Divine Heresy

Entretien avec Tommy Vext (chant) - le 07 juillet 2007

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Divine Heresy n'est pas que le nouveau groupe de Dino Cazares (ex-Fear Factory) ; en plus de confirmer le statut de Tim Yeung en tant que batteur monstrueux, il catapulte le newbie Tommy Vext dans le cercle très fermé des chanteurs avec qui il faudra désormais compter. Faisant preuve d'une versatilité et d'une maîtrise sans faille qui jouent un rôle certain dans la qualité de Bleed The Fifth (chronique ici), le vocaliste fait penser dans la vraie vie à un gros nounours. Extrêmement posé voire calme à l'excès, Tommy nous raconte ici la genèse d'un album et d'un groupe dont il est fort logiquement le plus grand fan.


Cosmic Camel Clash : Bon, Tommy, tu connais la routine... premier album plus première interview pour le site égale historique du groupe. A toi!

Tommy Vext : Par quoi commencer... bon, Tim (Yeung, batterie) et Dino (Cazares, guitare et basse) jammaient ensemble depuis 2005, sachant que Dino travaillait sur son nouveau projet depuis 2004. Il a fait défiler plusieurs musiciens, il recherchait les bonnes personnes et s'est fixé sur Tim. Ils ont bossé ensemble à partir de ce moment-là, et j'ai rejoint le groupe un an plus tard, en 2006. Nous avons donc commencé à réaliser l'album : ils avaient déjà des chansons prêtes, et d'autres à moitié terminées... nous avons refondu tout ça, changé des trucs, retravaillé l'album et fait des démos durant à peu près un an. Finalement nous avons réussi à faire cet album, et je trouve qu'il tient pas mal la route. En fait je savais que Dino recherchait un chanteur donc je lui avais envoyé un e-mail. J'avais quelques contacts dans le métier comme Robert Camp, le propriétaire du label Century Media, et ces gens ont soutenu ma candidature.


Cosmic Camel Clash : Comment se fait-il qu'ils te connaissaient?


Tommy Vext : J'ai fait partie d'un groupe nommé Vext pendant huit ans, situé près de New York. Durant ce temps j'ai rencontré à peu près tous les acteurs de la scène métal, j'ai pris des contacts, j'ai pu montrer ce que je savais faire... je me suis construit une réputation en quelque sorte. Mon groupe s'est cassé la gueule, et je savais que Dino avait besoin d'un chanteur, donc j'ai tenté ma chance... et le reste appartient à l'histoire

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Cosmic Camel Clash : La musique que pratique Divine Heresy est-elle le type de musique que tu aimes à la base?

Tommy Vext : Oui, vraiment, c'est le genre de truc que j'écoutais. Les groupes dont je faisais partie avant étaient plus typés hardcore new-yorkais... il est évident à l'écoute que la musique de Divine Heresy est le fruit de la rencontre de Dino, Tim et moi, qui avons des backgrounds différents. C'est comme ça que nous avons construit notre son, chacun apportant des éléments aux autres et tentant de faire fonctionner tout ça. Et je pense que nous avons vraiment réussi à le faire.



Cosmic Camel Clash : Non seulement tu rejoins le groupe, mais votre premier album est signé chez Roadrunner instantanément... bel enchaînement, non?


Tommy Vext : Ah oui, c'était une très bonne nouvelle! J'avais déjà été signé sur une maison de disques : mon ancien groupe était chez Elektra mais ça n'avait rien donné à l'époque. Donc aujourd'hui c'est intéressant de voir comment marche une grosse machine comme ça... C'est la première fois que je viens à Paris et c'est une ville passionnante! C'est juste cool.

Cosmic Camel Clash : Es-tu responsable des textes du groupe?

Tommy Vext : Oui... je n'écris pas sur des thèmes récurrents par contre. A peu près 30% des paroles qu'on trouve sur l'album sont le fruit d'une discussion entre Dino, Tim et moi : nous parlons, trouvons des idées de base et ensuite je me lance à partir de ça pour définir un ton et une histoire. D'autres sont plus personnelles et traitent de ma vie ou de tierces personnes, de mes expériences, mes perceptions, mes opinions... il y a du positif et du négatif. J'y parle de la dualité de l'humanité, si tu veux.


Cosmic Camel Clash : Peux-tu par exemple nous éclairer sur le sens du titre de l'album qui est aussi le titre de la première chanson, "Bleed The Fifth"?


Tommy Vext : C'est un jeu de mots sur une expression importante dans le système judiciaire américain. Au moment d'être interrogé, un citoyen peut invoquer le cinquième amendement (« plead the fitfh ») qui lui donne le droit de garder le silence. Cet album est comme une déclaration pour nous, il dit exactement ce que nous voulons dire, et rien d'autre... point barre, quoi. Le mot est ensuite devenu « bleed » car nous nous sommes saignés aux quatre veines pour venir à bout de cet album, il nous a tués. On peut aussi le prendre autrement j'imagine, et chaque personne y verra ce qu'elle voudra... mais pour moi c'est la signification de ce titre.
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Cosmic Camel Clash : Comme chacun le sait, cet album célèbre le grand retour de Dino Cazares. Sachant qu'il avait exprimé pas mal de colère lors du split de Fear Factory, on peut imaginer qu'il avait la rage concernant ce retour et beaucoup de choses à prouver... comment vit-on ça quand on n'est pas du tout dans la même approche revancharde, comme toi?

