Helioss

Entretien avec Nicolas - le 22 mars 2017

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Winter

Une interview de




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La cadence s'accélère. Après avoir attendu un certain nombre d'années entre le premier album et le deuxième, Nicolas, la tête pensante d'Helioss, a daigné laisser le Soleil - sa planète d'origine - pour redescendre sur Terre plus rapidement, afin de nous communiquer la nouvelle bonne parole : Antumbra. Il nous donne des détails sur la genèse de sa troisième - excellente - œuvre, qui ne devrait pas être la dernière, c'est en tout cas ce qu'il nous affirme. Il n'a pas intérêt à mentir...


Winter : Salut Nicolas, quels sont les retours pour l’instant sur Antumbra ?

Nicolas : Salut ! Pour l’instant, c’est en général positif, même si certaines des chroniques que j’ai reçues sont dans des langues que je ne maîtrise pas, ce qui rend plus difficile l’interprétation que j’en fais. Mais dans l’ensemble, c’est très bon! 

Winter : Le fait d’être sur un label fait que le nombre de chroniques est supérieur à celles obtenues pour One With the Sun, non ?

Nicolas : L’album ne sort qu’après-demain, pour l’instant je n’ai qu’une petite dizaine de chroniques, mais il est évident qu’avec le boulot du label, j’en aurai plus que pour One With the Sun.

Winter : Tu notes une amélioration de tes conditions de travail avec ce deal, non ?

Nicolas : Carrément ! Ça n’a rien à voir. Quand tu vois les stats des titres qu’on a déjà présentés, tu te rends compte qu’ils ont été partagés un peu partout dans le monde, alors que moi,  je bidouillais dans mon coin.

Winter : Tu as franchement accéléré le rythme de sorties de tes albums. On a dû attendre un siècle environ entre les deux précédents albums et là… Ton quatrième album est prévu pour la semaine prochaine ?

Nicolas : Oh, entre The Forthcoming Darkness et One With the Sun, il ne s’était pas écoulé tant de temps que ça : seulement trois ans. Compte tenu du changement de chanteur, ce n’est pas si long. Antumbra aurait même pu sortir avant, mais il a fallu intégrer sa sortie dans le planning du label. Pour le prochain album, j’ai déjà commencé à écrire un peu. Il ne sortira pas après demain, mais vu que j’avais fini Antumbra depuis un certain temps, j’ai pu commencer à travailler un peu sur la suite.

Winter : Tu ne fais quand même pas partie des artistes ayant déjà en réserve du matériel pour trois ou quatre albums ?

Nicolas : Il faut faire la différence entre de nouveaux titres prêts et les chutes de l’album. J’ai pas mal de chutes. Vont-elles servir pour le nouvel album ? J’en sais rien, c’est trop tôt, Antumbra n’est pas encore sorti et je suis encore dedans. Même si c’est maintenant au label de travailler, ça reste, pour moi, l’album du moment.

Winter : Quelques mots  sur le label, Apathia Records ?

Nicolas : C’est un label français, basé à Lyon. La plupart des groupes qu’ils signent sont, logiquement, français et je suis très fier d’en faire partie. Ils font du très bon boulot, et j’espère collaborer longtemps avec eux.

Winter : Parlons de l’album lui-même. One With the Sun avait un aspect « feu-flamme », là tu es plus dans une optique « contrôle total », non ?

Nicolas : C’est difficile à dire. Je suis d’accord avec toi sur le fait que One With the Sun allait peut-être plus chercher son inspiration dans les extrêmes, tandis qu’Antumbra est plus cohérent, plus « logique » d’un bout à l’autre. Maintenant, les deux albums n’ont pas été écrits dans les mêmes conditions, le son est différent. Mais globalement, oui, Antumbra est plus cohérent que One With the Sun, qui partait un peu à droite, à gauche, ce qui était à la fois sa qualité et sa faiblesse. Le fait qu’il n’y ait pas de guests sur Antumbra a pu également jouer. Nous sommes deux personnes du début à la fin de l’album. Ça donne peut-être un sentiment d’unité vocale plus accentué que quand il y a plein de voix différentes.

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Winter : L’absence de guests était voulue ou tu as eu des empêchements à ce niveau-là ?


Nicolas : Disons que plus l’album avançait, plus j’ai eu envie qu’il y règne cette sensation d’unité. Du coup, si j’ai eu quelques velléités au départ, je n’ai pas persévéré par la suite. Bien sûr, si une opportunité d’avoir un guest prestigieux s’était présentée d’elle-même, je l’aurai saisie, mais ça n’a pas été le cas. Finalement, c’est très bien comme ça, d’autant plus que DM a fait un super travail sur le chant.

