Dagoba

Entretien avec Shawter - le 02 février 2022

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Eudus

Une interview de




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Quatre ans après Black Nova et de nombreux concerts à travers le monde, les Français de Dagoba sont de retour avec un huitième album By Night. À cette occasion, Shawter, fondateur du combo, nous fait l'honneur de répondre à mes questions, évoquant l'évolution du groupe, et surtout l'avenir après deux dernières années bien compliquées pour les artistes.


Eudes : Bonjour Shawter. Je vous ai découverts, comme beaucoup de monde, je suppose, via "The Things Within" sur un sampler promo. Peux-tu te présenter et présenter le groupe depuis ses débuts ?

Shawter : Je m'appelle Shaw et je suis le chanteur de Dagoba. On a sorti notre premier album en 2003. Le groupe existe depuis plus de vingt-cinq ans puisqu'on a commencé au lycée avant de sortir notre premier album.
Théo est le batteur et vient de la région la région parisienne. Richard le guitariste vient de Metz, Kawa le bassiste est de Lyon et je suis de la magnifique ville de Marseille,
On sort le 18 février prochain By Night, notre huitième album chez Napalm Records.
On a pour habitude depuis notre premier effort de faire des tournées internationales. C'est notre marque de fabrique, on ne se cantonne pas au marché français, on chante en anglais et on se régale à faire du metal.

Concernant Napalm, c'est un peu surprenant comme nouveau label, de tradition pagan/ power/ sympho. Comment s'est passée cette signature ?

En fait, cela fait des années qu'on est dans leur division événementiel (Napalm Event) qui nous fait tourner dans le monde. Quand on s'est lancé dans une recherche de label pour le nouvel album, on l'a envoyé à tous les gros labels que tu connais. On a eu que des retours positifs mais Napalm nous ont présenté un plan de développement du groupe plus structuré que les autres, sur trois albums. C'est pratique aussi d'être chez eux pour l’événementiel et pour la maison disque, pour la communication entre ces deux pôles, c'est pratique. Ça c'est fait comme ça.

Vingt années après votre premier album, By Night est étiqueté comme un album de modern metal. La communauté metal n'est pas encore à l'aise avec ce terme. Qu'est-ce que le modern metal pour toi ?

Honnêtement, je n'en sais rien du tout. Ça fait vingt ans qu'on me pose la question « qu'est-ce vous jouez ? » Moi je fais du metal, à partir du moment où il y a une grosse caisse, ça gueule, y a de la guitare saturée, c'est du metal. Je ne sais pas ce que c'est le modern metal, les étiquettes, ce sont les gens qui les posent, on n'impose rien. Nous on joue du Dagoba.

C'est vrai que c'est plutôt du groove metal qui est associé à Dagoba.

Ouais, et je ne saurais même pas le justifier, au contraire, on joue surtout au métronome, avec des machines, en terme de groove, on est pas les plus groovy de la terre. Je laisse les gens poser les étiquettes qu'ils veulent sur le groupe. Tant qu'ils prennent du plaisir à écouter notre musique, ça me va.

Le nouvel album By Night, sort le 18 février, est-ce que tu peux nous en dire plus sur l'enregistrement, les thèmes abordés, le concept ?

L'enregistrement s'est déroulé dans mon studio, le Eagle Black Studio, comme pour nos quatre précédents albums. On a envoyé le mix et le mastering à Chris Coulter en Angleterre qui a fait un super boulot de production. C'est un album où on a vraiment voulu faire la part belle aux refrains et à notre amour pour les synthétiseurs, un peu plus que sur le reste de notre discographie. C'est la particularité de cet album. L'univers graphique est donc en corrélation avec les sons, on a voulu également mettre l'accent et faire des efforts, faire progresser le groupe sur les vidéos clips. C'est un album qu'on a appelé By Night, car en écoutant les pré-productions, entre nous quatre, on s'est vraiment senti projetés dans une grosse voiture, dans une cité futuriste de nuit, « By Night » s'est imposé assez naturellement.

