Dream Theater

Entretien avec Jordan Rudess - le 05 octobre 2007

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Cosmic Camel Clash

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Lord Henry

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Lucificum

Une interview de




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Quand on a dix minutes pour boucler une interview alors que le standard est une demi-heure, on fait un peu la gueule. Surtout quand on avait prévu un blind-test avec un membre du groupe et qu'on se retrouve à devoir improviser des questions pour un autre... mais comme on a l'occasion de s'entretenir avec le claviériste superstar du plus célèbre groupe de métal prog du monde, on fait avec. Surtout quand on a une équipe de rédacteurs qui tue sur lesquels s'appuyer pour trouver des questions au pied levé. Interviewé à l'arrache moins de deux heures avant son concert parisien du Zénith, Jordan Rudess a su rendre la tache de votre serviteur facile et a rempli le temps qui nous était accordé sans tricher. Jugez plutôt.


Cosmic Camel Clash : Systematic Chaos semble être un album assez direct et spontané dans son approche. Est-ce le cas, et cela veut-il dire que le prochain sera plus alambiqué et complexe?

Jordan Rudess : Oui, quand nous avons composé cet album nous avons tenté de le rendre heavy et burné, donc il y a de ça. Et concernant celui d'après... qui sait à quoi il ressemblera? Avec Dream Theater on ne peut jamais savoir, ce sera toujours une combinaison de nos intérêts et de nos talents. En tous cas je suis d'accord avec ta vision.

Cosmic Camel Clash : Beaucoup de gens ont l'impression que tu es sous-exploité sur des albums axés sur la guitare comme Systematic Chaos ou Train Of Thought. Cela reflète-t-il la réalité ?

Jordan Rudess : Mmm... de toutes façons Dream Theater est un groupe où la guitare est le moteur. Mais d'un autre côté il y a des titres comme "In The Presence Of Enemies" ou "Ministry Of Lost Souls" dont les orchestrations sont extrêmement intenses. Sur "Ministry" j'ai plus ou moins reproduit tout un orchestre, et "Enemies" est bardée d'effets déments, c'est un morceau très prog. Bien sûr il y a des passages comme dans "The Dark Eternal Night" où la guitare est maîtresse du jeu, mais je pense que beaucoup de personnes ne réalisent pas que certains sons viennent des claviers. Les claviers ne servent pas qu'à faire de l'orgue ou du piano, ils peuvent aussi produire des sons très heavy alors que les gens ne se rendent même pas compte que les claviers les jouent. Et je pense qu'en nous voyant jouer live le public pourra mieux se rendre compte de ce qui se passe, et se poser des questions sur tel ou tel solo : s'agit-il de guitare, de clavier? Les shows permettent de mieux savoir ce que les claviers jouent réellement. Mais de toutes façons il est évident que le groupe est basé sur la guitare.
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Cosmic Camel Clash : Prends-tu plaisir à entretenir cette confusion sur la provenance réelle des sons ?

Jordan Rudess : Non, je n'ai jamais cette approche. C'est plus qu'en tant que claviériste je suis habitué à devoir créer des sons, quels qu'ils soient. Qu'il s'agisse d'effets sonores, d'un aboiement de chien, du bruit d'une rivière qui coule ou d'une explosion... ou d'un violon, un violoncelle ou une guitare supplémentaire. Quand j'ai envoyé mes parties sur "In The Presence Of Enemies" à la personne qui transcrit mes parties, il m'a renvoyé les partitions et il manquait la section des cuivres. Je lui demande «Qu'est-ce qui s'est passé, tu n'avais pas envie de transcrire celles-là?» Il me demande de quoi je parle, et je lui indique la partie de claviers en question. Il n'avait pas compris qu'il s'agissait de claviers, il pensait que j'avais samplé de vrais cuivres ! C'est mon transcripteur, il a l'habitude de Dream Theater... et malgré le fait qu'il me connaisse si bien il n'avait pas compris qu'il s'agissait de claviers.

Cosmic Camel Clash : Peux-tu nous en dire plus sur l'état de ta carrière solo ces temps-ci ?

Jordan Rudess : Mon album The Road Home est sorti chez Magna Carta il y a quelques semaines, et il comporte des reprises de classiques du rock progressif qui m'ont énormément influencé. On y retrouve Steven Wilson de Porcupine Tree, Rod Morgenstein à la batterie... j'en suis assez fier.

PhotoCosmic Camel Clash : Si tu devais écrire un concept-album, de quoi parlerais-tu ?