Winter : C’est le moins qu’on puisse dire…

Nicolas : Oui, il s’est vraiment investit. Il est vraiment très pro. Je lui ai soumis des idées, des suggestions, il les a prises en compte et les a même améliorées ! Je n’ai jamais eu le sentiment que pour certains passages, sa voix collait moins. Il cadrait partout !

Winter : Il a un registre étonnant. Il a différentes manières de growler, il assure aussi vraiment dans le registre black-metal…


Nicolas : il est vraiment très fort dans toutes les voix extrêmes. Il peut faire également du « gruik », même si je ne lui ai pas demandé d’en faire sur l’album, comme tu peux l’imaginer. La seule chose qu’il ne sait pas faire, c’est le chant clair, et je n’ai pas éprouvé le besoin d’en mettre sur cet album.

Winter : On sent de sa part un véritable enthousiasme. S’est-il impliqué dans la composition ?

Nicolas : Non. Ce n’est pas son souhait, ni vraiment le mien non plus. Il m’a évidemment donné des retours sur les morceaux que je lui présentais, mais ça fonctionne bien comme ça.


Winter : Tu restes donc le seul maître à bord…

Nicolas : Exactement. Si j’intégrais des gens dans le futur qui me proposaient des idées, je les accepterais volontiers, mais j’aurais toujours le dernier mot. Ce n’est pas pour être dictatorial, c’est juste qu’Helioss est né comme mon projet et pour l’instant, je n’ai pas envie que ça change.

Winter : Ça fait maintenant deux albums que tu utilises l’imagerie du soleil. Est-ce quelque chose que tu as envie de pérenniser ?

Nicolas : En fait, l’imagerie du soleil est présente depuis le début, au niveau des textes et de la pochette également, même s’il est vrai que les deux derniers albums l’ont mis plus au premier plan. C’est un sujet central dès le départ  – le nom du groupe, déjà…. Dès que j’ai commencé à vouloir donner une identité au projet, avant même d’avoir composé quoi que ce soit. Je voulais quelque chose de fort et d’immédiatement identifiable. Pas follement original, le soleil, c’est quand même un lieu commun, mais je voulais que la lumière soit un sujet omniprésent. Si tu regardes, tu verras que quasi toutes les chansons parlent d’elle.  
 
Winter : C’est vrai que pour The Forthcoming Darkness, je pensais plutôt à des titres comme "From Buddah to the Cross"…

Nicolas : Oui, mais même celui-là, quelque part il est connecté à ces aspects lumineux de par la religion, qui forcément évoque la lumière, ou l’absence de lumière d’ailleurs.

Winter : Peut-être que le fait que les pochettes des deux derniers albums aient pour protagoniste exclusif le soleil fait que l’on s'en rend d'avantage compte.

Nicolas : Oui, peut-être que j’amène ça de manière plus franche sur les deux derniers albums. Sur One With the Sun, la pochette montre un soleil géant dévorant la terre, et sur Antumbra, il est camouflé. C’est son absence qui est illustrée. L’éclipse était un moment de terreur dans les civilisations anciennes qui ne comprenaient pas pourquoi, et actuellement c’est un moment « suspendu » : on pénètre dans l’ombre tout en sachant qu’on va retourner vers la lumière. Ça peut paraître à priori une illustration pessimiste, mais ce  n’est pas le cas, dans une éclipse, le moment de l’Antumbra, c’est quand on amorce le retour vers la lumière. J’ai d’ailleurs envie qu’Helioss évoque la chaleur et la lumière plutôt que les ténèbres, même si ça peut paraître paradoxal pour une musique quand même apparentée au black metal.

Winter : Il est clair que, même dans le domaine du black sympho, Helioss ne sonne pas particulièrement evil.

Nicolas : Non. D’ailleurs quand j’évoque des choses négatives, il s’agit plus d’un constat de colère face à un monde qui n’est évidemment pas parfait, mais je préfère la lumière à l’ombre. Quelqu’un m’a dit il y a peu qu’il préférait la nuit au jour, car cette dernière cache un peu la laideur des gens, alors que la lumière la révèle. Pour ma part, je pense que c’est l’inverse. Je trouve que la lumière, symboliquement parlant, met en valeur le bon côté des gens, dissipe les ombres et les malaises, et contribue finalement à la joie, alors que la nuit permet aux gens d’exprimer ce qu’ils ont au plus profond d’eux, ce qui n’est pas toujours très beau. Ils le feront plus facilement la nuit, où les choses se cachent plus aisément. Elle est en ce sens plus effrayante.


Winter : Ta conception du soleil rejoint le symbolisme classique. Le soleil  y est le révélateur de la réalité. Sous sa lumière, personne ne peut cacher quoi que ce soit.

