Unchained

Entretien avec Pierre Jourdan-Gassin (chant) - le 26 mai 2017

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Winter

Une interview de




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Auteurs d'un premier album épatant de spontanéité il y a quelques années, les Niçois d'Unchained ont remis ça cette année et présentent à la face du monde leur deuxième rejeton, Chasing Shadows, œuvre entièrement à la gloire du bon vieux death mélodique des familles, fortement mâtiné de thrash et de heavy. Petit entretien avec Pierre, le chanteur de la formation, qui nous explique, entre autres, le mode de fonctionnement du groupe et la genèse de ce bel ouvrage.

Winter : Salut et félicitations pour l’album ! Je dois avouer que j’ai eu un peu plus de mal à rentrer dans Chasing Shadows que dans son prédécesseur, mais maintenant que j’y suis arrivé, je prends mon pied. 

Pierre : Merci ! C’est vrai que l’album est peut-être un peu moins direct que le premier, mais il va plus loin, il est plus recherché. Il est plus heavy, c’est notre album le plus heavy (rires) !

Winter : Et celui de la maturité aussi…

Pierre : Voilà (rires) !

Winter : En tout cas, il y a du riff à tous les étages et puis, j’ai l’impression d’écouter des gens qui prennent vraiment du plaisir à jouer. C’est le cas ?

Pierre : C’est clair qu’on s’est vraiment fait plaisir avec cet album ! On a mis longtemps à le sortir parce qu’il y a eu des changements de line-up. C’est ce qui explique qu’il y a pratiquement cinq ans entre les deux albums. Du coup, on a peut-être eu besoin d’exprimer une certaine frustration et c’est pour ça qu’on s’est lâchés avec ce disque, et ça explique qu’on soit allés plus loin, je pense.

Winter : Et puis j’imagine que vous avez dû mettre un peu de temps à composer les morceaux, non ? Ils sont relativement simples – on n’est pas dans le post-prog néoclassique… , mais on sent néanmoins que leur écriture a dû nécessiter un certain investissement.

Pierre : Oui, nous avons beaucoup bossé sur les chansons, elles ont eu le temps de mûrir, et nous avons également eu le temps de les jouer en concert de nombreuses fois avant de les enregistrer. Du coup, elles ont un peu évolué, et nous avons pu prendre le temps de bien les travailler, alors que le premier album, c’était plus un premier jet, plus spontané.

Winter : Arriver à produire des chansons travaillées tout en maintenant une structure classique « couplet/refrain/couplet », ce n’est pas si évident…

Pierre : On tenait à garder cette structure avec des refrains, ce côté accrocheur. On a toujours envie que nos chansons soient catchy. On n'avait pas envie de donner dans le progressif. Ce n’est donc effectivement pas facile de composer quelque chose de direct et, en même temps, intéressant musicalement. 

Winter : Votre optique, c’est toujours le live ? Vous privilégiez le live au studio ?

Pierre : On adore le live. Si on fait de la musique, c’est avant tout pour le jouer sur scène, c’est là où on prend le plus notre pied. Non pas pour les groupies ni la montagne de coke (rires), mais bien pour le plaisir de jouer.

Winter : Les groupies ça n’existe pas/plus ?

Pierre : Peut-être que notre batteur a connu ça dans les années 80, quand il jouait du glam, mais de nos jours ça n’existe plus ! Sinon, plus sérieusement, on avait besoin de renouveler notre setlist de concerts, de composer de nouveaux morceaux qui nous correspondent plus, tout en gardant cette efficacité live. Si on peine à reproduire un titre sur scène et qu’il n’entraîne pas le public, ce n’est pas la peine qu’on le joue.

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Winter : Donc le morceau de vingt-huit minutes en trois sous-parties, c’est pas pour tout de suite… 

Pierre : Pourquoi pas pour un projet parallèle, mais pas avec Unchained.

Winter : Comme sur votre précédent album, vous jouez du death metal, mais on sent quand même également un bon vieil amour pour le heavy et le thrash, non ?

