Moon Safari

Entretien avec le groupe au complet - le 20 septembre 2012

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Jehovad

Une interview de




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Quand notre ancien camarade Jehovad décide de nous filer un petit coup de main, il ne fait pas les choses à moitié, surtout quand le groupe en vaut la peine ! Ah oui, vous allez en bouffer du Moon Safari : une chronique ici, un live report là, et maintenant une interview réalisée avec tout le groupe, partculièrement volubile.

Comme vous êtes encore peu connus en France, pouvez-vous nous faire une brève historique du groupe ? 

Johan : Petter et moi étions au lycée ensemble. Nous écoutions du metal / rock progressif comme Shadow Gallery ou Dream Theater mais nous ne jouions qu’au hockey. Nous avons rapidement décidé de monter un groupe. En 1998, au moment de trouver un nom, j’ai vu un clip sur MTV qui contenait Moon Safari - album du groupe français AIR, mais que je ne connaissais absolument pas. Mais à l’époque nous ne sommes pas allés plus loin. Petter a commencé à jouer dans des groupes, moi aussi de mon côté. Les autres (ndlr : les frères Åkesson) jouaient aussi dans un groupe - ils sont musiciens depuis très jeunes – mais nous avons en quelque sorte explosé leur groupe pour en monter un avec eux. C’est comme ça que nous fonctionnons : nous détruisons des groupes pour recruter les musiciens qui nous intéressent (gros rires). Donc nous nous sommes joints à Simon, Tobias et Anton, notre ancien guitariste, qui jouaient tous ensemble mais ont tout abandonné pour nous. Notre premier album fut une pure coïncidence – nous aurions pu passer des années à sortir des démos…  Mais Petter a envoyé un email à Tomas Bodin (The Flower Kings) qui a beaucoup aimé nos chansons et a voulu s’impliquer. Donc il est venu chez nous. A cette époque nous étions très jeunes et nous ne savions pas vraiment où nous allions… Il nous a beaucoup guidé et aidé à développer notre son, basé sur un son prog rock, avec le mellotron, mais auquel s’ajoutent les harmonies vocales. Ensuite Anthon s’en est allé jouer de la basse dans un autre groupe début 2007, alors que nous bossions sur le deuxième album (Blomljud) ; nous avons donc accueilli Pontus, frère cadet de Simon… 
 
Tobias : …qui jouait dans un groupe de metal – que nous avons tout naturellement fait splitté (re-gros rires) – bien qu’ils fussent sur la pente descendante…  
 
Johan : Enfin Sebastian, le petit dernier des frères Åkesson, nous a rejoint sur le troisième album (Lover’s End), surtout parce que certains passages de Blomljud ne pouvaient pas être rendus en concert… Il nous fallait un claviériste supplémentaire pour apporter plus d’atmosphère, d’ambiance.  
 
Tobias : Et puis pour les harmonies vocales, il est idéal d’avoir les trois frères ensemble car, étant de la même famille, leurs voix sont très proches, donc se mêlent naturellement mieux. Voilà l’histoire de Moon Safari. 
 
Comment décririez-vous votre musique et quelles sont vos influences ? 
 
Johan : Nos influences sont très diverses. On demande souvent à Simon ou Sebastian qui sont leurs claviéristes de rock prog' favoris, en leur citant en exemple des groupes dont ils n’ont jamais entendu parler…. En fait ils n’ont pas vraiment une culture prog'. Quand Simon écrit pour Moon Safari, il n’est pas du tout inspiré par les grands groupes prog'. Bien sûr, il sait analyser des morceaux de Yes, mais il n’a jamais trop écouté ce genre de choses… 
 
Simon : Ce qui m’agace le plus, c’est quand je lis dans les chroniques des trucs du genre « Oh, quelle belle harmonie à la Beach Boys….. Ce sont les Beach Boys du prog'… » Parce qu’il y a un point commun et que c’est un groupe de référence pour beaucoup de gens… Mais en fait, ma véritable source remonte à bien plus loin : le barbershop des années 30 et 40. Dans le domaine de la pop, c’est plus les Beatles. Nous connaissons seulement deux ou trois chansons des Beach Boys… Il se trouve cependant que Brian Wilson (tête pensante des Beach Boys) et moi avons ces influences communes, ce qui explique les similitudes entre les Beach Boys et Moon Safari, mais ils ne sont pas une influence directe pour nous. Les gens ont tendance à disséquer nos compos et disserter sur l’origine de telle ou telle mélodie, tel ou tel riff… Beatles, Beach Boys…. Ça nous fait bien rire… 

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Petter : Concernant notre style, on peut dire que nos premières compos, comme "Dance Across the Ocean", sont très chargées, partent un peu dans toutes les directions, ce qui laisse entrevoir combien nous étions jeunes et naïfs à l’époque… Beaucoup de fleurs… Une fois que tu commence à écrire des paroles plus personnelles, tu ne peux plus revenir en arrière et chanter à nouveau les lutins dans les forêts ou sur les collines… C’est tout de même un point de départ dont l’inspiration nous vient pas mal de Shadow Gallery, que nous écoutions beaucoup. Yes a également écrit des paroles étranges… Mais cela s’accorde bien avec la musique.
 