Jordan Rudess : (silence) Wow... je ne sais pas, il faudrait que j'y pense. Quelque chose de lié à l'espace sûrement. C'est une bonne question... quelque chose lié à l'astrologie, de spirituel, lié à la philosophie zen. Je ne sais pas, je n'y ai pas encore pensé. Je ne suis pas encore prêt à écrire mon premier concept-album. Je n'ai jamais une approche de concept-album pour mes disques. Mais peut-être un jour.


Cosmic Camel Clash : Quelle est la partie de claviers de Dream Theater la plus difficile à reproduire en concert pour toi?

Jordan Rudess : En fait il y a des choses très techniques sur le dernier album, surtout parce que j'essaye de faire énormément de choses en même temps, des choses qui ont été enregistrées en plusieurs fois sur l'album mais que j'essaye de jouer en concert. Par exemple à la fin de "In The Presence Of Enemies pt. 1" John (Petrucci, guitare) et moi jouons cette partie solo très rapide et hystérique, je joue aussi la partie de guitare rythmique et la ligne de claviers qu'il y avait avant de la main gauche. Il y a donc beaucoup de plans sur l'album où d'autres utiliseraient un séquenceur pour tout reproduire, et j'essaye de les jouer live... sachant que j'assure aussi les parties de piano et de cordes ! En fait je définis mes propres challenges, et dans Dream Theater nous accordons de l'importance au fait de vraiment jouer live et à l'énergie dégagée par un show sans bandes ou samples. Nous ne faisons pas ça... beaucoup de groupes (dont des groupes que j'apprécie énormément) le font, mais pas nous. Et c'est pour moi une autre manière de conserver mon niveau : devoir jouer la guitare rythmique avec une main et doubler les soli de John de l'autre - vu qu'il ne peut à l'évidence pas assurer la rythmique – c'est assez difficile... et c'est ce que tu vas pouvoir constater ce soir.

Cosmic Camel Clash : En parlant de ces soli supersoniques avec John Petrucci, n'y a-t-il pas un jeu entre vous, du style «Je joue à telle vitesse, essaye de suivre.» ?

Jordan Rudess : Non, pas vraiment, c'est plus que nous essayons de rendre le tout hyper carré et précis. Nous nous demandons plus jusqu'à quel point nous pouvons garder un résultat propre à telle ou telle vitesse. Nous aimons tous les deux jouer des parties très véloces, c'est cool... mais nous aimons aussi jouer des trucs très lents. Mais sur chaque album il y aura forcément des plans très rapides, et cleans, et cools, et c'est un challenge que nous aimons, nous adorons le frisson que ça procure.
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PhotoCosmic Camel Clash : Pour beaucoup de gens le processus créatif du groupe n'est pas clair, il semble que Mike Portnoy (batterie) et John Petrucci font tout. Peux-tu nous éclairer sur la manière dont une chanson de Dream Theater voit le jour ?

Jordan Rudess : Il y a trois compositeurs principaux dans Dream Theater : Mike, John et moi. La raison pour laquelle ils m'ont demandé de rejoindre le groupe il y a quelques années était ma capacité à écrire des chansons. Ils voulaient un autre compositeur dans le groupe, quelqu'un qui pourrait apporter de nouvelles idées et avec qui ils pourraient travailler. Mike est un musicien fantastique et un très bon directeur musical... mais il est assis derrière sa batterie, il ne compose pas de notes. Il peut fredonner un truc de temps en temps, style «Essaye une mélodie genre lalalaaaa!», mais c'est tout. Sur Falling Into Infinity, John a dû apporter toutes les notes et toutes les harmonies... il avait besoin d'un partenaire. Donc désormais lui et moi travaillons en ping-pong, nous écrivons les notes et les harmonies. Mike est très impliqué... (rires) rien n'est produit sans qu'il dise «ça j'aime, ça je n'aime pas! Rejouez cette partie tant de fois!», etc. Il joue le rôle du metteur en scène. Donc imagine deux types qui balancent des tonnes d'idées musicales alors que Mike fait le tri et réarrange le tout sans cesse. John Myung (basse) passe la plupart du temps assis à absorber tout ça, à apprendre ses parties. Il apporte parfois sa contribution y compris pour des plans très importants, mais toujours de sa manière calme et silencieuse à la John Myung. James (LaBrie, chant) intervient au moment de l'intégration du chant. Mike et John travaillent ensemble sur les lignes de chant et ensuite les retravaillent avec James pour les adapter à sa voix.


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