Pierre : Carrément. On vient du heavy metal des années 80 et c’est ce qui nous influence le plus quand on veut rendre un morceau plus violent, plus direct et plus agressif. On a un côté death, évidemment, mais ce qu’on aime, ce sont les refrains accrocheurs, les solos de guitare avec le pied sur le retour, les cheveux au vent (rires), c’est notre truc !

Winter : Ce qui est clair, c’est que les guitaristes se sont bien fait plaisir sur Chasing Shadows… 

Pierre : Les guitares sont la base des compos. Comme sur Oncoming Chaos, c’est Jo, notre guitariste rythmique, qui a écrit la plupart des compos, et il s’est bien lâché !

Winter : Je sais que tu es également fan de rock. Alors, pas de morceau de vingt-huit minutes chez Unchained, mais des titres plus rock, ça serait possible ?

Pierre : La seule reprise qu’Unchained ait joué, c’est "Live Wire" de Mötley Crüe, qu’on avait rendu plus death, et c’est vrai que dans la voiture, on écoute facilement Steel Panther ou Twisted Sister…

Winter : Il est donc possible qu’un jour, ces influences-là ressortent plus nettement ?

Pierre : Pourquoi pas ? Le glam a un côté accrocheur qui nous plait. Donc oui, en version plus violente, ça peut se faire.

Winter : Et comme ça, vous pourriez, vous relookez un peu… De la poudre et des perruques… ça vous irait pas mal…

Pierre : Le spandex et les perruques frisées nous iraient très bien ! (rires)

Winter : Le fait de beaucoup jouer en concerts demande certains sacrifices, non ?

Pierre : Oui, surtout pour nos familles, qui sont assez compréhensives. Mais on aime vraiment ça, comme je disais avant. On essaye de jouer le plus possible, et de faire de belles premières parties, comme avec Fleshgod Apocalypse et Blazing War Machine, récemment. On a déjà ouvert pour Exodus, c’est un super souvenir d’ailleurs. On a également fait quelques festivals dans le Nord de la France, et sur la Côte d’Azur, dès qu’il y a un groupe assez important qui vient, on essaye de faire la première partie.


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Winter : Et ça se passe bien en général ? Pas trop de stars du rock’n’roll un peu snobs ?

Pierre : Non, en général ça se passe bien. Et les plus connus sont souvent les plus sympas. Franky, le batteur de Blazing War Machine, ex de Dagoba, c’est le gars le plus gentil que j’aie pu croiser en concert.

Winter : Et si vous aviez un peu plus de succès, vous envisageriez des tournées dans toute la France ou à l’étranger, ou vous préférez rester sur la scène locale pour des raisons familiales ou logistiques ?
 
Pierre : On est prêt à le faire et d’ailleurs on l’a déjà fait, notamment pour certains festivals, comme je t’ai dit. Il y a des zones avec plus de potentiel de concerts que la Côte d’Azur. On peut aussi se rendre à l’étranger, l’Italie est juste à côté d’ailleurs.

Winter : Le Hellfest ?

Pierre : Ah, ça serait un accomplissement. C’est en tout cas un objectif.

Winter : Comme sur le premier album, vous avez un guest, en la personne de Mick de No Return.

Pierre : Oui, c’est un pote. On a déjà partagé plusieurs scènes avec lui, que ce soit avec son ancien groupe Destinity ou avec No Return. Il nous a fait l’honneur et le plaisir de chanter sur un titre de notre album (sur "This His Hell"), et ça a été une belle expérience.

Winter : No Return est un groupe emblématique d’une certaine époque du death français. 

Pierre : Complètement. C’est un groupe culte, depuis les années 90. Ils sont toujours là et sortent toujours de très bons albums. D’ailleurs, j’ai hâte d’écouter leur prochain album, qui devrait sortir cette année. 

Winter : Au point de vue de la rythmique, on sent que le batteur est influencé par cette époque. Il n’est pas très porté sur le blast. 

Pierre : Exact. Notre batteur envoie du lourd, dans un style « à l’ancienne » qui nous correspond parfaitement. Nous ne sommes pas obsédés par la technique ou par le fait d’envoyer les blasts les plus rapides. 

