, et si ça leur plait comme ça, pourquoi pas ! Pour notre part, nous ne voulons pas vendre quelque chose qui ne nous correspond pas. C’est notre manière naturelle de nous exprimer qui ressort sur nos albums. Si d’autres veulent s’exprimer différemment, ça ne me pose aucun problème.

Dupinguez : Une question très simple maintenant : pourquoi le solo de flûte sur "Raise the Noise" ?

Markus : (rires) C’est le concept du morceau qui voulait ça. C’est une mélodie assez catchy.

Dupinguez : Oui, mais généralement, c’est plutôt le genre de sections dédiées aux solos de guitare.

Markus : Oui mais comme tu t’en es probablement rendu compte, nous aimons faire les choses différemment. (rires)

Dupinguez : Vous travaillez maintenant depuis de nombreuses années avec Charlie Bauerfeind et j’imagine que cela vous permet de gagner beaucoup de temps et de confort, puisqu’il vous connait bien, vous savez comment il travaille…

Markus (m’interrompant) : Nos albums sont très différents les uns des autres. Je dirais même que les titres qui composent un même album sont parfois très diversifiés. Ils ont besoin d’être mixés de manière individuelle. Il ne s’agit pas de trouver une configuration miracle et de balancer toutes nos pistes dans cette configuration. Chaque titre a besoin de vivre sa propre vie…

Dupinguez : …et l’ensemble doit quand même sonner comme un même album.

Markus : Oui, et cela prend énormément de temps.

Dupinguez : Avec cet album très heavy, avez-vous souhaité que la production prenne une direction particulière ?

Markus : Oui, nous voulions que l’ensemble sonne plus heavy que nos autres productions.

Dupinguez : N’êtes-vous pas parfois tentés de tout changer, de changer de producteur, de changer d’environnement de travail pour tenter de faire sonner Helloween d’une manière complètement différente, nouvelle ?

Markus : Chaque album d’Helloween sonne déjà de manière différente, puisque les titres qui s’y trouvent sont différents. Donc chaque production a déjà besoin d’être différente de celle de l’album précédent. Nous avons donc déjà suffisamment d’éléments pour que chaque album se démarque dans notre discographie. Le travail est déjà suffisamment énorme pour un même producteur pour que l’ensemble tienne debout.
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Dupinguez : Dans l’album Unharmed, vous avez fait une version spéciale des "Keepers of the Seven Keys", qui est en fait un mélange des trois titres, avec un orchestre. Est-ce que l’on peut espérer vous voir jouer ce titre live un jour, avec un orchestre ?

Markus : Ce n’est pas dans nos plans pour le moment, non. Je ne sais pas comment se dérouleront les prochaines années, mais pour le moment nous n’avons pas prévu cela, non.

Dupinguez : Vous n’avez jamais fait le traditionnel live avec orchestre symphonique, ça ne vous tente pas ?

Markus : Dans le futur, pourquoi pas ? Mais rien de prévu pour l’instant.

Dupinguez : Ok. Du coup, si vous en faites un, vous direz que c’est mon idée !

Markus : (rires) Ok, mais alors c’est toi qui paie pour l’orchestre.

Dupinguez : (rires) Heu… ok, ok, aucun problème ! Sur un sujet plus général, vous avez été l’un des premiers groupes à faire du heavy speed mélodique et vous semblez aujourd’hui en être également l’un des derniers représentants encore vivants.

Markus : (rires) Oui ! Nous avons survécus aux tremblements de terre, aux tornades…

Dupinguez : Il fallait comprendre « en activité » (rires).

Markus (qui continue) : Nous avons survécus aux attaques de bombes. Aux attaques de martiens. Nous avons survécus à nous-mêmes ! (rires)

Dupinguez : Les groupes de ce genre splittent ou disparaissent les uns après les autres,  ou alors ils font de mauvais albums, les nouveaux groupes sont moins bons…

Markus : Je ne sais pas. Nous avons toujours été là, nous avons toujours été tourner dans les villes, proches de notre public. Quand nous tournons, il ne s’agit pas de 2 ou 3 semaines : nous sommes sur les routes pendant des mois et des mois, parfois trois quarts de l’année. C’est ce dont un groupe de rock a besoin pour garder le contact avec son public. C’est ce qui fait que l’ensemble fonctionne et c’est ce que nous avons toujours fait. Nous n’avons jamais fait d’album sans avoir tourné derrière. Même pour les albums Pink Bubbles et Chameleon. Les gens savent que nous sommes comme ça, ils savent à quoi s’attendre et viennent quand même.

Dupinguez : Helloween a toujours du succès aujourd’hui, mais ce n’est pas le cas de la majeure partie de cette scène. Le genre est en train de mourir à petit feu. Quel est ton point de vue là-dessus ?

Markus : Une autre chose qui peut nous démarquer, c’est que nous avons quatre compositeurs dans le groupe. Cela nous permet de faire des choses différentes et de garder l’ensemble intéressant. Nous avons des titres rapides, des titres comme "I Want Out", "Dr Stein" ou alors "Push" et "Are You Metal ?". Tout cela fonctionne et peut cohabiter dans des albums, mais seulement si c’est fait sous le nom de Helloween. C’est pour ça que nous ne nous fixons aucune direction particulière. Cela permet de rendre les choses intéressantes et nous aimons ça.

Dupinguez : Du fait d’avoir plusieurs compositeurs différents, quand vous mélangez tout cela, n’est-ce pas difficile de rendre l’ensemble cohérent, de faire un sorte que les albums sonnent comme des albums et non pas comme une succession de titres indépendants ?

Markus : Cela sonne comme du Helloween quand nous commençons à tous travailler sur ces titres, en fait. Quand tu fais partie du groupe depuis de nombreuses années, tu sais ce qu’il faut faire pour qu’un titre devienne un morceau de Helloween.

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Dupinguez : Il me semble que sur 7 Sinners, chaque morceau a été un écrit par un compositeur unique, ce que vous n’aviez pas fait depuis longtemps. Vous réécrivez une bonne partie de ces morceaux en studio ? Chaque musicien y apporte sa vision ?


Markus : Oui, nous faisons de nombreuses modifications en studio, chacun va modifier les parties instrumentales selon ses préférences. Mais la plupart du temps, c’est une seule personne qui écrit les morceaux et les paroles qui vont avec. Nous préférons travailler ainsi.

Dupinguez : Après une si longue carrière, avez-vous encore de grands projets ou objectifs pour Helloween ?

Markus : Oui ! Nous n’avons pas encore été en tête d’affiche dans un grand festival, par exemple. Il y a encore des étapes que nous n’avons pas encore franchies, effectivement. Tu peux toujours faire un pas de plus. Il nous reste encore quelques années devant nous pour nous élever encore plus haut.

Dupinguez : J’ai une idée pour toi si tu veux être tête d’affiche d’un gros festival. Il suffit de splitter puis de vous reformer dans quelques années et le tour est joué.

Markus : (rires) Oui, mais le problème c’est qu’il faudrait effectivement qu’on se sépare pendant quelques années  et ce n’est pas prévu !


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