Concernant les clips, j'ai celui de "On the Run" en tête, comment ça c'est passé? C'est vrai qu'il est très moderne. Comment il a été tourné ?

On a travaillé avec Vidéo Link à Manchester, comme les autre singles "The Hunt" et "The Last Crossing", c'est le même réalisateur. On avait pour idée de garder un certain code pour tous nos clips précédant la sortie de l'album. La luminosité artificielle, le loup, la voiture, la croix qui revient, pour donner une certaine continuité entre les vidéos. En ce qui concerne "On the Run", on a filmé ça à Bolton, en Angleterre, dans un centre commercial désaffecté, c'est un tournage épique. Il a duré de cinq heures du soir à trois heures du matin. Il fallait qu'on ait des scènes dans des endroits fermés sans lumières, mais il fallait ensuite des scènes de nuit pour que le rendu des néons soit effectif. On a voulu garder cet univers futuriste dans les vidéos pour accompagner au mieux les sonorités de l'album.

Malgré la fameuse étiquette moderne, apportée par plus de synthétiseurs dans votre musique, on retrouve la marque de fabrique de Dagoba, le riffing par exemple. Comment trouver le juste milieu entre les deux sans tomber dans l'excès d'un côté ou de l'autre ?

Le bon équilibre c'est quand nous ça nous plaît, on fait « rec », voilà c'est tout. On s'en fout si les gens disent « y'a trop de synthés », « pas assez de synthés », « pas assez de grosse caisse », « ça crie trop », « ça crie pas assez ». Nous on s'en fout, honnêtement. Quand ça nous plaît, on l'enregistre et c'est tout, c'est ça le bon équilibre.

On entend de plus en plus de synthés un peu partout, il y a de plus en plus de groupe qui en mettent, la synthwave est revenu à la mode. Est-ce que tu penses que c'est générationnel ? Ou un effet de mode ?

En ce qui nous concerne, on a toujours mis du synthé, même dans nos premières démos quand on avait quinze ans. Là on les a mis plus en avant. Mais je dirais plus que ce n'est pas les synthés qu'on a plus mis en avant mais le groupe qui s'est mis un peu plus en retrait. On a allégé les riffs, les arrangements sont plus facilement audibles et perceptibles. Après, qu'il y ait un renouvellement dans les tendances, la mode, c'est effectif. La mode revient, les vêtements, les sons, le vintage, c'est un cycle naturel.

De ce fait, est ce que le but n'est pas d'élargir le public, d'en trouver un nouveau, tout en gardant le socle actuel ?

Non on ne pense pas comme ça. Comme je t'ai dit, quand on démarche un label, on envoie l'album fini. Quand on a envie d'écrire une chanson, quelle qu'elle soit, qu'elle paraisse même risquée, nous on fait juste la musique qu'on a envie d'entendre et qu'on n'entend pas chez les autres.

Pour parler des titres en eux-mêmes, je n'ai rien trouvé sur la chanteuse en guest sur "On the Run"...

… C'est normal que tu n'aies rien trouvé. On s'est entendu avec elle quand on a décidé de travailler ensemble que c'est elle qui dévoilerait son nom. On respecte cette parole et on lui laisse la primeur de cette annonce.

À titre personnel, as-tu des ambitions particulières avec cet album, des objectifs ?

Pour la dernière tournée Black Nova, on a joué sur quatre continents, c'était déjà pas mal. J'aimerais beaucoup sur By Night pouvoir faire voyager le groupe un peu plus longtemps aux États-Unis, ça fait longtemps qu'on n'a pas fait une grosse grosse tournée américaine, j'aimerais y retourner un certain moment. J'aimerais beaucoup retourner en Chine, j'ai adoré jouer là-bas sur Black Nova. Et j'aimerais humblement que cet album apporte de la gaieté chez les auditeurs, ça fait deux ans qu'on en chie un peu tous et j'espère que cet album au travers des refrains apportera de l'engouement et de la gaieté.

