CHRONIQUE PAR ...

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Winter
le 18 décembre 2018




SETLIST

The Wounded

Wolves We Raised
This Paradise
Northern Lights
Running on Empty
The Art of Grief
Smells Like Teen Spirit
Ruins
Monument

Mournful Congregation

The Indwelling Ascent (intro)
Whispering Spiritcapes
Suicide Choir
Mother-Water, the Great Sea Wept

While Heaven Wept

The Furthest Shore
Soulsadness
Voice in the Wind
The Drowning Year
Vessel
Thus With a Kiss I Die

Arcturus

Kinetic
Nightmare Heaven
Collapse Generation
Crashland
The Chaos Path
Alone
Wintry Grey
Hibernation Sickness Complete
Master of Disguise
Game Over
The Arcturian Sign
The Bodkin & The Quietus
Naar kulda tar
Of Nails and Sinners

Triptykon

Procreation (of the Wicked)
Visions of Mortality
Circle of the Tyrants
The Usurper
Ain Elohim
Necromantical Screams
Dawn of Megiddo
Os Abysmi vel Daath
Mesmerized
Return to the Eve
Morbid Tales
Synagoga Satanae

AFFILIÉ

Arcturus
Paris - Le Divan Du Monde
(10 mai 2015)
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2012)

08 décembre 2018 - Sala But (Madrid)


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Madrid, samedi 8 décembre 2018. Temps clair et clément, a priori peu propice aux sombres méditations. Fidèle à mes habitudes, avec moins d’excuses qu’en semaine, j’arrive en retard. Un dernier regard vers le soleil et la salle But - au nom bien choisi -  m’aspire et ne me crachera qu’à onze heures et demi, des étoiles plein les yeux. Aldebaran, Antarès et bien d’autres encore.
 