Winter : Donc vous n’ambitionnez pas de battre le record de bpm de Fleshgod Apoclypse…

Pierre :  Non (rires), même si le batteur de FA est vraiment très impressionnant. 

Winter : Il y a eu cinq ans entre les deux albums, vous allez essayer de laisser passer moins de temps pour la sortie du troisième, ou ça reste secondaire, les prestations live étant votre priorité absolue ?

Pierre : La priorité, c’est le live, mais on va tout de même tâcher de réduire le délai. On devrait y arriver, car ce gros écart est surtout dû à des évènements concrets : notre bassiste et notre guitariste solo ont quitté le groupe. On avait commencé à écrire des morceaux avec eux, mais quand ils sont partis, nous avons tout balancé et sommes repartis de zéro. Mais maintenant, le line-up est stable : le nouveau bassiste, c’est Noël, il joue également dans Moghan-Ra, un groupe de la région qui fait du deathcore. Quant au guitariste, il s’agit de Loïc, qui vient de Dark Tribe, groupe de power metal. Il n’y a a priori pas de raison qu’on mette autant de temps à sortir le troisième.

Winter : Parlons de toi : ton registre, c’est le death. Pourrais-tu chanter dans un registre plus académique ?

Pierre : Non, ce n’est pas mon registre. Mes idoles, ce sont Coverdale ou Dio, mais je ne suis pas capable de chanter comme eux. Mon truc, c’est le chant agressif, qui colle très bien aux compos et est une des marques d’identité du groupe.

Winter : Tu cites Coverdale et Dio. Il y a également des groupes que tu aimerais citer ?

Pierre : En tant qu’influence d’Unchained ou des groupes que j’écoute chez moi ?

Winter : Ce ne sont pas les mêmes ? 

Pierre : Non. En fait, chez moi, j’écoute peu de death mélodique, peut-être pour ne pas trop tourner en rond. J’en ai écouté beaucoup à une époque, mais moins maintenant. Les références restent, pour moi, Dark Tranquility, At the Gates, les premiers In Flames, Amon Amarth, Arch Enemy… les classiques. Mais en ce moment, j’écoute des trucs beaucoup plus cools : dernièrement, c’est le dernier Night Flight Orchestra qui tourne beaucoup. 

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Winter : Tes comparses d’Unchained ont le même profil musical ?

Pierre : Pas forcément, mais on se retrouve dans cette affinité pour le death mélodique et pour un certain rejet d’une musique très technique et/ou démonstrative. On va dire que nos influences communes vont de Motley Crue à Behemoth…

Winter : Jolie palette… (rires). Sinon, les paroles, c’est un truc secondaire pour vous et tu pourrais limite faire du John Tardy ?

Pierre : Non. Pour moi, c’est important. Je sais bien que tout le monde n’attache pas une importance folle aux paroles, mais j’y tiens. Je ne pourrais pas gueuler des trucs sans aucun sens. 

Winter : Vos lyrics ne font pas trop dans la critique sociale acerbe, quels sujets aimes-tu évoquer ?

Pierre : Il n’y a pas de concept, différents sujets sont évoqués : la folie sur "My Favourite Nightmare", les théories du complot, que je méprise totalement, sur "Conspiracy for Fools"… J’ai des influences assez diverses. Le cinéma m’inspire, comme sur "Room 237" qui évoque le film The Shining

Winter : Excellent morceau et film extraordinaire… 

Pierre : C’est le dernier titre que nous avons composé. Loïc, notre nouveau guitariste soliste, y a participé. Je n’avais pas de paroles et c’est l’autre guitariste, Jo, qui m’a donné l’idée d’écrire sur Shining, film culte pour nous tous. Du coup, l’album finit sur une compo bien dark et bien death melo.

Winter : Death melo, oui, mais pas melodeath. Je suis un empapaouteur de mouches, mais pour moi, vous n’êtes pas très melodeath…

Pierre : C’est vrai que, même si "Room 237" est quand même très melodeath, nous sommes en général plus tournés vers un death mélodique inspiré du heavy metal.