Tommy Vext : Déjà j'ai pas mal de colère en moi, et j'ai aussi beaucoup à prouver (rires) !! Mais pour résumer, je ne pense pas du tout que Dino soit dans une approche revancharde. Je pense qu'il a tourné la page, et une des choses géniales concernant cet album est que nous avons fonctionné totalement normalement en tant que musiciens : juste trois gars qui essayent de faire du métal plus dur, plus rapide et plus puissant que ce que nous avions pu faire auparavant. En fait, jouer avec un type qui a sorti des albums comme Demanufacture, Obsolete ou Soul Of A New Machine m'a poussé à dépasser mes propres attentes. Ce sont des disques historiques et nous devions faire au moins aussi bien, voire mieux. Ca a été un grand challenge pour moi, je pense avoir atteint mes objectifs vocalement parlant, et le groupe a atteint ses objectifs musicalement parlant ainsi qu'en termes de composition.


Cosmic Camel Clash : Tim n'assume-t-il pas le rôle de source d'énergie dans le groupe? Son jeu de fou est en grande partie responsable du côté extrême de Divine Heresy...


Tommy Vext : Totalement. Tim est un batteur époustouflant et il nous pousse sans cesse vers l'avant. J'étais très excité de bosser aussi avec lui à la base ; il est tellement technique qu'il fait aller la main droite de Dino encore plus vite, et c'est lui qui donne au tout cet aspect si compact. Les riffs de guitare ont évolué stylistiquement pour coller à son jeu, j'ai exploré des types de hurlements que je n'avais jamais tentés auparavant... travailler avec Tim nous a poussé à expérimenter et ça a été une expérience incroyable. Il est une vraie force motrice dans ce projet.

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Cosmic Camel Clash : Et connaissais-tu les groupes principaux dans lesquels il a joué, Hate Eternal et Vital Remains?


Tommy Vext : C'est Tim qui m'a fait découvrir Vital Remains, mais je connaissais déjà Hate Eternal... si tu écoutes du heavy-metal, tu connais forcément Hate Eternal! En tous cas j'ai eu l'occasion de me plonger dans sa collection de cds durant les deux dernières années, et j'en ai retiré un respect accru pour la totalité de la scène death metal, son aspect technique et le niveau incroyable que ça demande pour pouvoir en jouer.


Cosmic Camel Clash : Parlons de ton chant : tu alternes plusieurs types de growls sur l'album avec du chant clair. Es-tu un hurleur ou un chanteur à la base?

Tommy Vext : (rires) En fait, j'ai toujours été très bipolaire vocalement et en général, comme tu peux le constater (ndCCC : Timmy fait visiblement référence au fait qu'il est tellement posé durant notre entretien qu'on pourrait le croire défoncé). Mon chant est complètement à l'image de ma personnalité : soit extrêmement dur, soit extrêmement cool, sans juste milieu. Tout ce que je fais ou dis se situe dans ce schéma et parfois c'est pénible... En tous cas mon chant sur l'album est juste une version plus extrême et plus précise de ce que j'aurais fait normalement auparavant. Je prends des cours de chant depuis trois ou quatre ans avec cette spécialiste renommée qui travaille avec les meilleurs hurleurs dont Corey Taylor, et elle m'a fait franchir un palier. Elle m'a aidé à développer cette dualité, pouvoir passer du chant hurlé au chant clair et inversement sans me détruire la voix.


Cosmic Camel Clash :Si tu devais énoncer les éléments qui définissent le son et l'identité de Divine Heresy, quels seraient-ils?


Tommy Vext :Difficile à dire : chaque personne semble avoir sa propre idée de ce qui nous définit. Bien évidemment il y a les riffs de Dino et le jeu de batterie de Tim, mais je suis un nouveau venu dans cette histoire et je ne sais pas trop... je pense qu'il va falloir attendre de voir ce les gens pensent et de quelle manière ils définissent notre son.

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Cosmic Camel Clash : Et les quelques avis que tu as déjà récoltés sont-ils tous positifs?

Tommy Vext : Dans la grande majorité des cas, les réactions ont été positives. Il ne s'agit pas d'un enthousiasme délirant, plus d'un grondement, comme le calme avant l'orage, en attendant que nous partions en tournée et que l'album soit disponible dans les bacs. Je prends les choses comme elle viennent pour l'instant, jour après jour, et j'apprécie beaucoup le stade que nous avons atteint à ce jour. Franchement je suis très fier, et je suis très impatient de pouvoir me casser sur les routes et balancer ce que nous faisons à la tronche des gens, leur donner ce métal que nous faisons et qui ne sonne pas comme ce qui sort actuellement... et voir comment les gens y réagissent.