Bon, depuis l’année dernière, rien ne semble avoir changé. Ce bon vieux Madrid is The Dark, sixième du nom, réunit toujours un nombre significatif de passionnés, public sage et connaisseur. Pour une lever de rideau, les Chiliens de Mourning Sun ne peuvent pas trop se plaindre. Nous sommes samedi, le lieu est déjà raisonnablement garni. Le doom gothique/atmosphérique cadre avec l’ambiance globale du jour. Paisible, agréable à écouter. La chanteuse Ana Carolina possède un timbre qui rappelle celui d’Anneke -il y a pire, donc. Parée d’un masque noir - à moins qu’il ne s’agisse d’un enduit -, elle donne une dimension poétique à l’ensemble et surprend le public par un hululement, à visée ethnique, très certainement - ne m’en demandez pas plus, je ne connais rien à l’histoire des peuples d’Amérique du Sud. Bref, une mise en bouche décente, pimentée par le long combat du guitariste contre son câble, en attendant des plats plus copieux.
Le premier gros morceau arrive ensuite. Aussi gros que le chanteur, dont le physique contraste avec la voix d’ange. Marco est l’un des meilleurs vocalistes que j’aie eu le bonheur d’entendre. Sûr de son organe, il se permet le luxe de finir deux morceaux a cappella : le fabuleux "This Paradise" et "Monument", qui clôt un set somptueux de bout en bout. Très sobres dans leur jeu de scène, servi par un son remarquable tout au long de la soirée, les Bataves de The Wounded délivrent huit morceaux impeccables, dont "Wolves We Raised", catchy au possible, et la reprise doom de "Smell Like Teens Spirit" - meilleure que l’originale ? Bien sûr. Madrid is the Dark aime présenter des vocalistes d’exception : lors des deux éditions Patrick Walker s’y était collé, avec 40 Watt Sun en 2016, puis Warning l’année dernière. Ils gagnent au change avec Marco van der Velde et ses acolytes, dont la prestation s’avèrent beaucoup plus intense que les deux groupes sus-nommés.
Après les Mourners de Mourning Sun, ceux de Mournful Congregation. Pas de doute, ils sont venus pour funeraldoomer et ils funeraldooment. Leur musique ne me fait pas spécialement frissonner, elle manque de sucre, mais mon compère Droom aurait cependant certainement été aux anges.  Les Aussies offrent au public la bagatelle de trois titres - en trois quart d’heures forcément, un funeral doomster n’a pas le temps de s’exprimer beaucoup - et je dois reconnaître que les gars font preuve d’une certaine « virtuosité » et insufflent un aspect épique à leur jeu, notamment sur le dernier morceau, de dix-huit minutes, "Mother-Water, The Great Sea Wept" issu du second album. Auparavant, le show s’est centré sur le dernier album, sorti cette année, avec "Whispering Spiritcapes", plus un extrait de The June Frost, "Suicide Choir". Riffs lourds, chant caverneux, mais également une certaine variété de plans et une force de frappe certaine. Les vrais amateurs de la formation ont dû apprécier.
Il y a doom et doom. While Heaven Wept a commencé sa carrière dans un style pas si éloigné de celui des Australiens, mais il est allé se placer sous les auspices du doom prog technique et mélodique depuis belle lurette. Après trois groupes aux membres peu enclins à l’exubérance, Rain Irving se charge de donner un aspect un peu plus « rock’n’roll » au Madrid is the Dark Fest. Avec ses redoutables musiciens, il fait monter l’ambiance de plusieurs degrés, et les Ricains délivrent quelques-uns de leurs classiques, dont "The Furthest Shore" et "Soulsadness", ma préférée. Le chanteur a le bon goût de prendre un selfie où l’on voit ma tronche. Je l’en remercie : j’aurai une preuve irréfutable à sortir quand Mme Winter me demandera où j’étais passé. De loin le combo le plus technique de la soirée, While Heaven Wept fait montre de sa grande aisance et séduit une grande partie du public avec des titres pourtant pas toujours évidents à chanter sous la douche. Seul mini bémol, le très guimauve "Voice In the Wind". Je ne fume pas, donc je n’ai pas de briquet, et lever le bras, c’est fatigant. Le groupe finit en beauté avec le premier titre de leur premier album, "Thus With A Kiss I Die". Doomissime !
Forcément, il faut un bémol. Un concert doom sans bémol n’est pas un vrai concert doom…  En ce sens, il faut savoir gré à ICS Vortex qui passe l’intégralité du show d’Arcturus à bien nous montrer qu’il s’emmerde. Au début, la pose désinvolte et l’absence de communication peut passer pour un truc rigolo, mais quand ça dure tout du long… C’est d’autant plus dommage que le reste de ses collègues semble y mettre plus de cœur. Grâce à eux, on ne pourra pas taxer la prestation du groupe d’infâme. Elle est même assez irréprochable, techniquement parlant. Les Norvégiens puisent dans les différentes périodes de leur répertoire, mais bon, quand le frontman a l’enthousiasme du notaire des Trois Frères, évidemment, il est difficile de s’enflammer. Et de rédiger plus que les quelques lignes réglementaires. Lex Talionis.
Et puis en termes d’engagement, il y a le Maître. Thomas Gabriel Warrior. Qui ne bouge guère plus qu’ICS, mais son attitude est aux antipodes de celle du trublion scandinave. Plus de trente ans de vie musicale commune avec lui… que d’émotions... Et la prestation est à la hauteur de l’attente. Intense, terriblement intense. Le public, ravi, n’a d’yeux que pour le leader… et pour Vanja, la bassiste - certains des photographes qui se trouvent devant moi en oublient même le maître de cérémonie… Commencée par un énorme "Procreation of the Wicked", la violente séance d’hypnose collective, même amputée pour cause de retard à l’allumage, emmènera tout sur son passage. Nuque, cordes vocales, tripes et boyaux. Tout est aspiré par TGW, aussi taiseux que charismatique. Bonnet vissé sur le crâne, yeux bleus ressortant sous le maquillage, il en impose (encore) et se complait dans un passé pas vraiment révolu. Triptykon ? Non. Celtic Frost. Les disciples des ténèbres n’ont pas joué un seul morceau du premier nommé… Ils ont également « oublié » Cold Lake et Vanity/Nemesis, Into the Pandemonium est à peine effleuré. Vous avez compris, la noirceur et la colère d’antan ont gagné. Si "Mesmerized" nous permet de voir Thomas geindre en mode gothique, les Helvètes sont venus pour terrasser, pas pour minauder. Vanja n’est pas Tarja. Monotheist, Morbid Tales, To Mega Therion, tous les albums rendant culte au metal rampant sont passés en revue, et Martin Ain n’est pas oublié. Mention spéciale à un "Circle of the Tyrants" abrasif à souhait et à "Synagoga Satanae" qui termine de broyer l’âme d’un public ravi.


Une fois à l’air libre, je contemple les rues du centre de Madrid, éberlué, secoué, ému et damné. La magnifique affiche a tenu ses promesses. Et j’ai pu voir le Maître. Ça n’a pas de prix.



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