Nicolas : Voilà. C’est en ça que je la vois plus positive. C’est une source de chaleur. Il est bien connu que dans les pays nordiques, certaines personnes ont besoin de sessions de luminothérapie pour lutter contre la morosité provoquée par six mois d’absence de lumière, et c’est logique : les humains ne sont pas faits pour vivre dans l’obscurité, réelle ou symbolique, c’est-à dire l’ignorance.



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Winter : En parlant de lumière et chaleur, il y a quelques passages flamenco sur l’album. Paco de Lucía, c’est une référence pour toi ?

Nicolas : Ah oui. J’ai ressorti la guitare classique pour Antumbra. J’en joue régulièrement, mais je n’avais pas encore réussi à en intégrer sur Helioss. J’ai fait quelques années de guitare classique au conservatoire il y a longtemps et forcément, j’ai écouté Paco de Lucía, et étudié des compositeurs comme Isaac Albeniz, et joué un peu de guitare flamenco, même si je suis loin d’être un spécialiste. Du coup ce background a ressurgi naturellement au moment de la composition, sans que j’aie à forcer la chose. Ceci dit, sur "Bring Forth the Rain", j’ai vraiment eu envie de mettre en avant de la guitare acoustique, même si les sonorités un peu espagnoles, de guitare classique, sont venues par la suite. Je pense que le résultat est plutôt bon.

Winter : Oui. Cette chanson amorce d’ailleurs une seconde partie d’album plus paisible, après une première moitié trépidante. Tu es d’accord avec ce constat ?

Nicolas : Oui. Faire le tracklisting n’est jamais facile. Je savais du départ que je voulais mettre "The World is Ours" en premier, c’est sûrement le morceau le plus brutal que j’aie écrit pour Helioss, et "Coupables" en dernier, parce que j’aime bien son ton un peu lancinant et poisseux. J’ai fait pas mal d’essais et finalement j’ai choisi une première moitié dense et une seconde plus mid-tempo, avant de ré-accélérer la cadence avec "The Sun is Gone" qui est très compact.


Winter : Tu te sens à l’aise sur tout type de tempo ?

Nicolas : En tant qu’auditeur, j’aime ce qui est dense et intense, mais ça ne veut pas forcément dire rapide. Il peut y avoir du mid-tempo super « headbanguant », super entraînant, et à l’inverse des blasts à 280 bpm, qui ne sont qu’une succession de coups et qui n’engendrent pas de sensation de puissance. Quel que soit le rythme que j’utilise, j’essaye de garder le contrôle de l’intensité. Si je baisse d’intensité, ça doit être volontaire et pas le fruit d’un essoufflement. J’essaye toujours d’avoir une accroche auditive, et c’est possible sur tout type de tempo. Il y a des groupes qui se disent que s’ils balancent du blast pendant quatre minutes, les gens vont être terrassés par tant de violence et de puissance, sauf qu’au bout d’une minute trente de blast-beat, on ne l’entend plus vraiment, on s’y habitue. Je pense que la clé, c’est la variation de rythme, voire l’absence de rythme, c’est ce qui permet de donner la densité aux albums, et beaucoup de groupes l’ont très bien compris. J’ai personnellement du mal avec les rythmes uniformes, que ça soit du blast-beat à outrance ou du funeral doom (NDW : oh le vilain…). J’aime proposer des éléments accrocheurs, ce qui passe, au niveau des compos, par ne pas répéter les mêmes riffs trop longtemps, sinon l’auditeur finit par décrocher.


Winter : La reprise de Bolt Thrower est une petite surprise. Je n’associe pas forcément Helioss et Bolt Thrower… De plus, tu ne t’es pas tant éloigné que ça du morceau original... Tu t’es montré assez respectueux…

Nicolas : Oui. J’avais envie de faire une reprise, chose que j’avais déjà faite sur le premier EP. On a choisit quel titre reprendre avec DM, et notre choix s’est arrêté sur "… For Victory". Bolt Thrower n’a peut-être pas un lien direct avec Helioss, mais c’est un groupe qui m’a nourri et inspiré, que j’ai écouté et écoute encore de temps en temps. C’est un groupe puissant avec une forte identité. Je ne suis pas le premier à faire une reprise du groupe, mais j’avais envie de le faire, et quelque part ça s’est transformé en hommage, vu qu’ils ont splitté, même si le choix du groupe s’est fait avant qu’ils annoncent leur arrêt. J’ai voulu y mettre des orchestrations black sympho, mais sans le dénaturer. Je suis de toute façon plus adepte des reprises respectueuses que des covers déstructurées où on reconnaît à peine le morceau original.

Winter : Tu maintiens la fameuse « French touch » avec deux titres en français.