D’ailleurs, comment peut-on vivre si loin au nord (au-delà du cercle polaire) avec si peu de lumière, et écrire des paroles et une musique aussi enjouée ? 

Johan : Tout comme il existe des groupes de metal californiens ou brésiliens qui vivent au soleil et chantent les ténèbres et l’enfer, il existe au contraire des groupes comme nous qui célèbrent l’été, le retour du soleil, de la vie au sein de la nature… Les gens oublient que certes, l’hiver est long, froid et sombre, mais en été, il fait tout le temps jour pendant au moins deux mois. Et nous vivons dehors, en short, nous avons des plages, etc… Et puis les conditions extérieures difficiles en hiver nous permettent d’être enfermés en studio et d’être ainsi très prolifiques ! 

Tobias : Concernant les thèmes abordés, particulièrement sur "Lover’s End",  j’ai toujours aimé Marillion, que Petter m’a fait découvrir à l’école, Clutching at Straws étant pour moi leur meilleur album. Puis il y a aussi Rumours de Fleetwood Mac, qui parle de ruptures. Lover’s End est en grande partie issu de ces deux albums. 
 
J’ai lu que vous aviez beaucoup de matériel compose que vous n’aviez pas pu publier, faute de temps. Qu’en faites-vous ? 

Johan : C’est devenu notre nouveau EP Lover’s End pt. III, qui est la suite de Lover’s End mais que nous n’avons effectivement pas pu inclure sur l’album. Simon compose sans cesse de nouvelles mélodies que nous conservons, parfois plusieurs années, jusqu’à pouvoir l’inclure dans un morceau, lorsqu’il y trouve sa place. 

Tobias : J’ai retrouvé il y a peu des vieux fichiers MIDI dans mon PC chez mes parents que j’ai réécoutés et qui ont fini sur Lover’s End !  

Johan : Nous sommes pas mal productifs et aimerions raccourcir la durée qui sépare chaque album. Nous en sommes à environ deux ans et demi, mais si nous pouvions descendre à un an et demi, ça serait bien. On ne peut pas sortir trop de disques non plus, mais on pourrait se retrouver avec des chansons qui commencent à dater et que nous ne pouvons plus sortir car notre style a progressé…. Et puisque le groupe continue de prendre de l’importance, notamment au niveau des ventes, nous espérons avoir bientôt plus de possibilités pour nous dégager du temps et composer puis enregistrer de la musique. 
 
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Ce qui est différent chez Moon Safari par rapport à nombre de groupes prog', c’est la qualité des mélodies et des arrangements. On ne s’ennuie jamais !... 

Johan : Il semble que les mélodies nous viennent facilement. Nous ne nous sommes jamais retrouvés assis en rond à essayer de trouver des idées de riffs… 

Pontus : Pour être honnête, je trouve que nous sommes assez bons pour trouver de bonnes mélodies. Nous ne conservons jamais rien que nous n’aimons qu’à moitié. Une mélodie jugée « pas mal » finit forcément à la poubelle ! Nous adorons chaque seconde de ce que nous écrivons. Certains groupes prog' donnent parfois l’impression d’improviser, de faire durer des thèmes juste pour délirer, mais les choses traînent en longueur, rien ne se passe… Nous voulons que notre musique soit pleine de surprises, que l’auditeur ne s’ennuie jamais, qu’il soit toujours impatient d’entendre la section suivante… 
 
Avez-vous reçu une éducation musicale classique qui vous servirait de solide base pour composer de si belles mélodies? 

Johan : Non, pas particulièrement… 

Simon : Je pense être celui du groupe qui est le plus calé en théorie musicale. Ça m’a toujours intéressé, notamment en jazz, le côté technique des accords, arrangements vocaux, etc… Les autres ont appris avec le temps et la pratique… Mais il s’agit plus d’une synergie entre nous : nous travaillons bien ensemble. Et puis trop de théorie peut entraver la créativité, placer des limites, donc c’est bien que nous ayons des approches différentes. Johnny Parker (trompettiste de jazz) a dit : « Il faut d’abord bien connaître la théorie, puis l’oublier… » 
 
Comment se positionne votre nouveau EP, Lover’s End pt. III, par rapport à l’album Lover’s End ? Est-ce simplement la suite et fin ?

Petter : La fille est toujours présente dans l’histoire, mais l’accent est mis sur la petite ville – notre ville – de Skellefteå. C’est un peu… le New Jersey suédois… C’est à 800 km de Stockholm et beaucoup de gens partent à Stockholm, des amis… Toujours cette histoire de désirer autre chose… 

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Johan : Mais tout en ayant des racines quelque part, chez toi. Le gars sur mon t-shirt (ndlr : le t-shirt est l’affiche de la tournée, également présent dans le livret du EP) est une légende locale. Il vient du petit village à côté de Skellefteå, d’où nous sommes également tous originaires, sauf Tobias. Il ramasse des boîtes de conserve en se promenant sur son vélo ; il est un peu fou pour une raison que nous ne connaissons pas. Mais il est gentil. Dans la chanson, c’est le personnage de « Rubberfeet ». On s’interroge sur ce qui se passerait si’lon devenait comme ce gars… 

Petter : Ca parle aussi de la dernière soirée d’été à Skellefteå, avant que presque tout le monde ne redescende vers Stockholm… et le personnage est « coincé » là…  


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