Tu as abordé plusieurs points que je voulais aborder, mais pour revenir aux morceaux, à titre personnel j'ai adoré "Summer's Gone", plus calme et émouvante. Pour ta part, as-tu des titres favoris ?

Comme toi, mon favori c'est "Summer's Gone", clairement. C'est un condensé de ce que fait Dagoba. C'est à dire, un riff saccadé sur le couplet avec un growl sur la voix, des gimmicks électro dans la tendance générale de By Night, un ending avec des orchestrations classiques. C'est le condensé de ce qu'on sait faire, mais en mieux fait, car on progresse avec le temps.

Par rapport aux tournées, je vous ai vus sur la tournée Black Nova, en première partie d'Apocalyptica, en 2017. Du coup vous sillonnez les routes de France et d'ailleurs depuis très longtemps, en tête d'affiche ou en guests. As-tu des anecdotes de tournées, des belles rencontres ?

J'en ai plein, mais je les garde pour moi. J'aime pas dévoiler ce qui se passe backstage mais tout ce que je peux dire, c'est qu'on a la chance de faire que de belles rencontres, de passer que des bons moments, sans démagogie aucune. J'aurais pu te dire sans les nommer « avec quelques groupes ça c'est pas super bien passé » mais non, on a toujours été super bien traité en première partie.
Tu vois, avec Apocalyptica, il y a des gens qui disent « oui, faudrait tourner qu'avec des groupes qui se ressemblent, pour la cohésion du plateau ». Perso j'adore jouer avec des groupes qui jouent dans un registre différent, ça me permet moi de découvrir comment ils fonctionnent, et permettre à d'autres fans de s'ouvrir à la musique de Dagoba.

Qu'en est-il de la future tournée avec Infected Rain ?

Elle doit commencer le 16 février, je fais des réunions tous les jours, plusieurs fois avec mes agents, avec Infected Rain et leurs agents, on ne sait pas comment ça va se passer.
On a préparé la tournée comme si elle devait se passer mais je sais pas ce qu'il va advenir.

Je rebondis sur ces deux dernières années, comment tu les as-tu vécues ?

Ce fut difficile, il faut vivre sur ses économies, on n'a plus de rentrée d'argent. Malgré tout, il faut continuer de produire, masteriser, faire des clips, proposer du merch, être présents sur les réseaux sociaux, et cela a un coût. Quand il n'y a plus de rentrée d'argent via les lives, tout cela est très difficile.

Est-ce que vous avez fait un live stream ?

Non, je suis plutôt contre l'idée d'habituer le public de voir des concerts assis depuis leur canapé devant Youtube. Je n'ai pas envie de participer à cette mauvaise habitude.

Concernant le futur, tu m'as dit qu'il y a deux autres albums de prévu, est-ce vous avez déjà commencé à le composer ?

J'attends déjà que By Night sorte le 18 février pour composer le prochain.

Pour revenir à la scène française, toi qui es présent dans le milieu depuis longtemps, qu'en penses-tu ?

Elle se porte super bien, de plus en plus de groupes s'exportent à l'étranger et c'est super bien, je suis satisfait de ça. Je suis fier de chaque groupe qui essaie de faire rayonner la culture française à l'étranger.

Veux-tu rajouter quelque chose pour nos lecteurs ?

C'est très important, en particulier dans cette période, d'acheter les disques. S'il vous plaît, quand vous l'écoutez gratuitement depuis votre plate-forme de streaming s'il vous plaît achetez-le; faites l'effort, c'est devenu vital pour les groupes de l'envergure de Dagoba et je pense que ça touche beaucoup d'autres groupes. C'est la petite requête que j'aurais à faire, je ne l'ai jamais fait avant cet album, mais cette fois- ci, c'est une période particulière. N'hésitez pas à faire ce geste là, que ça soit pour nous ou pour votre groupe préféré bien sûr, c'est devenu très important. En plus les groupes font des efforts pour sortir des objets sympathiques qui sont agréables à collectionner, donc si vous avez les moyens, faites l'effort, c'est devenu vital pour les groupes.


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