Nicolas : Effectivement. J’aime la langue française, je trouve qu’elle se marie bien avec le metal, même si l’anglais reste la langue universelle. Mais le public français apprécie, je pense, d’avoir un peu de français dans le metal et le public étranger aussi. Ceci dit, plus que faire ça pour les autres, je fais ça parce que je trouve ça cohérent avec le thème traité et la manière de l’aborder. Je n’ai pas un « quota de chansons françaises », simplement "Dernière Nuit" et "Coupables" sont toutes les deux un peu intimistes et crépusculaires et s'adaptent bien au français.

Winter : C’est vrai que les morceaux que tu écris dans cette langue sont particuliers. Par exemple, je ne vois pas "The World is Ours" en français…

Nicolas : Je suis d’accord. En tout cas, il est clair que "Dernière Nuit" et "Coupables" ont été exprimés en français parce qu’à la base, ils me plaisaient beaucoup.

Winter : Il y a des titres que tu trouves quand même un peu moins bons que les autres sur Antumbra ?

Nicolas : Disons que c’est un peu comme avec les enfants. Même si tu les aimes tous, au fond de toi-même, il y a peut-être une petite voix qui te dit que si tu avais en choisir un, tu choisirais celui-ci ou celui-là. Au moment où tu enregistres un morceau, tu te dis que c’est le meilleur que tu n’aies jamais fait, pour le suivant, tu te dis « ah non, finalement c’est celui-là… », mais avec le recul, tu as forcément une hiérarchie qui se dessine et il y a des titres que tu trouves plus percutants que d’autres. 



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Winter : Donc tu as déjà du recul sur l'album.

Nicolas : Ah oui, bien sûr. Comme pour n’importe quel auditeur, j’ai plus d’affinités avec certains titres que d’autres, même si je ne changerai absolument rien de l’album. Je l’écoute d’ailleurs toujours de temps en temps, malgré le fait d’avoir été plongé dedans pendant longtemps, alors que une fois One With the Sun sorti, je ne pouvais plus l’écouter tellement j’en avais mangé. Là je garde une certaine fraîcheur par rapport à Antumbra. Pour moi, c’est un signe de réussite et de fierté par rapport au travail accompli.


Winter : De toute façon, la perception d’un album est subjective. Lors d’une de mes précédentes interviews, je vantais les mérites d’un titre au groupe et j’ai eu la sensation que ce n’était vraiment pas leur titre préféré de l’album.


Nicolas : Tout à fait. Rien qu’avec DM, nous n’avons pas la même vision de l’album et ne sommes pas d’accord sur les meilleurs titres. C’est ce qui est intéressant quand tu as un retour d’une tierce personne : avoir un avis encore différent. D’ailleurs c’est rassurant de voir qu’il n’y a pas d’unanimité sur les meilleurs titres de l’album. Personne ne s’accorde ni sur les tueries, ni sur dire que tel ou tel titre est une grosse daube.

Winter : Pour le choix des morceaux que vous avez mis en écoute avant la sortie de l’album, j’imagine que vous avez privilégié les morceaux les plus accrocheurs.

Nicolas : Oui, bien sûr, mais aussi le fait d’avoir, avec ces trois morceaux, une vision plutôt fidèle de ce que sera l’album. Même si, évidemment, on n’aurait jamais pris un titre avec une intro de quatre minutes. Simplement là, une personne ayant fait l’effort d’écouter les trois morceaux saura à quoi s’en tenir avec Antumbra.

Winter : Ce qui n’est pas toujours le cas.

Nicolas : C’est clair, ne serait-ce qu’avec le dernier Sepultura. L’album est bon, mais il est mis comme teaser un morceau qui dénote avec le reste de l’œuvre. C’est pour ça que je n’aurais jamais sorti "Bring Forth the Rain" ou "Coupables", car ils ont des aspects très spécifiques. 

Winter : Avec le label, vous avez évoqué la possibilité de réaliser un clip ?

Nicolas : Non, ce sont des frais en plus et ce n’est pas ma priorité. Je n’ai rien contre, mais en général, le clip tu le regardes une ou deux fois et c’est fini. Ma priorité, c’est la musique. C’est un super instrument de promotion, mais ça représente beaucoup de travail et ça n’est pas l’essence de la musique. Si un jour je devais en faire un, ça serait en tout cas, quelque chose d’imagé et symbolique. Je ne me vois pas jouer de la guitare en faux live dans une usine désaffectée (rires).

Winter : Et le prochain album ?

Nicolas : J’ai commencé à écrire quelques morceaux, certains sont bien aboutis, mais il n’y a encore rien de concret pour l’instant. Ceci dit, l’avantage de ne pas faire de concerts ou de tournées, c’est que depuis novembre, je me suis remis à composer, vu que le reste était entre les mains du label. Du coup, ça peut aller relativement vite. Je peux presque faire un album tous les deux ans sont trop forcer. 









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