Winter : Tu avais d’ailleurs un autre projet, Dividead, qui, lui, était très melodeath…

Pierre : Oui, mais Dividead s’est arrêté. 

Winter : Tu avais également donné de la voix sur Helioss.

Pierre : Oui, et je dois reconnaître que les deux albums que Nicolas (tête pensante d’Helioss) a fait sans moi sont des tueries. J’ai aussi chanté avec Scornforger, groupe de pur thrash à l’ancienne, qui s’est arrêté également. Je suis donc désormais centré 100% sur Unchained, un peu par la force des choses, mais c’est en réalité un mal pour un bien : il est bon de se focaliser sur son projet principal et moins s’éparpiller. Un groupe, à fond, c’est parfait.

Winter : Pour en revenir deux secondes aux paroles : tu accepterais de chanter sur des textes que tu n’as pas écrits, ou tu aimes garder la mainmise sur cet aspect ?

Pierre : Ça ne me gênerait pas, je l’ai d’ailleurs fait avec Scornforger ou Dividead. Mais bon, un ou deux titres par albums. C’est quand même mon domaine. Je ne compose pas la musique, mais j’écris les textes.

Winter : Sinon tu te verrais relégué à un rôle de second couteau.

Pierre : Oui. Alors, sur Helioss, ça ne me posait pas de problèmes, c’était le projet de Nico, mais quand il s’agit de mon groupe, j’aime bien arriver sur scène et chanter mes textes.

Winter : Pas de lyrics en français ? 

Pierre : Non. Déjà, pas sûr qu’avec le chant death, les gens se rendent compte de la différence (rires), et puis, ça me semble plus naturel d’écrire en anglais, paradoxalement. J’ai grandi en écoutant du chant quasi exclusivement en anglais et je perpétue la tradition.

Winter : En ce qui concerne le rapport à la scène, je sais que tu adores ça, mais j’imagine qu’il doit y avoir parfois des moments difficiles.

Pierre : Oui, bien sûr. C’est le problème quand tu joues en première partie d’un groupe plus connu, que les gens ne sont pas venus pour toi et qu’ils sont en train de boire une bière pendant que tu joues. Mais c’est un défi, on a tout à prouver à chaque concert et ça nous plait. La plupart du temps, ça se passe plutôt bien.


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Winter : J’imagine que le public est en général réceptif à un groupe qui s’investit à fond et dont le chanteur est assez remuant...

Pierre : Oui, on essaye de faire participer les gens, histoire que nous passions tous un bon moment, eux et nous. C’est pour ça qu’on fait de la musique.

Winter : Vous assumez totalement votre statut de groupe autoproduit ou vous essayez de dégoter un label ?

Pierre : On avait sorti le premier album sur un label, et pour le deuxième, on a commencé à en chercher un également, mais les propositions faites n’étaient pas intéressantes : ça nous aurait coûté de l’argent. Donc, à moins d’avoir un label prêt à investir un minimum sur nous, on préfère faire les choses nous-mêmes. 

Winter : Ce n’est pas quelque chose qui vous traumatise...

Pierre : Non, surtout que vu l’état de l’industrie de la musique, nous ne jouons pas pour gagner de l’argent. On est arrivé à un point où l’album ne rapporte rien et n’est plus qu’une carte de visite pour pouvoir faire du live. Donc l’album nous sert à nous faire connaître et à décrocher des belles dates. 

Winter : C’est une situation que tu regrettes, non ?

Pierre : Oui, d’autant plus que j’adore l’objet associé à l’album : CD, vinyle – j’ai d’ailleurs entamé une belle collection. L’objet physique me passionne. Pour bien écouter un album, j’aime avoir le support dans les mains, ce qui ne m’empêche pas de faire plein de découvertes avec le streaming, ceci dit. 

Winter : Il y a encore des magasins sur Nice où tu peux trouver des albums ?

Pierre : Oui, il y a un super magasin qui s’appelle Hit Import, où tu trouves tout ce que tu veux.

Winter : Le mot de la fin ?

Pierre : Merci à toi !



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