Cosmic Camel Clash : As-tu déjà une idée concernant les dates à venir, comme les destinations prévues et le ou les autres groupes à l'affiche?


Tommy Vext : Nous tournerons aux USA d'août à octobre, et nous espérons pouvoir venir jouer en Europe en novembre et en décembre. Si ça ne se fait pas, ce sera au début 2008.

Cosmic Camel Clash : Avec quels groupes rêverais-tu de jouer?

Tommy Vext : (silence) Je ne sais pas... nous avons plein de potes... j'adorerais partir sur la route avec les types de Lamb Of God, ou ceux de Shadows Fall, juste histoire de s'éclater. Ce sont des types super...mais en fait, quel que soit le groupe avec lequel nous tournerons, nous allons de toutes façons aller sur scène pour tout détruire. Faire ce que nous savons faire, et le faire bien.


Cosmic Camel Clash : Deux moments sont assez à part sur Bleed The Fifth : l'intro mélodique de "Rise Of The Scorned" et l'ambient "Closure", qui s'éloignent de l'approche de rouleau compresseur du reste de l'album. Y a-t-il des éléments musicaux que vous pourriez rejeter instanténément lors de l'écriture, qui vous feraient dire « Non, ça ce n'est pas nous. » ?


Tommy Vext : En fait nous ne faisons jamais ça. Nous essayons d'incorporer des styles qui nous plaisent à tous individuellement et collectivement, pour que chacun s'approprie les chansons et que tout le monde soit heureux au final. Je pense que notre processus d'écriture est assez ouvert : nous ne voulons pas nous enfermer dans une formule et ce qui nous importe avant tout est d'écrire de bonnes chansons. De temps à autres un membre du groupe se met en retrait pour qu'un autre puisse se mettre en avant, et tout le monde joue le jeu. Le but est que tout le monde soit fan de chaque chanson.


Cosmic Camel Clash : Tu ne mentionnes que Dino et Tim depuis le début de l'interview. Toujours pas de bassiste à l'horizon? Y'aura-t-il un guitariste de session pour les concerts?

Tommy Vext : Non, nous n'avons pas de bassiste pour l'instant. Nous sommes en train de mener des auditions et nous devrions annoncer qui sera notre bassiste très prochainement. Nous avons vu passer de très bons musiciens mais rien n'est officiel pour l'instant. Une fois que nous aurons fait notre choix nous ferons une annonce officielle (ndCCC : Joe Payne a depuis été confirmé au poste de bassiste)... le groupe ne comptera que quatre musiciens. Concernant la scène, pour les passages où il y a une guitare rythmique et une guitare lead sur l'album, nous avons deux options : soit faire ce que faisait Pantera à savoir oublier la guitare rythmique et laisser la basse assurer le job, soit enregistrer les parties de guitare rythmique et les envoyer via un sampler quand il y aura vraiment besoin d'une rythmique. Nous n'avons pas encore pris de décision et nous sommes encore en train de travailler là-dessus : Tim est en train de se pencher sur le sujet en ce moment précis, de bosser sur la programmation et de tenter les différentes approches afin de définir ce qui nous fait sonner le mieux.
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Cosmic Camel Clash : N'étant que trois durant la composition et l'enregistrement de l'album, avez-vous pu répéter comme un groupe normal?


Tommy Vext : Oui, le son de guitare de Dino est tellement heavy qu'il n'y a pas besoin de basse (rires) ! La vibration était vraiment là avec nous trois sautant partout dans le studio, balançant la sauce, jammant et faisant ressortir les chansons de tout ça au final. C'était génial. Bien sûr l'album sonnera encore mieux une fois que nous le jouerons avec un bassiste en répét... nous avons fait du mieux que nous pouvions avec ce que nous avions, et je pense que le prochain album sera encore meilleur. Dino a enregistré la basse sur la plupart des titres, sauf sur les deux chansons que tu as mentionnées, "Rise Of The Scorned" et "Closure" sur lesquelles le bassiste de Static-X a joué. L'intro de "Rise Of The Scorned" est jouée par Dino et Marc Rizzo de Soulfly : Dino a joué sur une guitare acoustique à dix cordes et Marc sur une guitare classique.

Cosmic Camel Clash : Question traditionnelle : quand tu réécoutes l'album aujourd'hui, y a-t-il des choses que tu aimerais changer voire que tu regrettes?

Tommy Vext : : En fait je n'ai aucun regret, je suis vraiment satisfait de l'album. Nous avons jammé sur les chansons sans relâche, nous les avons enregistrées et ré-enregistrées pour les démos, nous les avons tellement écoutées... nous en sommes arrivés au point où nous savions vraiment ce que nous voulions, ce qui sonnait bien, quelles idées nous allions utiliser, et voilà. Je suis super content de l'album, les autres membres aussi, nous nous sentons forts, c'est un disque très pensé... et nous espérons qu'il deviendra un classique et qu'il passera l'épreuve du temps.


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